Andréanne Langlois était dans une excellente forme physique au cours du dernier camp d’entraînement de l’équipe canadienne en Floride. La jeune femme revient de loin depuis un an, elle qui a traversé un passage difficile en raison d’un épuisement professionnel.

Ronger son frein entre quatre murs

TROIS-RIVIÈRES — Andréanne Langlois reste à cinq minutes de distance en voiture du Complexe sportif Alphonse-Desjardins. Si elle emprunte une autre direction, le Club de canoë-kayak de Trois-Rivières est aussi à cinq minutes de chez elle. Pourtant, elle se sent bien loin de ces deux endroits, où elle passe une bonne partie de ses journées... en temps normal.

La Trifluvienne d’adoption ne peut s’empêcher de sourire en repensant à la situation, à la limite de l’absurde.

«Je n’ai pas grand-chose côté équipements dans mon appartement. Quand tu es si près de toutes les installations dont tu as besoin, tu ne penses pas à ça. Je ne voyais pas l’intérêt de m’équiper.»

Des dizaines d’athlètes d’élite, tous des olympiens potentiels, vivent ce drôle de phénomène provoqué par le confinement. Au CSAD, Langlois, une double médaille d’or en kayak des derniers Jeux panaméricains, s’entraîne sous la supervision de Michaël Chagnon, comme plusieurs autres sportifs de pointe en Mauricie.

«On s’adapte, on fait du mieux qu’on peut. Disons que c’est plus sécurisant d’être ici plutôt qu’en Floride.»

Étudiante de Techniques en soins infirmiers au Cégep de Trois-Rivières, Langlois a rapidement saisi l’urgence de la situation, il y a moins de deux semaines, alors qu’elle se trouvait toujours en camp d’entraînement du côté de la Floride, en compagnie des autres membres de l’équipe nationale du Canada en canoë-kayak.

«J’ai été dans les premières à repartir pour le Québec! Nous avons été pris de court. Maintenant, au moins, on sait à quoi s’attendre: les Jeux olympiques seront en 2021. Ça joue beaucoup sur notre préparation, autant physique que mentale, mais c’était la chose à faire.»

N’empêche, ce report vient contrecarrer les plans de la jeune femme de 25 ans, qui était sur une belle lancée après avoir traversé une rude épreuve liée à un épuisement professionnel, il y a deux ans.

Dominik Crête est l’un des aspirants pour une place en K1 aux Jeux olympiques de 2021.

En 2019, elle a gagné quatre médailles aux Panams: deux en K4, deux en K1. Au camp d’entraînement, elle excellait autant en bateau individuel qu’en équipe. «Notre équipe en K4 était plus rapide que le bateau qui a qualifié le Canada pour les Jeux olympiques. Je me démarquais, je me voyais vraiment retourner aux Jeux. J’espère que ce n’est qu’une partie remise.»

Dominik Crête y croit toujours

Dominik Crête vit sensiblement les mêmes émotions que sa partenaire du CKTR: soulagé de voir les Jeux reportés, frustré que le processus olympique soit chamboulé, si près du but.

En 2015, c’est Richard Dober Jr qui avait forcé la main du kayakiste pour qu’il revienne à la compétition. Trois ans plus tard, contre toute attente, il devait remporter les essais nationaux. Il n’a jamais quitté l’équipe nationale depuis.

Il fait partie d’un groupe d’athlètes qui pouvait sérieusement aspirer à Tokyo 2020, grâce à ses bons résultats sur la distance du K1 200 mètres.

Ces jours-ci, Crête bascule entre deux extrêmes: l’entraînement intensif a laissé place au confinement dans son petit appartement. C’est bien beau, la course à pied, mais ça en prendrait plus pour un kayakiste de sa trempe.

«D’autant plus que je ne suis pas le gars le plus technique», fait valoir le Trifluvien de 28 ans, un vétéran certes, mais pas tant que ça...

«Je suis revenu à la compétition tardivement en canoë-kayak. Plus jeune, je n’ai pas eu l’occasion de participer aux Mondiaux juniors, ni aux Mondiaux des moins de 23 ans. À l’entraînement avec l’équipe nationale, j’apprends encore des choses sur le plan technique! Je souhaite que la longue pause qui s’en vient n’aura pas trop d’impacts négatifs pour moi.»

Ceci-dit, Crête fera tout en son pouvoir pour être au Japon en 2021. Même si cela signifie demander une autre année sabbatique à son employeur, Hydro Québec. «Oui, j’aimerais prolonger l’aventure. C’est la première année où je pouvais entièrement me consacrer au kayak et à la fin du camp, je sentais que j’étais beaucoup amélioré.»

Pour lui comme pour d’autres, il y a fort à parier qu’une période d’adaptation sera nécessaire. C’est ce qui le plus fâchant pour eux.