La route vers une carrière professionnelle en boxe a été sinueuse pour Simon Kean. Accompagné de la Maison Carignan lors de moments délicats, le pugiliste de 27 ans a réussi à surmonter ses mésaventures pour ainsi caresser son rêve.

Retour dans le passé... et du balancier pour Kean

Des embûches, le boxeur Simon Kean en a rencontré à maintes reprises durant son enfance.
Le Trifluvien s'est heurté à de nombreuses épreuves, et a même déposé un genou au sol par moment. Il s'est cependant relevé chaque fois, fréquemment grâce à l'aide d'autrui. La Maison Carignan est du lot des entités qui ont tendu la main au gaillard de 6 pi 5 po dans l'optique de le ramener sur le droit chemin. Kean a voulu remercier l'organisme à sa manière, mercredi, lorsqu'il a partagé son histoire avec des gens qui, comme lui, ont emprunté un mauvais embranchement.
Le pugiliste de 27 ans ne s'en cache pas et n'essaie pas de s'en détacher, il a bel et bien vécu une adolescence tumultueuse. Ses frasques l'ont d'ailleurs envoyé sous les verrous. Conscient qu'il devait apprendre à gérer son agressivité, de même que l'alcool et les drogues qui s'étaient un peu trop immiscés dans son quotidien à son goût, Kean a accepté de suivre le programme thérapeutique de la Maison Carignan afin de combattre et de radier ses démons intérieurs.
La cure de 2009 a produit les effets escomptés durant un certain temps, jusqu'au moment où une rechute a replacé le natif du Cap-de-la-Madeleine dans le même cercle vicieux qu'il tentait de rompre. Motivé, et bien au fait des bénéfices que l'organisme pouvait lui rapporter, il a de nouveau fait appel à la Maison Carignan, en 2013, pour remettre de l'ordre dans sa vie. Une ultime décision dont il se félicite encore aujourd'hui.
«Je suis passé par là et j'ai réussi, affirme-t-il fièrement. Oui, je me suis planté, mais au final j'ai réussi. Sans [la Maison] Carignan, je n'y serais pas parvenu comme ça. Les gens m'ont aidé. Pendant que j'étais là-bas, ils m'ont laissé m'entraîner à la boxe. J'ai même pu faire une compétition au Mexique. Ils m'ont donné une chance de continuer ma carrière, et c'est pour ça que je voulais les remercier aujourd'hui.»
«Ça m'a donné beaucoup de discipline et m'a aidé à faire des introspections pour comprendre pourquoi j'agissais d'une certaine façon lorsque j'étais jeune et pourquoi j'avais des problèmes avec la justice. J'ai appris à le reconnaître et à l'exprimer», enchaîne le boxeur au dossier immaculé sur la scène professionnelle (7-0-0, 7 K.-O.).
Plusieurs possibilités s'offraient à Kean pour témoigner sa reconnaissance. Il a choisi, de son plein gré, de rappliquer à l'endroit qui est synonyme de tournant chez lui afin de prendre la parole et, qui sait, peut-être insuffler une dose d'espoir à un membre de l'auditoire.
«J'ai parlé de mon parcours de vie, par où je suis passé, où j'ai grandi et ce qui m'a fait commencer à pratiquer la boxe. (...) Je leur ai expliqué ce que j'ai compris à la Maison Carignan, les raisons qui ont fait que quatre ans après ma sortie j'ai eu une mésaventure et mon parcours thérapeutique ici. C'était vraiment le fun, je leur ai donné de la motivation», considère l'athlète à la forte charpente.
«Selon ce que [ma collègue] Audrey Alarie m'a dit, les résidents étaient très heureux d'entendre son partage. Il y a eu des échanges et de bons commentaires. On a des gens ici, des toxicomanes, qui ont manqué leur carrière. Certains d'entre eux qui jouaient au hockey ou au baseball auraient pu faire carrière chez les professionnels, mais à cause de la consommation et d'un paquet de problèmes, ils sont passés à côté de ça. De voir un sportif comme Simon, qui a résolu ses problèmes et qui s'est repris en main, ça les stimule à aller de l'avant», soutient le directeur général de la Maison Carignan, Alain Poitras.
Un homme nouveau
M. Poitras assumait autrefois le poste d'agent de liaison. À l'époque, celui-ci avait lui-même accepté Kean à la Maison Carignan puisqu'il s'occupait des dossiers judiciaires émanant du tribunal. À ses yeux, une métamorphose s'est produite dans le cas du pugiliste.
«Son discours a changé, il est plus mature et il a l'air plus responsable. Oui, il a eu des démêlés judiciaires qu'il a dû régler, mais je pense qu'il devient tranquillement un homme. Un homme qui va assumer ses responsabilités. Il est en train de s'enligner dans la vie pour devenir un homme très responsable. Je l'ai félicité.»
D'un côté comme de l'autre, la satisfaction était palpable dans le ton de la voix. L'homme qui épaule Kean depuis près d'une décennie a adoré l'expérience, si bien qu'il lui a offert l'occasion de refaire le même exercice sur une base annuelle, une proposition qui semble enchanter le poids lourd, selon M. Poitras. 
C'est ce qu'on appelle un juste retour du balancier.