C'est peut-être Michel Therrien qui écope pour les déboires du Canadien, mais son directeur général Marc Bergevin n'a pas été en mesure de lui fournir les renforts nécessaires afin de faire un long bout de chemin en séries éliminatoires.

Quand la solution facile est à portée de main...

CHRONIQUE / Avouons que ça devait être tentant. Un directeur-gérant, incapable de colmater les brèches dans le club qu'il a bâti, avait à portée de main une solution facile pour servir un électrochoc à son club en déroute et il n'a pu résister à la tentation.
L'arrivée de Claude Julien va masquer pour un bout de temps les carences du Canadien. Les Islanders, les Blues et les Bruins ont utilisé cette tactique vieille comme le hockey dernièrement, avec succès. Ça va aussi sourire à Marc Bergevin. D'autant plus qu'il a fait appel à Claude Julien, un entraîneur chevronné. Si j'avais eu à choisir, j'aurais préféré Bob Hartley, reconnu pour être un sacré vendeur auprès de ses joueurs. Mais Julien fait lui aussi partie de l'élite, et il est certainement capable de donner un coup de barre à court terme.
Ça n'empêche pas qu'un pilote a perdu son job sans être responsable des déboires de son équipe.
La problématique est assez facile à cerner, il me semble. L'équipe n'a tout simplement pas les ressources pour batailler avec les meilleures équipes de la ligue, à moins que Price ne soit au-dessus de la mêlée. Il a le talent pour le faire, il l'a prouvé ces deux dernières années. Mais dès qu'il baisse un peu de régime, ce qu'il expérimente depuis un mois, l'équipe redevient une proie assez facile à maîtriser.
Je n'achète pas du tout la théorie voulant que les joueurs souhaitaient un changement derrière le banc. Si ça avait été le cas, le club aurait connu un mauvais début de saison et Therrien aurait été viré avant la fin d'octobre. C'est le contraire qui s'est produit, l'équipe a encore une fois connu un départ canon. Therrien n'est sûrement pas le pilote le plus apprécié dans la ligue, mais ce départ a prouvé qu'il avait encore le respect de ses gars.
Le hic, c'est que le jeu dans la LNH évolue au cours d'une saison. Les petits joueurs, avantagés en début de campagne, ont de moins en moins d'espace au fil des mois et deviennent donc moins performants. Or des petits joueurs, le Canadien en a une tonne. Des gars comme Brian Flynn, Torey Mitchell, Paul Byron, Tomas Plekanec, Brendan Gallagher, David Desharnais, Andrew Shaw et Sven Andrighetto ne touchent pas la barre des six pieds. Collectivement, ça fait une attaque très facile à cerner.
Et ce n'est pas juste une question de taille ou de poids. Talent pour talent, c'est assez mince merci sur l'échiquier offensif. Philip Danault a beau être une belle surprise, il n'a pas l'étoffe d'un vrai centre numéro un. Tous les soirs, il doit se mesurer aux John Tavares, Claude Giroux, Sidney Crosby et autres Patrice Bergeron dans l'Est. Le décalage est clair. Danault est une solution de rechange parce qu'Alex Galchenyuk ne semble pas en mesure de prendre la place qu'on lui prépare depuis quelques années. Ça fait un trou béant au centre... Et ce n'est guère mieux à l'aile gauche derrière Max Pacioretty!
Défensivement, Shea Weber a amené de la stabilité, mais ce n'est pas monsieur relance offensive. Un rôle que ne peut plus tenir Andrei Markov tous les soirs, rattrapé par l'usure du temps. Derrière eux, les Jeff Petry, Nathan Beaulieu et Alexei Emelin sont capables du meilleur comme du pire, et parfois ça varie d'une période à l'autre!
Tout ça met beaucoup de pression sur l'Élu, qui manifestement a du mal à l'absorber ces temps-ci. C'est avec ces munitions-là que Therrien allait à la guerre. Et je vous rappelle que son club était néanmoins installé en première place de la division...
Reste maintenant seulement à espérer que l'arrivée de Julien va faire plaisir à l'Élu, et lui permettre de retrouver ses repères. C'est la seule vraie planche de salut possible pour cette équipe, puisque Bergevin n'arrive pas à transiger pour ajouter au moins un attaquant top-6 et un défenseur top-4 à son noyau.