Si Laurie Blouin a pu prendre part aux Jeux olympiques en slopestyle et en big air, c’est en grande partie grâce au rôle important joué par Gestev auprès de la Fédération internationale de ski.

Slopestyle et big air aux Jeux en grande partie grâce à Québec

Au-delà des athlètes comme les médaillés Alex Beaulieu-Marchand et Laurie Blouin, il y a une grande dose de Québec dans la tenue des compétitions de big air et de slopestyle aux Jeux olympiques de PyeongChang.

La présentation d’épreuves du genre dans la Vieille Capitale, pendant le Jamboree, a permis à la Fédération internationale de ski (FIS) de satisfaire les critères du Comité international olympique (CIO) pour qu’un sport fasse son entrée aux Jeux. Le slopestyle y est depuis Sotchi en 2014, le big air depuis... quelques jours.

Dans ce dernier cas, la constance avec laquelle Québec a présenté cette compétition à l’îlot Fleurie depuis 2009 a joué un grand rôle, explique Patrice Drouin, grand manitou de Gestev, l’entreprise derrière le Jamboree.

«Il y a des années où il n’y avait pas beaucoup de big air [dans le reste du monde]. On est le seul pilier continu. La FIS a capitalisé pas mal là-dessus et nous a aidés pendant plusieurs années à rester au calendrier en favorisant nos dates. […] Quand la FIS est capable de dire : cet événement-là a toujours lieu et continuera d’avoir lieu, elle peut pointer Québec en montant son dossier pour le CIO. Est-ce qu’on a été déterminants? Je pense qu’on a joué un rôle», analyse Drouin.

Québec a aussi présenté la première Coupe du monde féminine de big air, en 2015. La présence d’athlètes des deux sexes est un autre critère du CIO.

«La FIS nous a demandé si on pouvait ajouter les femmes. On a accepté : on avait toujours trouvé un peu bizarre de faire des big air juste pour hommes, d’ailleurs.» Seulement quatre femmes s’inscrivent alors, mais une autre étape, essentielle, est franchie.

Dans le cas du slopestyle, Gestev a été la première à se montrer prête à ajouter cette discipline aux Championnats du monde, organisés en 2013. Le CIO exige la tenue d’au moins deux Mondiaux avant d’accepter un nouveau sport aux JO. Québec a été le théâtre du deuxième, mais c’est l’intérêt démontré par Drouin lors d’une rencontre de la FIS, en 2010, qui a mis de la pression sur la délégation espagnole chargée d’organiser ceux de 2011, à La Molina.

«Comme c’était trois ans plus tard, on avait le temps de se préparer», indique Drouin. «J’ai levé la main et j’ai dit à la FIS : “Québec et Stoneham, on est prêts à faire le slopestyle.” Le groupe de La Molina était un peu coincé, car leur événement était dans moins d’un an. […] Mais les Espagnols et nous sommes un peu pareils : on réagit assez vite et on veut collaborer tout de suite.»

Les Espagnols acceptent et organisent rapidement les premiers Mondiaux de slopestyle. Québec suivra deux ans plus tard, avec la dernière clé pour franchir la porte des JO.

À quand le ski?

Contrairement au slopestyle, le big air olympique demeure pour l’instant l’apanage de la planche à neige. Ça pourrait changer, car ce sport existe aussi en ski acrobatique. Une Coupe du monde a d’ailleurs été présentée à Québec l’an dernier et sera de retour en mars, lors du prochain Jamboree. Mais il reste encore du chemin à parcourir avant les JO, remarque Drouin.

«En snowboard, on avait un plan de match : avoir au moins quatre big air au calendrier [de la FIS] par année, introduire les femmes, l’introduire au Championnat du monde très tôt. En ski acrobatique, ils n’ont pas pris soin d’avoir des big air partout. Il y avait juste les X Games ou presque. Ils ont finalement réussi à se coller sur le snowboard et à faire des événements doubles, mais trop tard. […] Je pense que le ski acrobatique a manqué une opportunité.» Rendez-vous en 2022, peut-être...

***

PLUS SIMPLE QUE POUR LE VÉLO DE MONTAGNE

L’arrivée du slopestyle et du big air aux Jeux olympiques n’a provoqué aucune tension au sein de la Fédération internationale de ski, assure Patrice Drouin. Pour l’instant, les sports de glisse acrobatique ne sont pas contingentés aux JO, explique-t-il. L’entrée en scène d’une nouvelle discipline ne se fait pas au détriment d’une autre.

Drouin avait vécu une situation fort différente en 1993, lorsqu’il a participé au processus d’introduction du vélo de montagne dans la grande danse olympique, trois ans plus tard. Celui qui est chargé du Vélirium au mont Sainte-Anne se souvient d’une grogne venue de certains pays européens, qui n’appréciaient pas voir une épreuve de cyclisme sur piste retirée du calendrier. «Ç’a fait une guéguerre dans l’Union cycliste internationale. Des pays comme l’Allemagne, la France, l’Italie et la Suisse, qui sont forts en piste, perdaient des chances de médailles au profit d’un sport qui était, à l’époque, grandement nord-américain. J’ai senti que je n’étais pas le bienvenu tout le temps», raconte Drouin en souriant.