L’Ukrainienne Aljona Savchenko et le Français Bruno Massot ont brandi le drapeau de l’Allemagne après avoir gagné l’or olympique pour ce pays, battant même le record du monde de points dans le programme libre.

Savchenko et Massot ont vaincu leurs adversaires... et les fédérations

GANGNEUNG — Elle est d’origine ukrainienne, lui est d’origine française : Aljona Savchenko et Bruno Massot ont tous deux réalisé leur rêve sous les couleurs de l’Allemagne, leur pays d’adoption, en devenant mercredi soir champions olympiques de patinage artistique en couples.

«J’y ai cru depuis le début que cette histoire était un rêve qui deviendrait réalité», a souri Savchenko. «J’ai dit à Bruno : “Nous allons écrire l’histoire”. Et puis, tout s’est déroulé comme je l’avais imaginé, et c’est devenu réalité.»

Dans un no man’s land

L’issue est heureuse après des mois de controverses et un bras de fer terrible pendant plus d’un an et demi entre les fédérations française et allemande au sujet de Massot. Un an et demi où le patineur normand s’est retrouvé coincé dans un no man’s land incongru, interdit de concourir, sans ressource, avant d’être enfin libéré par sa fédération fin 2015.

L’histoire commence en avril 2014, le jour où Aljona Savchenko, en quête de partenaire, jette son dévolu sur le Frenchie. Savchenko, née en Ukraine, mais installée depuis 2003 en Allemagne, est déjà une grande star du patinage en couples, quintuple championne du monde avec divers partenaires. Massot ne pouvait pas refuser une telle offre.

«Je suis Français et j’ai adoré patiner pour la France. Alors oui, je patine pour l’Allemagne, mais parce que j’ai pensé à ma carrière avant tout», clarifiera Massot dans un entretien, deux ans plus tard.

Mais l’association s’avère osée, car, si le règlement international prévoit ce genre d’associations, qui ne sont toutefois pas fréquentes, il faut pour cela qu’une des deux fédérations lâche l’un de ses poulains. 

Et c’est là que la galère commence, la France et l’Allemagne voyant chacune l’or briller dans son camp...

Sans la fameuse autorisation qui donne la liberté à l’athlète de changer de pays, impossible de se présenter en compétition ni de faire des galas, le gagne-pain des patineurs. Mais aucune des deux parties ne veut céder. Pourtant, l’entente sur la glace entre les deux patineurs est évidente, et immédiate.

Vivre avec 310 $ par mois

Basé à Obertsdorf, en Bavière, depuis l’été 2014 avec Savchenko, Massot, pendant cette traversée du désert, vit avec seulement 200 euros par mois (un peu plus de 310 $CAN) grâce à une aide de la fédération allemande. Un soutien financier de ses parents, les économies de sa petite amie et une collecte d’un club de supporteurs allemands lui permettent de survivre.

Une période terrible qui n’a pas raison de leur volonté. Ils s’entraînent chaque jour. «Il n’y a eu aucun compromis jusqu’à ce coup de fil de Didier Gailhaguet [le président de la fédération française] pour me dire qu’il voulait arrêter tout ça», se souvient Massot. C’était le 26 octobre 2015 et il obtiendra son sésame.

Une libération que le titre olympique de mercredi concrétise de la plus belle des manières. Quatrième après le programme court, le couple allemand a battu le record du monde de points en libre (159,31) sur La terre vue du ciel du compositeur français Armand Amar, pour doubler sur le fil les favoris chinois et russes, qui ont tous les deux chuté.

«Nous voulions attaquer le programme libre comme des tigres», a expliqué Massot.