Olivier Rochon a emprunté un parcours difficile pour arriver aux Jeux olympiques.

«Mononcle Oli» demeure calme

Olivier Rochon a pu ajouter deux titres à sa feuille de route ces dernières semaines.

D’abord celui d’Olympien. Le skieur acrobatique de Gatineau s’est qualifié en vue des Jeux pour la première fois de sa carrière. Une nomination qui a été officialisée le 22 janvier.

Auparavant, l’athlète âgé de 28 ans était devenu un oncle pour la première fois de sa vie. Sa sœur Annabelle a donné naissance le 5 novembre à la petite Camélia.

« J’ai eu la chance de voir ma nièce durant le temps des Fêtes », se réjouissait Rochon au bout du fil.

Si tout va bien, l’ancien champion du globe de cristal collectionnera un autre titre. Celui de médaillé olympique à PyeongChang.

« Même si ça sera mes premiers Jeux, j’ai beaucoup expérience. Je ne me laisserai pas emporter par l’excitation. Je vais rester calme et terre à terre. Ça va m’aider par rapport aux autres », estime Rochon, qui a pris le départ de 49 épreuves de la Coupe du monde en carrière.

Aucun autre compétiteur aux Jeux n’a mis autant de temps que lui à se rendre au rendez-vous olympique.

« J’ai pris le chemin le plus compliqué », avoue-t-il en riant.

Où commencer ?

Il y a janvier 2010. Rochon a raté sa qualification olympique par quelques poussières de point. Son prix de consolation ? Il a pu agir tout de même comme ouvreur de piste aux Jeux à Vancouver.

Puis à l’automne 2013, une blessure à un genou lui a coûté sa place, quelques mois plus tard, à Sotchi. « Ça, ce fut très dur sur mon moral », confie-t-il.

À quel point ? L’idée de remiser les skis lui a traversé l’esprit.

« Je me suis posé la question... mais rapidement. Depuis ce moment-là, je ne me suis jamais dit que j’en avais eu assez. »

Depuis ce moment-là, sa détermination a été mise à l’épreuve. Il y a eu plusieurs autres blessures. Que ce soit une opération à un muscle de l’abdomen ou cette fracture au plancher de l’orbite de son œil droit.

Des malchances qui ont ralenti ce qui semblait être une carrière prometteuse.

Rochon avait gagné six de huit médailles en Coupe du monde entre janvier 2012 et janvier 2013.

Son cheminement comprend aussi cette suspension d’un an que lui avait imposé Ski acrobatique Canada à l’été 2010. Son attitude faisait défaut, lui qui avait ignoré à l’époque des couvre-feux.

Tout ça 19 mois après avoir été couronné recrue de l’année sur le circuit de la Coupe du monde.

Durant son exil de l’équipe canadienne, le jeune homme a réalisé rapidement à l’époque à quel point il était choyé d’être athlète élite. Il s’est notamment retrouvé à travailler sur un chantier de construction à Ottawa, à cogner des clous.

« Je ne changerais absolument rien de mon parcours, même s’il fut très difficile. J’ai eu mon lot de hauts et de bas. Mais cela a aidé à forger l’athlète que je suis. Ça rend surtout encore plus spécial ce que je m’apprête à vivre. »

Olivier Rochon s’est pointé à PyeongChang en santé et surtout en confiance. Il a gagné le bronze lors de l’une des dernières épreuves de la Coupe du monde avant les Jeux.

« En ce moment, les 15 premiers sauteurs au monde ont tous une chance de gagner. C’est tellement serré. Tu peux vraiment dire que n’importe qui peut aboutir sur le podium. Ce n’est plus comme auparavant lorsqu’il y avait la domination chinoise. »

Rochon ne serait pas surpris de voir son jeune coéquipier québécois Lewis Irving terminer parmi les trois premiers. « Il s’est retrouvé aussi sur le podium cette saison », note-t-il.

Une belle relation existe entre les deux hommes séparés par une différence d’âge de six ans.

« Quand Lewis a gagné sa médaille en Coupe du monde cette saison, j’ai été le premier à aller le féliciter. J’étais tellement content pour lui. »

Dans l’œil des médias depuis 14 ans

La première fois qu’il a fait les manchettes, il n’avait que 15 ans. C’était la veille de Noël en 2004.

Olivier Rochon revenait de sa première compétition internationale de... gymnastique à Moscou. Avant d’exceller en sauts acrobatiques, il était un espoir dans la palestre.

À l’époque, l’ado de 15 ans venait de déménager à Montréal afin de s’entraîner au centre national de gymnastique artistique masculine. Il faisait partie d’un groupe de 12 garçons nommés au sein de l’équipe de la relève olympique.

Rochon avait gagné l’or au cheval chez les juniors en Russie. « J’avais avant tout l’amour pour le sport. Toute ma vie, j’ai bougé. Mes parents m’ont inscrit dans tellement de choses... le soccer, le vélo de montagne. J’ai vite compris par contre où le talent pouvait m’amener. »

C’est que les blessures ont commencé à s’empiler en gymnastique. « Je voyais la fin venir. Puis j’avais une attirance vers le ski acrobatique », s’est rappelé Rochon, qui participait déjà aux épreuves de bosses.

C’est le médaillé olympique Nicolas Fontaine qui l’a recruté à l’été 2005 afin de le convertir en sauteur acrobatique. Les deux hommes continuent à se côtoyer durant l’été lors d’entraînements aux rampes d’eau à Lac-Beauport.

Rochon n’est toutefois pas prêt à imiter Fontaine et le rejoindre sous peu à la retraite. Il compte se taper quatre autres années et se retrouver aux Jeux de 2022 à Tokyo.

« Sauf que je vais changer ma façon de m’entraîner. Je vais sauter moins l’été. Je vais m’inspirer de mon ancien coéquipier Steve Omischl qui allait plus souvent au gym. Rendu à cet âge, tu mises sur ton expérience. Tu n’apprends plus de nouveaux sauts. »