Kim Boutin tente d’attraper le relais de sa coéquipière Valérie Maltais, au sol, au relais 3000 m par équipes.

Le relais de la confusion

GANGNEUNG — Le patinage sur courte piste réserve toujours des surprises. Des belles, mais aussi des mauvaises. Le relais féminin s’est retrouvé du mauvais côté de l’histoire, mardi, au Ice Arena, en étant disqualifié dans une fin de course où une confusion totale régnait.

Le Canada voyait ainsi sa séquence de sept Jeux olympiques avec une médaille à cette épreuve prendre fin. Elle datait de 1992. En bonne position pour obtenir un huitième podium de suite, le Canada voyait son élan être freiné par une chute avec à peine cinq tours à faire.

Valérie Maltais, de Chicoutimi, a été accrochée involontairement par une Coréenne qui venait de tomber devant elle. Elle a glissé jusque dans le coussin, pour être ensuite frappée par une patineuse italienne, victime du même scénario. À partir de là, ce fut le chaos.

Le Canada a perdu un tour sur ses rivales pour compléter le relais qui n’avait pu être effectué avec la chute de Maltais. Jusque-là, le podium était quand même encore possible. Mais au moment où la Corée et la Chine bataillaient à quelques centimètres de la ligne d’arrivée, la Sherbrookoise Kim Boutin aurait causé de l’interférence alors qu’elle se trouvait tout près, dans l’attente de prendre un dernier relais.

«Ils [les arbitres] ont considéré que Kim était dans leurs jambes. Moi, ce que je vois, c’est qu’elle n’a pas nui ni touché à personne. La seule affaire, c’est que ça enlevait une possibilité à la Chinoise de venir “in” parce que Kim était là», expliquait l’entraîneur Frédéric Blackburn.

Comme ses coéquipières, Marianne St-Gelais était incrédule face à cette disqualification. La Chine étant aussi pénalisée, c’est l’Italie qui a fini deuxième derrière la Corée. Gagnantes de la finale B, les filles des Pays-Bas ont donc obtenu le bronze…

«Moi, je m’attendais zéro à ça, je suis super déçue de ce résultat. On a travaillé super fort, notre course était malade. Je n’ai pas de mot parce qu’on ne méritait pas du tout cette disqualification», disait St-Gelais avant de connaître la raison donnée par les officiels.

Une course «clean»

Sa coéquipière et concitoyenne de Saint-Félicien Kasandra Bradette ne comprenait pas non plus. «Pour vrai, ç’a été une grosse surprise parce que de notre point de vue, le relais a vraiment été “clean” sur toute la ligne. Oui, on crie un peu à l’injustice, mais c’est le sport, la décision a été prise, on ne peut rien faire. On vit le moment et après ça, ben, il faut tourner la page. Il y a une prochaine étape des filles à l’individuel et on a quand même le Mondial où l’on va se reprendre.»

Selon leur entraîneur, le patinage sur courte piste ne sort pas de cet épisode avec une tache à son dossier.

«Je ne pense pas que ça va nuire à notre sport. C’est frustrant quand ça nous arrive, mais les gens aiment la courte piste parce que ces situations peuvent arriver. Là, ça nous arrive à nous, mais les autres vont dire que c’est incroyable parce qu’ils ont eu une médaille à cause de ça.»

N’empêche, ce sport peut être parfois ingrat. «C’est sûr que ces temps-ci, ce n’est pas facile, concède Marianne St-Gelais. Mais j’aime mon sport pour les bons et les mauvais côtés. Tu regardes la feuille, tu te dis que Marianne n’a pas eu une belle compétition jusqu’à présent. Je suis prête à aller à la guerre chaque fois que j’embarque sur la glace, mais mon sport étant ce qu’il est, ça ne tourne pas tout à fait comme je le voudrais.»

Plus tôt dans le programme, Boutin, Maltais et St-Gelais avaient réussi à se qualifier pour les rondes éliminatoires du 1000m, dernière épreuve de leur actuelle aventure olympique.

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HAMELIN ENCORE DISQUALIFIÉ

Pendant que le médaillé d’or du 1000 m Samuel Girard franchissait les qualifications du 500m sans problème, le vétéran Charles Hamelin voyait ses chances de remporter une dernière médaille olympique dans une course individuelle s’envoler. Pour la troisième fois de suite des Jeux de PyeongChang, il a été disqualifié. Ne lui reste que le relais masculin pour s’offrir un dernier souvenir.

«Avoir ce résultat-là, c’est un peu brise-cœur, mais je dois rester concentré sur ce qu’il reste à faire, la “job” n’est pas finie. C’est plate, mais j’avais une course difficile, il me fallait un départ parfait. Tout allait bien, je revenais tranquillement pas vite, mais mon dépassement sur le Kazakh n’a pas fonctionné et j’ai été pénalisé.

«Je me sentais capable de faire pas mal plus dans le 500m et le sentiment que j’ai ne reflète pas comment j’ai patiné. J’aurais aimé être avec Sam dans les quarts. Maintenant, je ne dois pas m’arrêter au “feeling” de ma dernière course individuelle», disait avec philosophie le quadruple médaillé olympique, qui préférait se souvenir de l’ensemble de sa carrière et non pas de ce dernier 500m. Carl Tardif