Même s’il a terminé le 15 km de ski de fond près de 26 minutes plus lentement que le vainqueur Dario Cologna, le Mexicain German Madrazo a remporté son pari : celui de se qualifier pour les Jeux olympiques. L’athlète de 43 ans a surmonté bien des obstacles pour obtenir son billet pour PyeongChang, dont plusieurs d’ordre financier.

Le pari gagné de German Madrazo

PYEONGCHANG — Le Mexicain German Madrazo, porté en triomphe par le Tongien Pita Taufatofua et le Marocain Samir Azzimani à l’arrivée du 15 km libre du ski de fond... L’image fait figure de symbole de l’universalité des Jeux, même d’hiver!

Sous les applaudissements du public et en brandissant fièrement un grand drapeau mexicain, Madrazo a pris la 116e et dernière du 15 km en 59:35,40, près de 26 minutes après le vainqueur Dario Cologna, qui est venu le féliciter dans l’aire d’arrivée. Tout comme Sebastian Uprimny (Colombie, 115e), Samir Azzimani (Maroc, 111e), Kequyen Lam (Portugal, 113e) et Taufatofua (114e).

C’est en janvier 2017 que German Madrazo, déjà âgé de 43 ans, s’accroche pour la première fois de sa vie des skis de fond aux pieds, avec en tête un compte à rebours de 12 mois pour atteindre le niveau lui permettant de s’aligner aux JO de PyeongChang.

Le pari de ce Mexicain est fou et devient carrément utopique après les premières courses. À la chasse aux points attribués par la Fédération internationale de ski (FIS) et nécessaires pour être invité aux JO, il enchaîne les déconvenues. Mais se lie d’amitié avec un autre néo-skieur engagé dans la même galère : Pita Taufatofua. Le taekwondiste tongien s’était fait remarquer en défilant simplement vêtu d’un pagne lors de la cérémonie d’ouverture. À PyeongChang, il a bravé les températures glaciales et de nouveau défilé torse nu.

Né à Brisbane, en Australie, il y a 34 ans, Taufatofua venait lui aussi de se lancer dans le ski de fond en espérant aller en Corée. «Après une course en Pologne, où nous n’avions encore pas réussi à nous qualifier, Pita m’a dit en arrivant à l’hôtel : “Bats-toi encore un jour, mon frère, bats-toi jusqu’à la fin”», a raconté Madrazo avant le début des Jeux.

Billet gagnant

Cette phrase est devenue leur leitmotiv. «Tous les matins à l’hôtel, on se disait : “Fight another day, brother”». Sans résultat.

Arrive ainsi l’ultime chance de marquer les points FIS tant espérés : une dernière course en Islande. Les compères n’ont plus beaucoup d’argent et ne peuvent prendre qu’un billet d’avion aller chacun.

Et miracle, le billet s’avère gagnant! Les deux copains se retrouveront bien à PyeongChang.

S’il ne rapportera pas de médaille olympique, Madrazo peut toujours se targuer d’avoir gagné un certain nombre de concours de circonstances dans sa vie, ainsi qu’un diplôme de persévérance. Car le parcours débute en 2011 lorsqu’il décide avec sa femme de quitter sa maison de Tamaulipas, dans le nord du Mexique, pour s’installer de l’autre côté de la frontière, au Texas. Deux agressions, dont une à main armée, les ont convaincus de quitter leur pays natal pour les États-Unis et la petite ville de McAllen, où ils ont ouvert un commerce d’articles de sport.

Adepte de la natation et du triathlon, Madrazo a alors été séduit par l’aventure de Roberto Carcelen, le Péruvien qui a couru le 15 km olympique de ski de fond à Vancouver (2010) et à Sotchi (2014). «Je l’ai cherché sur Facebook et il m’a donné les coordonnées de son entraîneur», explique le Mexicain.

«Il m’a dit qu’il n’avait pas le temps, mais il a ajouté qu’il devait aller du Michigan à l’Utah, soit une distance de quasiment 3000 km, et qu’il était prêt à m’apprendre à skier si je venais avec lui et que je payais les frais. Et durant cette traversée des États-Unis en voiture, nous nous arrêtions dans les villages pour apprendre à skier. C’est comme ça que le rêve a commencé», se souvient Madrazo.

Gagner ses points... sur roulettes

Se posèrent alors les problèmes financiers. «Pour aller à ma première compétition en Europe, en Turquie, j’ai dû vendre mon vélo de triathlon et demander de l’argent à des amis et à la famille.»

Mais les choses ne se passèrent pas aussi facilement qu’espéré et il fallut vendre encore des équipements pour se payer d’autres voyages, participer à d’autres compétitions. «Lors d’un voyage en Argentine et au Chili, on m’a dit que je devais participer aux courses de ski à roulettes qui elles aussi donnent des points pour les Jeux.»

Mais ces points étaient insuffisants et Madrazo s’est installé deux mois en Europe pour tenter d’y décrocher son Graal en décembre et janvier derniers. «Chaque fois que j’appelais la famille et les amis pour leur demander de l’argent, on me demandait : “Ça y est, tu es qualifié?” Tu te sens comme un parfait idiot. Je me demandais ce que je leur dirais si je n’y parvenais pas, parce qu’ils m’avaient quand même donné beaucoup d’argent.»