À PyeongChang, le Lévisien Laurent Dubreuil aura deux chances plutôt qu’une de monter sur le podium, lui qui prendra part au 500 m lundi (6h, heure du Québec) et au 1000 m, vendredi.

Laurent Dubreuil a surmonté bien des obstacles

GANGNEUNG — Décembre 2013. Le Soleil rencontrait Laurent Dubreuil pour un portrait en prévision des Jeux olympiques de Sotchi. Quelques semaines plus tard, il ratait sa sélection dans l’équipe canadienne. Le reportage n’a jamais été publié.

Février 2018. Le voilà dans la ville olympique. Le patineur de vitesse sur longue piste a finalement réussi à obtenir sa place dans la formation. Et deux fois plutôt qu’une, car en plus de participer au 500 m, lundi (6h, heure du Québec), il sera aussi dans un couloir pour le 1000 m, vendredi.

Pour lui, le trait est tiré depuis longtemps sur la mésaventure russe. Il avait frappé un mur en n’allant pas aux Jeux de 2014, mais cette épreuve a peut-être servi à le relancer.

«Ça fait déjà quatre ans, c’est une étape qui est derrière moi. Le fait de rater les Jeux de Sotchi m’a surtout motivé pour la saison suivante. En longue piste, nous avons des carrières linéaires, les années sont souvent bâties à partir de ce qu’on a fait dans les mois précédents. La quatrième aide à la troisième, la troisième à la deuxième, la deuxième à l’actuelle. Et comme je n’ai pas fini de patiner, je ne peux pas tirer encore de bilan de cette époque», disait-il, samedi, à moins à 48 heures de sa première course sur l’ovale de Gangneung.

Même s’il est présent à PyeongChang, sa meilleure saison en carrière remonte à 2014-2015, celle ayant suivi les Jeux de Sotchi. Il n’avait jamais fini en bas de la huitième place à chacune de ses Coupes du monde.

«Ça avait été l’année où j’ai fait le plus de changements, mais je n’ai jamais été capable de reproduire cela dans les saisons suivantes. J’ai été moins constant depuis, j’ai parfois été incapable de maintenir ma technique.»

Résilient en 2014, il l’a encore été en 2017-2018. Après une première victoire en Coupe du monde, en novembre dernier, il est tombé malade deux fois, a brisé une de ses lames, et s’est retrouvé au centre d’une sélection mouvementée où son coéquipier (Willliam Dutton) avait embauché trois avocats pour interjeter appel de son exclusion.

Un ange à ses côtés

Ces jours-ci, il est heureux et libéré d’une épée de Damoclès qui a longtemps pesé sur lui.

«Considérant où j’étais, il y a un mois, ça va bien, car ça n’allait pas du tout avant d’arriver. J’ai hâte que ça commence, mais j’ai eu besoin de chaque jour depuis pour remettre la machine en marche», illustre celui qui s’est pointé en Corée le 1er février.

Il pourra compter sur son ange gardien en s’élançant, lundi. Décédée en 2013, sa grand-mère du côté des Dubreuil était sa plus grande partisane. Elle avait rendu l’âme à peine six heures après avoir appris la victoire de Laurent au Mondial junior. 

«Il était revenu du Japon avec les fleurs de son podium pour les déposer dans le cercueil de sa grand-mère», m’ont raconté ses parents, samedi, quelques heures à peine après leur arrivée en Corée du Sud.

Robert Dubreuil et Ariane Loignon admirent la résilience de leur fils aîné. Leurs deux autres enfants, Daniel et Anna-Belle, suivront l’action à distance en compagnie de la blonde de leur frère et quelques amis.

Laurent, lui, est à l’ouvrage et se concentre sur sa tâche.

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LES PARIS SONT OUVERTS!

Friand de statistiques, Laurent Dubreuil n’oserait pas prédire le résultat du 500 m de lundi. «Personne n’a plus de 10 à 15 % des chances de gagner, tellement c’est serré. Cette saison, il y a eu 17 médaillés différents en neuf courses dans les Coupes du monde. Si on simulait la course 20 fois, il y aurait au moins 10 gagnants différents. En pratique, dernièrement, les gars ayant fait [les positions] un et deux n’ont même pas grimpé sur le podium, cette année.»

Dans ce sport où la technique doit frôler la perfection, ou presque, les trois patineurs qui exécuteront le mieux leur tour de piste seront médaillés. Dans le lot, le Sherbrookois Alex Boisvert-Lacroix est à surveiller. «Alex a très bon toute la saison, il fait partie des trois favoris avec [Havard Holmefjord] Lorentzen et [Michel] Mulder», indique Dubreuil, l’un des 17 médaillés de la présente saison. D’or, en plus. Les paris sont ouverts!

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PÈRE, MÈRE ET FILS OLYMPIENS

Laurent Dubreuil n’est pas le premier membre de sa famille à participer aux Jeux olympiques. Son père, Robert Dubreuil, et sa mère, Ariane Loignon, ont aussi pris part à ce grand rendez-vous en 1998 à Calgary et en 1992 à Albertville. En fait, le patineur de 25 ans est le seul membre de l’équipe olympique à être le fils de deux olympiens. Il en est fier, mais ne se bombe pas le torse pour autant.

«Ce n’est pas comme si je l’avais appris dernièrement… Je suis très fier de mon héritage, mais en même temps, je suis l’auteur de mon accomplissement, comme mes parents avaient été responsables de leur présence aux Jeux dans leur temps», disait-il en tout respect.

Robert Dubreuil avait patiné en courte piste lorsque ce sport était en démonstration en 1988 à Calgary et a transféré en longue piste en 1992, en France. Ariane Loignon avait pris part aux épreuves de 500, 1000, 1500, 3000 et 5000 m en longue piste à Calgary, un exploit en soi.

Laurent Dubreuil et son père Robert

«Ça fait une très belle histoire de famille, je l’avoue, mais je vois plus cela comme une question dans un jeu. Que je sois ici, ce n’est pas plus exceptionnel qu’un Alexandre St-Jean et un Alex Boisvert-Lacroix. On mérite notre place par nos résultats, pas notre nom.»

Geste de générosité

Ses parents sont fiers de leur fils Laurent. Ils l’ont appuyé dans les bons, mais aussi dans les moments plus difficiles. Depuis 2013, il déjoue les obstacles se pointant devant lui. Le décès de sa grand-mère, le cancer de la prostate de son père, son exclusion des Jeux de Sotchi, les blessures, les hauts et les bas, la récente sélection, l’appel de Dutton pour prendre sa place.

«Mets-en qu’il l’est», répond Ariane lorsqu’on lui demande si Laurent est résilient. «Il n’a pas volé sa place ici, et ce n’est pas une finalité en soi, mais bien l’aboutissement de plusieurs années de travail.»

Et à travers cela, le patineur n’a jamais perdu son sens de la famille. Après avoir appris que père avait le cancer — il est maintenant en rémission et sous surveillance —, il avait posé un geste discret, mais révélateur.

«Il avait utilisé l’argent de sa première bourse en Coupe du monde pour faire un don à la Fondation du cancer de la prostate. Je ne l’ai su que deux ans plus tard. Je lui avais dit qu’il n’était pas obligé, mais il m’avait répondais qu’il ne le faisait pas pour moi, mais pour la recherche.»

Clin d’œil du destin, le meilleur résultat de Robert et Ariane aux Jeux olympiques est une 14e place identique, sur 500 m pour lui et 1500 m pour elle. «Il a une chance de faire mieux que ses parents, je te confirme que ça risque d’être la dernière fois qu’on en parle», lance Robert, qui avait aussi été l’attaché de presse de l’équipe de longue piste aux Jeux de Nagano, en 1998.