Mikaël Kingsbury a explosé de joie à l’annonce de son pointage après son ultime descente.

Kingsbury: la médaille d'or tant rêvée

BOKWANG — «J’ai vécu cette journée-là un million de fois dans mes rêves.» Lundi matin (heure du Québec), Mikaël Kingsbury, 25 ans, a décroché l’or à l’épreuve de bosses. «Le feeling est incroyable, il n’y a pas de mot. Là, c’est vrai.»

À 9 ans, Mikaël Kingsbury avait dessiné les cinq anneaux olympiques sur une feuille. En dessous, il avait écrit : «Je vais [gagner]!».

C’est en regardant à la télévision les Jeux de Salt Lake City, en 2002, qu’il a eu le déclic. «J’avais collé la feuille au-dessus de mon lit. Je me suis réveillé tous les jours de ma vie avec cet objectif de gagner les Jeux olympiques. Tous les matins et tous les soirs, je le voyais. À un moment, ça rentre. En ayant gagné une médaille d’argent à Sotchi, j’ai senti la pression, j’avais beaucoup de pression.» Il avait tout gagné dans son sport, sauf l’or olympique. «J’ai senti que le moment était venu et je ne voulais pas le louper.»

Dans une finale à trois rondes (top 20, top 12 et top 6), le bosseur de Deux-Montagnes a mis un peu de temps à trouver ses marques, faisant monter le doute jusqu’à la toute fin. «Je vais être honnête, je n’ai jamais été stressé comme ça de toute ma vie. Dimanche soir, je me suis couché, j’étais stressé. Lundi matin, ça allait bien. Mais comme la course était le soir, plus ça avançait dans la journée, plus j’étais stressé. Je me disais : arrête de penser au ski, mais je pensais juste à skier.»

Quand il a finalement mis ses skis, il s’est bien senti, malgré un point dans la poitrine. «Chaque fois que je vois les bosses, on dirait que ça me réconforte. Je savais que j’étais stressé, donc j’ai été tendu lors de la première ronde. J’étais perdu, un peu off, j’étais en retard sur les virages. Mais le but n’était pas de gagner, c’était de passer à la ronde suivante. Je devais éviter de faire des erreurs stupides.» Ce qu’il a fait.

Son préparateur mental Jean-François Ménard était avec lui en haut de la piste. «Chaque grand compétiteur vit de la pression. Mik l’utilise de façon positive, pour le pousser, nous a-t-il dit, lorsque nous l’avons rencontré au pied de la piste. Coupe du monde après Coupe du monde, il a une cible sur son dos, il doit vivre cette pression régulièrement. Il en avait un peu plus aujourd’hui, mais c’est là que l’expérience devient un facteur et lui donne un avantage.»

«Entre ses descentes, les seules choses que je lui disais, c’est de remettre son attention sur ce qui est important, a expliqué M. Ménard. Il avait un plan, il savait comment il voulait faire ses descentes. On avait prévu un scénario dans lequel il ne gagnait pas les premières rondes. Il devait en profiter pour collectionner les informations et améliorer sa descente suivante. C’est exactement ce qu’il a fait.»

Nervosité

En ronde finale, il s’est attaqué aux bosses comme si sa vie en dépendait. Il était cinquième et avant-dernier au départ. «J’ai été plus rapide dans mon absorption, je savais que j’étais au-dessus de mes pieds, je m’en allais où je voulais et j’ai bien atterri mes deux sauts au bon endroit, a-t-il dit. J’avais juste à faire ma descente, je l’avais vue dans ma tête. C’est ça qui a été ma force toute l’année : être capable de faire ce qu’il faut pour gagner.»

«Quand j’ai vu la ligne d’arrivée, je me doutais que ça allait être assez. Mais tu es aux Jeux et ça continue d’être stressant quand tu attends ton score. Quand j’ai vu 86 apparaître, j’ai crié. Et j’ai figé.» La nervosité était à son comble. Un concurrent devait encore descendre. Puis, ç’a été confirmé : il est devenu champion olympique de l’épreuve de bosses.

Sa famille était sur place pour l’encourager. «Ç’a été une soirée stressante, très émouvante, a confié son père, Robert Kingsbury. On est habitués de le voir partir dernier de chaque ronde. Il a fait de petites erreurs qui l’ont positionné autrement. À chaque descente, on voyait qu’il apprenait de ses erreurs. C’était stressant pour nous. Mais quand j’ai vu le gros plan sur son visage, au départ de la dernière finale, je l’ai vu respirer pour relaxer, je savais que ça y était. C’est quatre ans d’attente pour ce moment-là.»

C’est le seul titre qui manquait à son impressionnante collection. Il a été deux fois champion du monde, il a fait 70 podiums en Coupe du monde, dont un record de 48 victoires en carrière (et 13 d’affilée) et il est détenteur de six globes de cristal. «J’ai tellement hâte, j’ai tellement rêvé dans les derniers jours, d’avoir cette médaille d’or dans mon cou.»

Son seul regret? De ne pouvoir partager le podium avec ses meilleurs amis Philippe Marquis et Marc-Antoine Gagnon. «C’était cool hier soir, quand les trois gars, on s’est dit bonne nuit. Ce sont des moments dont je vais me souvenir toute ma vie. J’ai gagné les Jeux olympiques en présence de mes coéquipiers qui sont mes meilleurs amis, je ne peux demander mieux.»

L’Australien Matt Graham a terminé deuxième, et Daichi Hara du Japon, troisième.