Tenant en main son porte-bonheur, Anita Cyr-Robichaud naviguait entre nervosité et excitation en voyant sa petite-fille Audrey Robichaud descendre le parcours de bosses olympique. Petite-cousine de la skieuse, Sophie Moreau, et sa fille Maélie n’ont pas non plus voulu rater ce rassemblement tenu au Relais, jeudi soir.

Fans et proches réunis pour encourager Audrey Robichaud

«Je suis nerveuse, ces jours-ci. Je suis toujours nerveuse quand elle saute.»

Anita Cyr-Robichaud ne perd pas pour autant son beau sourire. Même si elle a de la difficulté à entendre les questions du journaliste du Soleil dans la grande cafétéria de la station de ski Le Relais de Lac-Beauport, salle rendue écho par son plafond cathédrale.

Mais jeudi soir, rien ne pouvait contrarier la dame de 92 ans. Elle était sortie de son Manoir De Villebon, une résidence pour personnes âgées du quartier Maizerets, pour voir sa petite-fille se qualifier à l’épreuve olympique de ski de bosses, sur écran. C’est dans la neige du Relais qu’Audrey Robichaud a donné ses premiers coups de bâtons.

Autour de la grand-maman étaient réunis une trentaine de membres de la famille et d’amies de l’athlète de Val-Bélair pour cette mise en bouche olympique. Ils seront encore plus nombreux tôt dimanche matin pour suivre les rondes finales, auxquelles Robichaud accède directement grâce à sa 10e position au premier tour.

«Je suis tellement heureuse pour elle. Ce serait beau qu’elle gagne une médaille, mais l’important, c’est qu’elle ait beaucoup de plaisir», résume la mamie, qui se souvient comme si c’était hier d’avoir été assise au même endroit il y a déjà 12 ans pour les premiers Jeux olympiques d’Audrey, en 2006, puis encore il y a quatre ans, en 2014.

À Turin, la bosseuse n’avait que 17 ans. L’adolescente se montrait alors encore plus discrète que la femme de 29 ans qu’elle est devenue. «Elle n’a pas changé, c’est toujours la même Audrey. Sauf qu’asteure, quand on lui pose une question, elle répond!» lance en riant son parrain et cousin, Simon Levasseur.

Tous autour de la table s’entendent pour dire que la sympathique blonde a toujours été à la fois timide et déterminée. Ceci expliquant cela, elle n’a jamais obtenu la reconnaissance populaire et médiatique qu’elle aurait méritée, croit par ailleurs son amie d’enfance.

Ensemble sur les pentes... une seule fois

Geneviève Bernard la connaît depuis la maternelle. Elles habitaient à trois maisons de distance, sur la rue Juneau, à Val-Bélair. Geneviève a maintenant déménagé... quatre maisons plus loin. Audrey est la marraine de son fils Liam, un an.

«Elle est tellement un bon exemple!» s’exclame la jeune femme, qui a pu parler à la vedette du jour par appel-vidéo en direct de PyeongChang quelques instants après sa descente.

Même si elles ont des caractères opposés — les contraires s’attirent, il faut croire — les deux amies ne se sont jamais brouillées, jamais de conflit. «Audrey, elle peut s’intéresser au voyage que tu viens de faire en Gaspésie même si elle revient de Chine», illustre celle qui a vu sa camarade partir à l’extérieur plus souvent qu’à son tour dès le début du secondaire.

«Elle m’a amenée skier avec elle une fois, mais elle ne m’a jamais ramenée!» s’esclaffe-t-elle encore, au fil des souvenirs, comme quoi ce n’est pas la passion du ski non plus qui soude leur amitié depuis 25 ans.

Si Bernard croit que Robichaud bouclera sa 14e saison sur le circuit international au-delà des Jeux olympiques, avec la Coupe du monde du 3 mars au Japon, il semble clair pour elle que l’heure sera ensuite venue pour son amie d’accrocher ses skis au clou de la retraite.

Aucune annonce n’a toutefois été faite auprès de la famille, assure sa tante. «C’est sûr que c’est ses derniers Jeux, mais la retraite? Même sa mère ne le sait pas encore!» révèle Francine Pouliot, la sœur de la mère d’Audrey, évoquant encore un peu plus la discrétion de sa nièce.

Maman Monique, papa Réal et le grand frère d’Audrey, Samuel, sont sur place, en Corée du Sud, pour encourager leur favorite d’entre toutes. Pour vivre le dernier grand saut d’une petite skieuse acrobatique devenue grande à force de travail et de volonté.