Après le désastre technique survenu aux Jeux de Sotchi en 2014, l'entraîneur de l'équipe canadienne de ski de fond, Louis Bouchard, a réussi à convaincre Alex Harvey de travailler avec le fabricant de skis Salomon.

Changement de skis payant pour Harvey

PYEONGCHANG — «Les signes sont là. Il pète le feu, il est positif, heureux et dans un bon état d’esprit», lance l’entraîneur Louis Bouchard à propos d’Alex Harvey, à quelques heures du départ du skiathlon de 30 km, dimanche (1h15, heure du Québec), au Centre de ski de fond d’Alpensia.

Bouchard rentrait d’une sortie d’entraînement. Depuis quelques jours, la température s’est adoucie à PyeongChang, mais l’approche du fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges n’a pas changé d’un iota.

Le skiathlon consiste à un effort combiné des deux styles de la discipline, soit un 15 km en classique suivi de 15 autres kilomètres en style libre. Il s’agit de la première de six courses à l’agenda de celui qui est l’un des prétendants au podium.

«Dès le départ, c’est une course pour lui. De revenir de la dernière étape de la Coupe du monde [à Seefeld, en Autriche] avec une deuxième place, ça donne un élan et ça confirme que la préparation est à point. Tout ce que je souhaite, maintenant, c’est qu’on lui donne l’équipement parfait pour qu’il puisse exploiter sa condition physique. Si on le fait, il va rivaliser avec le groupe de tête», estimait celui qui est associé à Harvey depuis des lunes.

Bonne nouvelle, Harvey n’a pas compté souvent sur un équipement problématique, cette saison. À ce titre, les changements effectués dès la fin des Jeux de Sotchi, où ce fut la catastrophe technique, ont rapporté gros. Sa victoire au 50 km des Championnats du monde, en 2017, en est un exemple frappant.

«Ici, à PyeongChang, c’est complètement différent qu’à Sotchi. Il y a beaucoup moins de stress, au point où l’on ne sent pas aux Jeux olympiques. On a l’impression d’être en Coupe du monde, au pire, en Championnats du monde. On n’a rien fait de spécial, on reproduit ce qu’on fait à chaque semaine de la saison. Tout est normal, il n’y a rien de différent.»

Le changement le plus payant a sûrement été le transfert à une nouvelle compagnie de skis. Depuis trois ans, Alex enfile les planches de la marque Salomon et il en devenu l’un de leurs gros canons, sinon le plus gros. La plupart des fondeurs français sont aussi affiliés à Salomon, tout comme le Finlandais Matti Heikkinen et l’Italien Francesco De Fabiani, entre autres.

Après Sotchi

«C’est un succès depuis trois ans, c’est clair. Il s’agit d’une compagnie qui met beaucoup d’efforts pour offrir des skis de qualité à Alex. Ça faisait des années que Salomon voulait travailler avec Alex, mais il ne voulait pas changer, il restait fidèle à Fischer. Après les défaillances de Sotchi, ça m’a trotté dans la tête. J’en ai parlé à Alex, et il a fallu se rendre à l’évidence que c’est ce que ça nous prenait.»

Vendredi, les athlètes ont testé la piste du Centre de ski de fond d’Alpensia.

Bouchard avait remarqué que des compétiteurs parvenaient à le dépasser, alors qu’ils n’étaient pas censés le faire. «Je trouvais que c’était une compagnie qui progressait à une vitesse lunaire. Toute l’équipe, on les a essayés, et avec l’appui des farteurs, Alex a embarqué après le Tour du Canada [en 2015]. Le point le plus fort, c’est qu’ils voulaient en faire leur numéro 1 et c’est ce qui s’est produit. Salomon n’est pas une grosse équipe, mais elle offre un service hors pair.»

Harvey participera à quatre courses individuelles pendant la quinzaine olympique et deux autres en équipe, soit le relais 4 x 10 km et le sprint par équipe. Son partenaire pour cette dernière épreuve n’est pas encore connu, mais celui qui obtiendra les temps les plus rapides d’ici là devrait se joindre à lui.

En 2010, Harvey et Devon Kershaw avaient pris le quatrième rang aux Jeux de Vancouver. Ils avaient remporté le Championnat mondial en 2011 et fini 12e à Sotchi. Mais avant, place au skiathlon (dimanche) et au sprint individuel (mardi).

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FEUX D'ARTIFICE À PRÉVOIR AU SKIATHLON

À quel genre de course Alex Harvey s’attend-il au skiathlon de 30 km, dimanche? «Le scénario le plus plausible, c’est qu’il y ait des feux d’artifice dans les cinq derniers kilomètres», soumet le principal intéressé. Et les principaux artificiers pourraient bien être les quatre fondeurs norvégiens du peloton.

«Le parcours est ouvert, ça va donc être assez compact dans la première partie du skiathlon tandis que la seconde portion est plus difficile. Les Norvégiens vont essayer de contrôler la course pour laisser partir Martin [Johnsrud Sundby] avec deux kilomètres à faire. On devra être sur le bout de nos pieds pour réagir», estimait Harvey.

Selon lui, des rivaux comme les Suisse Dario et Alexei Poltoranin [Kazakhstan] ne sont pas négligés, ainsi que le Finlandais Livo Niskanen. «Dario et Alexei Poltoranin skient bien et Livo a atteint un niveau où il peut suivre en style libre. Il avait d’ailleurs brisé le peloton en Coupe du monde», rappelait-il, lorsqu’invité à prédire l’allure de la course.

Harvey n’oublie cependant pas l’invincible Norvégien Klaebo, intouchable depuis le début de la saison en Coupe du monde. «La vedette de la saison, c’est Johannes. Même si ce sera une course difficile, on s’attend à ce qu’il soit là à la fin, c’est le favori pour le skiathlon, comme pour le sprint», analysait-il, plus tôt cette semaine. La bonne nouvelle, c’est qu’il n’aura pas Klaebo dans les pattes lors du 15 km puisque le Norvégien n’a pas été choisi pour cette épreuve par l’entraîneur de l’équipe nationale.