Le Canadien Manuel Osborne-Paradis a dominé la première séance d’entraînement en vue de la descente grâce à un chrono de 1:40,45. Il a devancé le Norvégien Kjetil Jansrud (1:40,76).

Bernhard Russi, «dessinateur» de montagnes

PYEONGCHANG — Jouer avec la montagne pour en révéler les courbes. Depuis les JO de 1980 à Lake Placid, le Suisse Bernhard Russi dessine les pistes olympiques de descente, dont la dernière en date à Jeongseon, pour les Jeux de PyeongChang.

Dessinateur de piste ou, encore mieux, architecte, un terme qui rend mieux l’idée du travail d’élaboration à flanc de montagne. «Avant, ce n’était pas vraiment des dessinateurs. C’était des ingénieurs qui connaissaient la montagne, mais ne venaient pas de la compétition. C’était très neutre», rappelle Russi, officiellement en charge depuis les JO de Calgary, en 1988.

«La descente, c’est la discipline qui a le plus à faire avec la montagne, avec le terrain. Ce n’est pas comme le géant ou le slalom, où on trace le parcours. Dans la descente, c’est le parcours qui donne le tracé», précise Russi, ancien champion olympique en 1972 à Sapporo, puis vice-champion olympique à Innsbrück quatre ans plus tard.

115 km/h

À Jeongseon, la station choisie pour les JO de PyeongChang, il a dû s’adapter à une montagne moyenne (départ à 1370 m) et sans pente exigeante. Lors des compétitions pré-olympiques, en février 2016, de nombreux concurrents avaient regretté que les vitesses de pointe ne dépassent pas les 115 km/h.

Des retouches ont été apportées depuis. Ainsi le deuxième saut propulse plus rapidement les athlètes à l’atterrissage, un accélérateur de vitesse en quelque sorte pour aborder la section suivante.

«Cela signifie qu’on peut construire des sauts différents selon la quantité de neige utilisée, la forme du tremplin. Les sauts sont déjà construits pour moitié en été avec de la terre. L’autre moitié, c’est de la neige», ajoute Russi.

Sur le tracé, la neige de culture est froide et compacte, semblable à celle que les skieurs trouvent en début de saison à Beaver Creek (Colorado). «Pour le premier test [en 2016], on a commencé par le côté plus assuré, des sauts moins longs. On s’approche lentement du maximum de la montagne. On ne le fait pas dès le début. Ce n’est pas seulement ma théorie, c’est aussi la théorie de la FIS [la Fédération internationale de ski], la théorie des directeurs de courses et la théorie des coachs et des coureurs.»

Plus généralement, Russi réfute l’idée que PyeongChang ne se prêtait pas à la descente. «On dit que la montagne n’est pas très haute. Elle est plus haute qu’à Kvitfjell [en Norvège, Jeux d’hiver 1994] et elle sera plus difficile que certaines descentes de Coupe du monde. La vitesse n’est pas primordiale pour moi. La chose la plus importante, ce sont des endroits techniques, des endroits plus difficiles qui challengent les meilleurs skieurs du monde. La difficulté d’une descente est aussi fonction de la nature de la neige.»

Et puis le dessinateur a dû composer avec le fait que le parcours est commun aux dames — elle partent d’un peu plus bas, néanmoins — et aux messieurs. Or, pour les femmes, la descente doit être plus contrôlée.

Un défi toujours passionnant pour Russi. «Cette fonction, je ne l’ai pas cherchée. Le président de la FIS [de l’époque], Marc Hodler, m’avait demandé d’aller inspecter la piste que Calgary proposait pour sa candidature. Et, dans ce rapport, j’avais écrit : ” La montagne est bonne, mais...” Ce “mais” m’a fait dessinateur de piste», résume le titulaire d’un diplôme de dessinateur en bâtiment, qui avait prévu après sa riche carrière sportive d’intégrer une école d’architecture. Un changement de trajectoire tout à fait logique, finalement.