Ann-Renée Desbiens (au centre) a revêtu son uniforme en fin de match afin de recevoir sa médaille en compagnie de ses coéquipières.

Ann-Renée Desbiens, médaillée d'argent... dans les gradins

GANGNEUNG — Le match de la médaille d’or entre les hockeyeuses canadiennes et américaines venait à peine de prendre fin et déjà un débat était soulevé : une telle finale devrait-elle se conclure par des tirs de barrage?

Du côté canadien, on aurait préféré une autre façon de trancher le débat, mais on ne s’en plaignait pas. Du côté américain, on se doute bien que le sujet n’était pas à l’ordre du jour.

«Bonne question! Évidemment, c’est difficile de s’incliner en tirs de barrage. Je pense que ça devrait être une prolongation jusqu’à ce qu’il y ait un gagnant», répondait Marie-Philip Poulin, auteure d’un but en or en finale, il y a quatre ans, à Sotchi.

L’entraîneure-chef de l’équipe canadienne, Laura Schuler, acceptait le résultat, mais si on lui donnait la possibilité d’écrire les règles du jeu, elle changerait la formule en cas d’égalité après trois périodes. «Si j’en avais le pouvoir, je préférerais que l’on poursuive la prolongation, à tout le moins pour une deuxième prolongation de 20 minutes», disait-elle, en point de presse.

Le Canada avait disputé plusieurs matchs ayant nécessité des tirs de barrage dans sa préparation contre des équipes de calibre midget AAA de l’Alberta. Et bien souvent, les filles parvenaient à avoir le dessus.

À titre de gardienne de but, Ann-Renée Desbiens a souvent fait face à cette situation dans le passé. Mais de mémoire, ce n’était pas arrivé contre les États-Unis, du moins depuis qu’elle s’aligne avec l’équipe canadienne.

«On pratique un sport d’équipe, mais c’est dommage qu’à la fin, ce soit une compétition individuelle qui décide du sort du match pour la médaille d’or», prétendait l’athlète de La Malbaie.

Elle n’était pas en uniforme pour ce match décisif. On lui avait préféré Shannon Szabados, brillante devant le filet, notamment en prolongation. Son adjointe était Geneviève Lacasse.

Triste

Desbiens a joué un match dans le tournoi lors d’une victoire contre les athlètes olympiques de la Russie. Elle a revêtu son uniforme en fin de match afin de recevoir sa médaille en compagnie de ses coéquipières. Elle l’avait regardé des gradins, où elle était assise avec ses parents.

«Tu n’as pas l’impression de pouvoir faire grand-chose pour aider tes coéquipières. Ce n’est pas la situation que l’on préfère, mais ça fait partie de la vie de gardien de but. Les filles ont bien performé, c’est triste que ça se décide comme ça.»

Desbiens a apprécié son expérience olympique, mais ignore la suite des choses, à court terme. «Ç’a été un rêve de représenter mon pays aux Jeux. Je n’ai aucune idée de ce que je vais faire après, à part qu’on va y aller au jour le jour… et se reposer un peu», disait celle qui faisait partie de la centralisation de l’équipe à Calgary.

Si le Canada a perdu l’or, elles auront participé à une grande victoire, celle de la progression du hockey féminin. Il y avait de l’émotion, de l’intensité, de la vitesse et du talent sur la patinoire du Centre de hockey de Gangneung.

«Chaque fois qu’on affronte les Américaines, vous savez que ce sera une dure bataille. Et ç’a encore été le cas jusqu’au dernier lancer. Ce match montre à quel point le hockey féminin a progressé, ces dernières années», soulignait Poulin, la femme la plus populaire de Beauceville.

La qualité du spectacle lui donnait raison!

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UN RÉSULTAT QU'ON N'OUBLIE PAS

Les joueuses de l’édition 2018 de l’équipe canadienne de hockey féminin devront s’y faire : on n’oublie jamais un tel résultat. Leur entraîneure-chef Laura Schuler a vécu la même chose lorsqu’elle s’alignait pour la formation à la feuille d’érable aux JO de Nagano, en 1998. Les mois qui suivent n’effacent jamais ce souvenir.

«Combien ça prend de temps pour oublier? Ça ne disparaît jamais. Avec le temps, on voit la lumière au bout du tunnel, mais ça reste en nous. Il y a une partie de soi qui te fait croire que vous avez laissé tomber le pays. Mais il y a du positif à en tirer. ll faut toujours être fier d’avoir une médaille, ça n’arrive pas à tout le monde. Dans les années à venir, les filles pourront la regarder et se dire qu’elles ont tout donné, mais pour l’instant, c’est normal qu’elles soient déçues et tristes», racontait Schuler avec sagesse.