Simon Kean apparaît plus léger d’une dizaine de livres, signe clair que son camp d’entraînement a été exigeant.

Pas jaloux du Grizzly

Roger Lavergne doit mener une bonne vie. Ça prenait du culot pour programmer un entraînement en plein air au beau milieu du centre-ville de Trois-Rivières avec ce printemps de chien. En début de semaine, les prévisions météorologiques n’étaient d’ailleurs pas très réjouissantes. Pourtant, mercredi après-midi sur Des Forges, le soleil était de la fête, avec une brise qui s’assurait que personne ne soit indisposé par cette soudaine poussée de chaleur.

Oui, l’ambiance était festive. Les terrasses étaient bondées, il devait y avoir facilement plus d’une centaine de personnes quand Simon Kean est sauté dans le ring pour sa petite démonstration.

Il était pas mal le seul à ne pas avoir le sourire aux lèvres, Kean. Normal, il joue son avenir ce samedi.

Pour les quelque 4000 personnes attendues au Centre Gervais Auto, ce sera une soirée de divertissement. Des gladiateurs des temps modernes sculptés au couteau qui rivalisent de ruse, de force et d’adresse pour les amuser. Pour Kean, ce sera beaucoup plus sérieux. Une victoire, et il peut encore aspirer à l’élite mondiale, un échiquier où il y a des millions $ sur la table. Une autre défaite face à Carman, et il sera réduit à un rôle de faire-valoir et donc à boxer pour des pinottes. Pas sûr que serait plus payant qu’un retour sur les toits, lui qui est couvreur!

Chose certaine, ce n’est pas un hasard si Kean était plus sérieux dans ses entrevues mercredi. La seule fois où son regard s’est illuminé, c’est lorsqu’il a été questionné sur l’avantage de se battre sur son terrain de jeu pour cette revanche. «Carman s’en vient dans la tanière du Grizzly. Il ne sait pas ce qui l’attend. Je vais lui régler son compte devant tout mon monde.»

Vrai que Kean bénéficie d’un appui important dans son patelin. Remplir trois fois un amphithéâtre de 4000 sièges en 16 mois, c’est loin d’être banal au pays. La journaliste de TVA Sports, Nancy Audet disait cette semaine sur Twitter avoir hâte de renouer avec la Mauricie, qui abrite les meilleurs fans de boxe au Québec selon elle!

Sur toutes les tribunes

Eye of the Tiger Management a fait un boulot sensationnel pour vendre son gros olympien depuis deux ans. Il est promené sur toutes les tribunes. Son franc-parler est un atout dans cet univers de plus en plus robotisé. Beau garçon, de la dynamite dans les gants, agile, tout ça fait que l’engouement reste encore fort même si la défaite face à Carman a permis à ceux qui doutent de son réel potentiel de refaire surface.

Si Simon Kean semblait tendu mercredi, Dillon Carman était de son côté fort souriant. Il a apprécié cette petite sortie médiatique, qui lui a permis de s’attaquer de nouveau verbalement à Kean.

Carman, lui, n’a jamais bénéficié d’un tel appui. Il s’est battu plusieurs fois devant quelques centaines de personnes à peine. Pas de gros promoteur derrière lui, ni de machine de marketing. En arrivant pour l’entraînement public, il jurait pourtant ne pas envier le Grizzly. «Et je peux t’expliquer facilement pourquoi. En arrivant à Trois-Rivières, j’ai fait le plein d’essence et un gars m’a reconnu. Il est venu me voir, m’a serré la main et m’a dit qu’il rêvait que je démolisse Simon Kean samedi. Pour lui, Simon Kean est un tas de merde et ça l’air qu’il n’est pas le seul en ville à souhaiter ça! Je n’ai peut-être pas le même entourage que lui ou la même réputation, mais je peux te dire que personne dans ma ville n’a cette opinion de moi. Je comprends c’est quoi mon rôle: je fais du bénévolat, j’aide les enfants, je donne des conférences. Je me comporte de la bonne façon en tout temps», a lancé Carman, qui n’a pas bronché quand on lui a demandé s’il partageait l’opinion de son interlocuteur. «Moi, je pense que c’est une personne arrogante, qui se croit au-dessus de tout le monde. Mauvaise nouvelle, il va descendre de son nuage samedi. Je suis plus intelligent, plus rapide et plus fort que lui. J’ai hâte de le démontrer.»

Puis Carman a repris son discours sur le fait que Kean ne peut être remis psychologiquement de son K.-O. subi en octobre dernier. «Je suis dans sa tête à 100% depuis ce jour-là.»

Là-dessus, les deux mastodontes re rejoignent. La douloureuse défaite du Trifluvien l’a obligé à se remettre en question, à redoubler d’ardeur au gymnase. Ce ne sont pas juste des clichés, le pèse-personne devrait le positionner une dizaine de livres plus léger qu’en octobre. «Je ne referai pas la même erreur qu’au premier combat. Je vais être totalement concentré. Cette défaite m’a fait grandir. Il va voir le vrai Grizzly samedi», a promis Kean.

«Côté talent, il est bien meilleur que Carman»

Du côté d’EOTM, Antonin Décarie disait croire que Kean avait appris sa leçon. «Je suis resté en communication avec son équipe tout au long du camp d’entraînement, tous les signaux sont positifs. Il est top shape, Simon! C’est facile de voir qu’il est affamé en ce moment», souligne le vice-président d’EOTM, pas inquiet outre mesure que la défaite ait laissé des traces dans la tête du protégé de Jimmy Boisvert. «La crainte l’a probablement aidé à se dépasser au gym. Rendu à ce point-ci, les devoirs sont faits, elle est disparue. C’est Simon qui voulait la revanche, ici dans sa région. C’est la preuve à mon avis que ça ne sera pas un facteur dans le combat. Tu sais, côté talent, il est bien meilleur que Carman. Maintenant, le talent ce n’est pas tout. Ça prend aussi du guts, du courage, et des couilles pour gagner un combat comme celui-là. Simon a tout ça et il va le montrer samedi.»

Décarie suggère aux fans de garder les yeux bien ouverts. «Ce sont des poids lourds, en partant. Des gars qui cognent, en plus. Et quand tu les vois, tu sens l’animosité. C’est rendu personnel. Ça ne peut pas se rendre à la limite avec tous ces ingrédients.»

Décarie prédit une victoire de Kean par K.-O, au 6e assaut. «Simon va boxer avec intelligence, il va prendre son temps au début. Puis quand il va être à l’aise, il va fermer le dossier!»

Dans l’autre camp, Carman a bien sûr prédit sa victoire, sans s’aventurer sur la nature exacte de celle-ci. À l’écouter toutefois, on comprend qu’il s’attend à une courte soirée de travail. «Simon n’est pas capable de prendre un seul bon coup de poing!»

Kean et Carman ont fait des apparitions séparées à l’entraînement. Jeudi et vendredi, ils seront à quelques pouces l’un de l’autre pour une conférence de presse et la pesée. Avec autant de propos venimeux, ne soyez pas surpris si la tension monte encore d’un gros cran!