Marc-André Bergeron devrait être aux commandes d’un club-école du Canadien à Trois-Rivières, si celui-ci voit le jour.

Nouveau colisée: impossible de dire non au Canadien

CHRONIQUE / Le flirt entre Dean MacDonald et la Ville de Trois-Rivières est passé à un autre niveau depuis quelques jours.

En déposant officiellement son projet à l’hôtel de ville, l’homme d’affaires des Maritimes va obliger les élus municipaux à se positionner rapidement, du moins s’ils souhaitent que le nouveau Colisée soit meublé quand la construction sera terminée au printemps. La concession de la ECHL que souhaite y établir MacDonald pourrait lancer ses activités dès la saison 2020-21. Pour y arriver, il aura besoin de savoir dans un délai très court si Jean Lamarche et ses conseillers veulent de son projet.

Une concession de la ECHL, ce n’est pas si sexy à première vue. C’est le premier échelon d’une pyramide à trois coiffée par la LNH. Le mouvement de personnel est important, il n’y a pas de rivalité naturelle à proximité, et le calibre n’est pas tellement plus élevé que la LNAH ou même les rangs universitaires.

Le produit de la LHJMQ est beaucoup plus attrayant. Mais aussi beaucoup plus compliqué à matérialiser. Gilles Courteau répète depuis des années que son circuit ne projette aucune expansion au Québec. Et qu’aucune équipe n’est à vendre. De toute façon, il s’est rangé depuis un bout derrière les Cataractes, qui plaident qu’ils ont besoin de la Mauricie au complet afin d’opérer sainement leur franchise.

Les Cataractes n’ont peut-être plus de veto territorial, mais ils n’ont besoin que de deux appuis autour de la table afin de bloquer un tel projet. Ils laissent circuler volontiers que la récolte d’appuis ne sera pas un problème si jamais on se rend à un vote…

C’est peut-être ce qui a refroidi les autorités municipales, qui n’ont même pas commandé d’étude socio-économique sur la faisabilité de soutenir deux clubs juniors dans la région, un peu à l’image de ce qui se passe en Abitibi-Témiscamingue avec les Huskies et les Foreurs, ou même au Centre-du-Québec avec les Voltigeurs et les Tigres.

Une étude du genre qui serait positive, ce serait le premier pas pour éventuellement négocier une entente avec les Cataractes, pendant que tu fais le tour des 3-4 franchises qui boitent dans la ligue, afin de voir s’il n’y en a pas une qui ne serait pas séduite par un nouveau départ dans un Colisée flambant neuf. Aux dernières nouvelles, il y avait eu certaines discussions informelles dans le dossier LHJMQ, mais rien de substantiel. Or, sans de réels efforts soutenus de ce côté, ça n’a aucune chance d’aboutir.

Le CH dans le portrait

Ce qui nous ramène au projet de MacDonald. Si la porte de la LHJMQ reste fermée, c’est probablement le mieux que peut espérer le capricieux marché trifluvien.

Il est malin, MacDonald. Il a saisi l’importance pour le milieu d’impliquer le Canadien dans l’aventure. Il avait travaillé avec les lieutenants de Geoff Molson par le passé à St. John’s dans la Ligue américaine, le canal de discussion était déjà ouvert. Il a réussi à ficeler une entente, prouvée par une lettre composée par le Tricolore qui était annexée au projet de MacDonald.

Si ça fonctionne, la franchise va bel et bien devenir le deuxième club-école du Canadien, après celui de Laval dans la Ligue américaine.

MacDonald ne va pas le gérer à distance, ce sont des gens locaux qui vont prendre en main les opérations. S’il le veut, et tout indique que c’est le cas, ce sera Marc-André Bergeron qui sera aux commandes.

C’est un excellent choix. Il s’est fait les dents avec les Aigles. Pendant des années, il s’est impliqué à tous les niveaux. De la gestion jusqu’aux travaux de réfection du stade. Quand la pluie s’invitait, il sautait sur le terrain avec les employés pour dérouler la toile protégeant le terrain. Non, il n’a pas peur de se salir les mains, l’ex-joueur du Canadien.

Et il a développé de solides relations un peu partout en ville dans la communauté d’affaires. Si quelqu’un peut relever ce défi, c’est bien lui.

Crédible

Donc MacDonald a choisi de mettre son expertise des rangs mineurs professionnels au service du marché trifluvien. Il est crédible: son club, les Growlers de St. John’s, est champion en titre de la ECHL. Cet automne, il a réussi à attirer les Maple Leafs de Toronto là-bas afin qu’ils y tiennent une partie de leur camp d’entraînement. Quel coup de maître, quand même!

À Trois-Rivières, il s’entoure du Canadien et de Bergeron afin de reproduire le modèle de St. John’s. Je ne vois pas comment, dans les circonstances, les élus municipaux peuvent lever le nez sur une telle offre de partenariat. Au pays, il y a peu de marques aussi prestigieuses que celle du Canadien, tous secteurs confondus. Quand tu as la chance de pouvoir te coller sur elle, tu ne la loupes pas. Imaginez le gros logo des Glorieux bien en vue au District 55!

Mais bon, attendons avant de célébrer trop rapidement la concrétisation du projet. Depuis l’arrivée de Jean Lamarche à la tête de la ville, il y a eu une couple de décisions bizarres concernant le sport à l’hôtel de ville. Certains conseillers ont beau ne pas avoir beaucoup d’appétit en ce moment pour les activités sportives, ils doivent quand même être prudents: un colisée de plus de 50 millions $ ne se meuble pas aussi facilement que l’on pense avec un produit d’appel intéressant.

S’ils ne veulent pas se retrouver avec un gros éléphant blanc sur les bras, ils ont intérêt à être créatifs concernant les conditions d’exploitation du nouvel aréna.

Il y a de la place pour les Patriotes

Ce n’est plus un secret d’État, les Patriotes espèrent eux aussi s’installer dans le nouveau Colisée.

L’arrivée de Daniel Lamarre dans un comité formé pour redonner du lustre à la formation universitaire a provoqué beaucoup d’enthousiasme à l’interne. Lamarre a eu du succès partout où il est passé, son audace est reconnue. Des pointures comme Dany Dubé le conseillent dans cette mission. Pas surprenant qu’il tient à ce que les Patriotes profitent des nouvelles installations comme tremplin pour ranimer ce qui a longtemps été considéré comme l’un des plus prestigieux programmes de hockey universitaire au pays.

Par contre, du côté de la Ville, il serait très difficile de justifier une décision faisant des Patriotes le principal locataire des lieux. Ils attirent entre 300 et 400 personnes à leurs matchs locaux en ce moment, le Colisée semble désert. Imaginez maintenant dans une infrastructure de 5000 places.

Il faut être logique, la Ville n’a pas bâti un nouveau Colisée de quelque 50 millions $ pour eux. Même si Lamarre gagne son pari et rehausse la cote des Patriotes en ville, ils ne rempliront jamais la bâtisse. Passer de 300 à 1000 fans, c’est énorme comme saut, mais pas impossible. Tiens, soyons ultras positifs et allons à 1500. Ça reste trop peu pour un aussi gros amphithéâtre. Si Trois-Rivières avait voulu bâtir une nouvelle demeure aux Patriotes, elle aurait pu s’en sauver avec une facture réduite facilement de moitié.

C’est trop peu aussi en terme de dates. Le calendrier universitaire est bien court, avec une quinzaine de matchs locaux. Même en ajoutant une dizaine de dates pour des matchs ou des activités hors saison, ça donne un agenda bien maigre.

Par contre, comme deuxième locataire, ça a du sens. Vous savez, il n’y a aucune honte à partager un logis sportif. Combien d’équipes de la LNH et la NBA cohabitent, déjà? N’y a-t-il pas aussi des partenariats semblables NFL-MLS?

Trois-Rivières s’est offert un aréna luxueux, au goût du jour. Bravo. Maintenant, tous ces millions investis doivent par contre servir à créer le plus de trafic possible. Deux locataires, c’est une formule parfaite pour y arriver.