Michel Corbière tire sa révérence après une carrière de 25 ans comme annonceur de rodéos.
Michel Corbière tire sa révérence après une carrière de 25 ans comme annonceur de rodéos.

Michel Corbière prend sa retraite après 25 ans comme annonceur de rodéo à Saint-Tite 

Saint-Tite perd l’une des voix importantes de son Festival western. Michel Corbière, que les festivaliers ont pu entendre présenter et commenter les rodéos, a annoncé qu’il ne serait pas de retour l’an prochain, puisqu’il souhaite prendre sa retraite. Retour sur la carrière du «René Lecavalier du rodéo».

Voilà 25 ans que Michel Corbière présente les rodéos à Saint-Tite. Il comptait participer une dernière fois, en septembre prochain, en tant qu’annonceur au Festival western. La pandémie de COVID-19 l’a toutefois forcé à devancer l’annonce de sa retraite.

«C’est une déception, d’une certaine manière. J’aurais bien aimé revoir certaines personnes, des comités. J’aurais aimé dire un salut à tout le monde et au public. Ça ne veut pas dire que ça ne se fera pas l’an prochain, j’ai bien l’intention de faire mon petit tour. Mais j’ai pas mal communiqué avec tout le monde de qui j’étais le plus proche au niveau du travail», souligne M. Corbière.

Cet amour du rodéo ne date pas d’hier. M. Corbière avait des chevaux en pension à Saint-Eustache, près de là où il demeure. Chaque fin de semaine, les propriétaires de l’écurie organisaient une compétition amicale de gymkhana, une discipline équestre reposant sur l’agilité et la rapidité du cheval, mesurées lors de différentes épreuves.

«Il est arrivé un dimanche où l’annonceur ne s’est pas présenté. Quand j’ai entendu ça, j’ai dit: ne vous inquiétez pas, je vais le faire. Des gens m’ont entendu et sont venus me voir pour me dire: “on aime ce que tu fais, aimerais-tu faire les épreuves de gymkhana chez nous?” De fil en aiguille, j’ai fini par faire la finale à Saint-Tite pour les gymkhanas. Ensuite, je n’ai pas arrêté de faire ça pour 25 ans», résume-t-il.

L’implication de ce dernier comme présentateur de rodéo dépasse le cadre du Festival western, même si celui-ci en représente une importante portion. Avec les Productions Wildtime, il présente également les épreuves de la Coupe du Canada de rodéo qui se déroulent à Saint-Quentin, au Nouveau-Brunswick.

Un mode de vie

C’est donc dire que depuis 25 ans, les fins de semaine estivales de Michel Corbière sont consacrées aux rodéos. De mai à octobre, sa famille et lui ont passé leurs nuits dans un motorisé, partout où le rodéo s’était taillé une place.

«Mes enfants sont venus au monde là-dedans. Ma fille est née en 1993 et mon garçon, en 1995. Bébés, ils suivaient et ils ont été élevés là-dedans. Ils en ont vu, des chevaux, des taureaux et de l’asphalte», s’exclame-t-il.

C’est d’ailleurs cet aspect de la vie sur la route, la bonne entente et l’amitié entre campeurs, qui manquera le plus à Michel Corbière.

«Les soupers qu’on se faisait de prendre une bière et jaser, ça va me manquer. Le matin, il y avait souvent quatre ou cinq personnes qui débarquaient au VR. Mon épouse préparait quatre ou cinq pots de café, on déjeunait ensemble et on jasait. Cet aspect familial et de camaraderie est probablement l’une des choses qui vont me manquer le plus», relève-t-il.

Hommage

Sylvain Bourgeois a fait ses débuts comme directeur des rodéos au Festival western de Saint-Tite en 1995, la même année que Michel Corbière y travaillait à titre d’annonceur pour la première fois.

«On avait embauché Michel comme annonceur de gymkhana et on avait quelqu’un d’autre pour les rodéos. Mais rendu le samedi, il n’avait plus de voix alors que pour Michel, tout allait bien. Je lui ai donc dit: Michel, il faut que tu annonces les rodéos. Il m’a répondu: “mais je ne connais pas ça, les rodéos!” Je lui ai dit: tu n’as pas le choix, il faut que tu nous sortes du trouble», relate M. Bourgeois.

Ce dernier n’a jamais regretté de lui avoir accordé sa confiance. En effet, les deux hommes ont travaillé ensemble lors d’au moins 500 événements en 25 ans.

«Il prenait très au sérieux sa fonction, il travaillait très fort pour se préparer avant chaque rodéo. Il était toujours bien préparé, et on lui en a fait faire, des choses, comme présenter des cavaliers lors de rodéos sur taureaux au Centre Bell», explique-t-il.

Le maître d’oeuvre des rodéos de Saint-Tite ne cache d’ailleurs pas sa déception de devoir se passer des talents de Michel Corbière l’an prochain. Même s’il savait que sa retraite s’en venait, la pandémie et l’annulation des événements qui a suivi l’a privé de l’un de ses plus grands collaborateurs pour une dernière année, année qu’il aurait mise à profit pour former la personne qui le remplacera. Pas pire ami pour autant, M. Bourgeois promet de lui rendre hommage lorsque la 53e édition du Festival aura lieu, en 2021.

«Il restera toujours mon mentor»

Stephan Mesquita fait aussi partie de ceux qui ont travaillé de très près avec Michel Corbière. Depuis plus de 15 ans, il était son coannonceur. Le duo avait développé une chimie qui manquera grandement à M. Mesquita.

«Il sait où placer ses punchs et te laisser la place. Jamais il ne va embarquer par-dessus toi. Au début, on se faisait des petits signes pour que l’autre puisse prendre la relève, mais au bout d’un moment, on n’avait même plus besoin de se regarder, on savait ce que l’autre allait dire et quand c’était à nous de parler. On avait vraiment une belle chimie et j’espère que je vais retrouver ça avec mon prochain acolyte», souhaite M. Mesquita.

Ce dernier souligne par ailleurs l’apport de Michel Corbière au sport du rodéo au Québec, ayant contribué grandement à la francisation du vocabulaire de ce sport.

«Il a été le précurseur au Québec pour vulgariser le monde du rodéo et les épreuves au public. Il a su amener les bons mots et franciser le sport, qui vient des États-Unis et de l’Ouest canadien. À l’époque, quand il a commencé, ce n’était pas très connu au Québec. Il a su traduire les idées de l’anglais au français. Il a été capable de faire voir ce sport au monde», insiste M. Mesquita.

Celui qui perd son complice sans même pouvoir faire une dernière tournée avec lui se dit également très attristé de la tournure des événements.

«Cette pandémie-là nous a enlevé autre chose, nous a privés de quelque chose de plus», se désole-t-il.

«Le René Lecavalier du rodéo»

Parmi les gens que Michel Corbière a côtoyés durant sa carrière, plusieurs comparent son charisme à celui de grands animateurs et commentateurs de hockey.

«Michel a été un élément important pour le Festival western de Saint-Tite comme animateur et connaisseur des rodéos. C’est un peu le René Lecavalier du Rodéo. C’est une figure de nos rodéos. C’est un extraordinaire charisme que ce gars a», souligne André Léveillé, ancien maire de Saint-Tite.

Pascal Lafrenière, directeur général du Festival western de Saint-Tite, abonde dans le même sens. Il se dit très reconnaissant envers Michel Corbière pour sa contribution à l’événement.

«Il va nous manquer, assurément. Ce que je vais retenir de Michel, c’est la chaleur et l’unicité de sa voix, son enthousiasme et son dynamisme. Il fait partie de la réussite des rodéos chez nous», estime-t-il.