Martin Massicotte a dû renoncer, avec ses chiens, à l’Iditarod, cette année. Il se promet toutefois de tenter à nouveau sa chance en 2022.
Martin Massicotte a dû renoncer, avec ses chiens, à l’Iditarod, cette année. Il se promet toutefois de tenter à nouveau sa chance en 2022.

Martin Massicotte à l'Iditarod: «La peur de ma vie»

SAINT-TITE — Même s’il a passé plus d’un an à se préparer en vue de l’Iditarod, une course de chiens de traîneau de 1600 km en Alaska, Martin Massicotte est finalement rentré chez lui sans avoir pu la compléter. Le musher de Saint-Tite revient sur les épreuves qui ont eu raison de ses chiens et lui, au début du mois de mars.

«Il y a des choses pour lesquelles j’étais bien préparé, mais pour d’autres, non. Il y a des questions de météo et de l’état de la piste. Ça a été plus pénible que ce à quoi je m’attendais. On m’avait averti, mais je ne pensais pas que ce serait aussi ‘’rock’n roll’’», reconnaît d’emblée le Saint-Titien.

M. Massicotte était parti sur une bonne lancée, au début de la course. Il a toutefois rencontré un premier imprévu lorsqu’il a croisé un troupeau de bisons circulant à proximité de la piste. «La piste était vraiment maganée, ils ont fait de gros trous dedans. Et vu que mes chiens sentaient les bisons, ça les a excités et ils ont accéléré. J’avais constamment le pied sur le ‘’break’’, mais ils allaient quand même trop vite et avec l’état de la piste, ça risquait de leur causer des blessures. Mais il n’y avait rien que je pouvais faire pour contrôler ça. J’ai eu la peur de ma vie, on allait bien trop vite», relate-t-il.

Le musher a donc dû commencer à retirer des chiens de son attelage après cet incident. Ce ne sont toutefois pas les grosses bêtes qui ont eu raison de sa détermination et de son entraînement, mais les petites. «Il faisait chaud au début de la course et il y avait une bactérie ou un virus dans l’eau à l’un des checkpoints, explique-t-il. Mes chiens sont tombés malades. C’est ça qui a mis fin à la course pour moi. Et pas longtemps après eux, c’est moi qui suis tombé malade.»

«J’étais un peu assommé, jamais je ne m’étais autant préparé que pour cette course. Il me semblait que j’avais mis toutes les chances de mon côté. Mes chiens ont été testés et le vétérinaire m’a dit qu’ils allaient mieux que la moyenne. J’étais donc confiant à ce niveau-là. Mais ça a l’air que ce virus, les chiens peuvent le contracter même s’ils sont en forme», mentionne M. Massicotte.

Retour en catastrophe

C’est donc au 540e mille (869 km) sur 1000 (1609 km), après cinq ou six jours de course, que l’aventure de l’Iditarod a pris fin pour Martin Massicotte. Son calvaire ne faisait pourtant que commencer, puisqu’un autre virus commençait à perturber les déplacements en Amérique du Nord: le coronavirus. Après un isolement forcé de cinq jours au relais (checkpoint) dans lequel il a dû s’arrêter, le Saint-Titien s’est dépêché à rejoindre le Canada.

«Une fois que je suis revenu à Anchorage (le point de départ de la course, en Alaska), ç’a été la course pour passer la frontière, puisque j’entendais dire qu’ils pensaient la fermer. Je suis descendu le plus vite possible à Whitehorse, mais puisque j’entendais dire que les provinces pourraient également être fermées entre elles, je me suis claqué le trajet Whitehorse-Saint-Tite en trois jours. J’ai roulé jour et nuit. En plus, j’ai eu une quarantaine à faire en arrivant. Disons qu’une fois chez nous, je n’étais pas trop parlable. J’ai vécu ça durement. Mais à un moment donné, il faut que tu t’en sortes», raconte-t-il.

Le quotidien de Martin Massicotte a depuis repris son cours normal. Sa saison de course aura pris fin d’une drôle de façon cette année, mais il compte bien s’y remettre l’hiver prochain, si la pandémie ne perturbe pas trop le déroulement des courses auxquelles il participe, au Canada et aux États-Unis.

«Je compte faire ma saison de courses habituelle, question de former les jeunes chiens qui se rajoutent à l’équipe. Et s’il n’y a pas de courses, j’irai sur la Basse-Côte-Nord en expédition. C’est sûr que je vais faire courir mes chiens d’une façon ou d’une autre, mais où, je ne le sais pas encore», indique-t-il.

Par ailleurs, le Saint-Titien a bien l’intention de s’attaquer à nouveau à l’Iditarod, probablement en 2022. «On va se reprendre. Sur le coup, je me suis dit: jamais je ne vais réessayer. Mais en réalité, c’est la seule course que je n’aurai pas terminée dans ma carrière. Je ne veux pas arriver à 70 ans et me dire : j’aurais dû. Je veux y retourner», assure-t-il.

Par ailleurs même si le négatif est difficile à oublier, Martin Massicotte retient d’autres aspects positifs de son expérience en Alaska. «Pour les 350 premiers milles, de rouler avec les meilleurs au monde, juste ça, ça valait le coup. J’ai encore beaucoup à apprendre, je regardais leur méthode de travail, leurs chiens, leur équipement. C’est un moment que je voulais vivre», assure-t-il.