Même en quarantaine, Marilou Duvernay-Tardif n’a jamais ralenti la cadence.
Même en quarantaine, Marilou Duvernay-Tardif n’a jamais ralenti la cadence.

Marilou Duvernay-Tardif n’a pas ralenti la cadence

Marilou Duvernay-Tardif, comme le reste des athlètes d’Aviron Canada qui s’entraînaient à Victoria, venait de recevoir son horaire pour la semaine à venir lorsque le Comité olympique canadien a annoncé que les sportifs représentant l’unifolié ne seraient pas des Jeux olympiques de Tokyo. Douze heures plus tard, l’événement planétaire était annulé, le centre d’entraînement était fermé et elle rentrait au Québec. Toutefois, même en quarantaine, elle n’a jamais ralenti la cadence.

« J’ai vécu chez mes parents les deux premières semaines, pour faire ma quarantaine, et je suis désolée pour eux, je n’étais pas du monde... Je suis rarement bête comme ça, mais on dirait que je n’avais plus de repères, je ne savais plus pourquoi je m’entraînais, confie l’avironneuse de 20 ans, qui a vu toutes ses compétitions prévues en 2020 être annulées. Il a fallu trouver la motivation dans les petites victoires, tous les jours. »

Elle a avisé son entraîneur au Club d’aviron de Knowlton, Gavin McKay, qu’elle était de retour et qu’elle souhaitait continuer à s’entraîner. Deux heures après avoir mis les pieds au Québec, elle passait chercher un rameur et l’installait sur la galerie de ses parents.

S’entraîner à l’intérieur

Jamais il n’a été question de prendre une pause. La sœur du joueur de football Laurent Duvernay-Tardif a vu dans l’arrêt des compétitions l’opportunité d’améliorer sa condition physique « pour être la meilleure athlète en sortant du confinement ». Elle a profité de sa quarantaine pour mettre la main à la pâte à la boulangerie familiale Le pain dans les voiles, en faisant des livraisons à vélo pour les personnes âgées qui ne pouvaient risquer de sortir de chez elles.

Après sa quarantaine de deux semaines, elle a regagné son petit quatre et demi à Knowlton et y a installé de l’équipement pour poursuivre son entraînement avec un colocataire. « On a deux rameurs intérieurs, deux vélos stationnaires, j’ai bâti une cage à squat en 4x4 achetés au Rona. On a tout ce qu’il faut pour s’entraîner, à part de l’eau. On a fait trois ou quatre mois d’entraînement à l’intérieur », raconte-t-elle.

Les entraînements sur l’eau ont repris sur le lac Brome il y a quelques semaines, au plus grand bonheur de Marilou. « Ça a été un soulagement de pouvoir retourner sur l’eau, surtout avec les belles et chaudes températures de l’été, il faisait chaud dans le quatre et demi », lance-t-elle, rieuse. Le retour sur l’eau s’est fait graduellement pour éviter les blessures.

Elle profite de l’été pour se bâtir « une bonne base aérobique » en s’entraînant deux fois par jour sur l’eau, à raison de cinq heures par jour, le tout complété par de longues distances à vélo et un peu de musculation.

Marilou Duvernay-Tardif a profité de sa quarantaine pour mettre la main à la pâte à la boulangerie familiale en faisant des livraisons à vélo pour les personnes âgées qui ne pouvaient risquer de sortir de chez eux.

L’équipe canadienne

À 20 ans, Marilou Duvernay- Tardif a réussi l’exploit de se tailler une place au camp de sélection de l’équipe canadienne d’aviron, où elle a passé tout l’hiver, et s’est retrouvée à quelques secondes de son objectif de joindre la délégation canadienne pour les jeux de Tokyo.

Habituée d’avoir une relation de proximité avec son entraîneur, elle a d’abord été surprise d’être laissée davantage à elle-même, avec quatre entraîneurs pour 30 athlètes. « Je n’avais pas la même attention que j’ai ici, donc c’est certain que ça m’a permis de développer mon autonomie. Ç’a été une belle expérience, avec beaucoup d’apprentissages », assure-t-elle.

Découragée au début puisqu’elle trouvait son nom toujours au bas des classements publiés deux fois par semaine, elle a plutôt décidé, à la suite d’une rencontre avec son entraîneur, de concentrer son attention sur la différence de temps qui la séparait des autres athlètes, qui ramaient déjà quand elle est venue au monde, rigole-t-elle. « Il y avait quand même une bonne différence d’âge, c’était vraiment bien d’apprendre le plus possible de ces filles-là, qui sont des modèles pour moi ». Plus les semaines avançaient, plus la différence s’amenuisait.

Lors des sélections finales, elle a terminé quelques secondes derrière les dernières sélectionnées, ce qui a fait dire à ses entraîneurs qu’ils « n’étaient pas surpris et très impressionnés », rapporte Marilou Duvernay-Tardif, qui confie que cela lui a « fait chaud au cœur ».

Son expérience, croit-elle, sera salutaire pour son prochain objectif : les Jeux olympiques de Paris, prévus pour 2024. « Je pense que c’était une bonne chose pour moi de vivre ça. Surtout durant l’année préolympique, il y a beaucoup de politique et de stress qui entrent en ligne de compte avec les sélections, puisqu’on est évalué tous les jours. En 2024, je serai probablement l’une des seules filles qui l’auront déjà vécu. Je crois que ce sera vraiment un avantage. »

Famille et confinement

Le confinement a aussi été l’occasion pour elle de passer du temps avec sa famille, puisque les trois membres de la fratrie excellent dans leur sport respectif à travers le monde. Son frère, Laurent, a gagné le Super Bowl avec les Chiefs de Kansas City la saison dernière dans la NFL.

« Je n’ai jamais autant vu mon frère et ma sœur depuis les huit dernières années. On n’a jamais été aussi longtemps ensemble au Québec en même temps, confie la benjamine des Duvernay-Tardif, qui a eu l’occasion de s’entraîner et de voyager avec son frère Laurent et sa sœur Delphine. Ç’a été génial de passer autant de temps avec ma famille.»

«C’était motivant, mon frère s’entraînait à la maison pour rester en forme pour la saison de la NFL qui va peut-être avoir lieu, et on se parlait beaucoup, parce que je suis habituée de m’entraîner par moi-même et de ne pas tout le temps avoir de grosses équipes. Donc, pour lui, ç’a été un peu plus difficile. Normalement, c’est lui qui me donne des conseils, puisqu’il a plus d’expérience que moi, et j’ai pu lui en redonner un peu», raconte Marilou Duvernay-Tardif.