Manon Rhéaume accompagne son fils Dakota au tournoi pee-wee de Québec.

Manon Rhéaume: «Toujours autant en amour avec mon sport»

Québec — Manon Rhéaume s’emballe lorsqu’on lui mentionne le nom des Draveurs et de la ville de Trois-Rivières.

«C’est là que tout a commencé pour moi. Si je n’avais pas joué avec les Draveurs en novembre 1991, Phil Esposito n’aurait jamais vu mes séquences vidéo, je n’aurais jamais joué un match préparatoire dans la Ligue nationale de hockey. Je n’ai plus de contacts à Trois-Rivières, mais j’en garde de très beaux souvenirs.»

La grande dame du hockey féminin est à Québec ces jours-ci, pour le Tournoi international pee-wee. Son fils, Dakota Rhéaume-Mullen, s’aligne pour les Detroit Honeybakead. Non, le hockey n’a jamais quitté Manon Rhéaume. Et c’est très bien ainsi.


« J’avoue que je ne suis pas retournée à Trois-Rivières depuis longtemps. Vous m’apprenez qu’ils construisent un nouveau colisée: c’est une excellente nouvelle! Si une équipe majeure retourne dans la ville un jour, je serais honorée d’être invitée. »
Manon Rhéaume

«Je suis toujours autant en amour avec mon sport», sourit celle qui fêtera bientôt ses 47 ans. «Je passe mes journées dans les arénas. Mes deux garçons sont dans le hockey et moi, j’y gagne ma vie.» En tant que responsable du programme de hockey féminin Little Caesar’s, associé aux Red Wings de Detroit.

Expatriée aux États-Unis depuis plusieurs années, l’ex-gardienne des Draveurs chapeaute une structure qui permet à des dizaines de filles d’évoluer et de s’épanouir dans le monde du hockey, en banlieue de la capitale de l’automobile.

L’an dernier au Tournoi pee-wee de Québec, elle dirigeait une équipe entièrement féminine composée de joueuses américaines. Elles avaient été opposées à des porte-couleurs du Québec, celles de l’olympienne Caroline Ouellette.

Encore une fois, Manon Rhéaume trouvait le moyen d’écrire une petite page d’histoire. Elle l’avait déjà fait, en 1984, en devenant la première fille à jouer dans cette compétition d’envergure mondiale. On connaît la suite: elle briserait les barrières dans la LHJMQ, à Trois-Rivières, puis avec le Lightning de Tampa Bay, lors d’une partie hors-concours, le 23 septembre 1992.

Elle demeure, à ce jour, la seule femme à avoir pris part à une rencontre de l’un des quatre sports majeurs en Amérique du Nord, en considérant les matchs hors-concours et officiels.

Son titre de pionnière la suivra toute sa vie. Récemment, c’est par le biais des réseaux sociaux qu’elle apprenait qu’une joueuse de 15 ans, Ève Gascon, traçait son chemin dans la Ligue de hockey midget AAA du Québec, chez le Phénix du Collège Esther-Blondin.

«Je suis tellement fière de voir ça, comme j’étais fière à l’époque où Charline Labonté jouait dans le junior majeur. Je sais que ces joueuses deviendront des modèles et en inspireront d’autres. Personnellement, ç’a changé ma vie.»

La chaîne de télévision NBC l’a contactée pour lui demander s’il était possible de parler d’elle au printemps, lorsqu’un tournoi amateur féminin sera organisé sur le mythique terrain du Augusta National, aux États-Unis. Le club sélect de la Georgie ouvrira ses portes à des golfeuses dans un cadre compétitif pour la première fois. Le club a admis ses premières femmes membres il y a sept ans à peine.

«Je n’ai pas de problème avec ça. Parfois, les gens me questionnent à savoir si c’est quelque chose qui me dérange, qui devient achalant avec le temps. Mais non, ça me fait plaisir de voir que des femmes obtiennent leurs chances, et pas seulement dans le hockey.»

Lors du dernier Superbowl, Toyota a présenté une publicité mettant en vedette Antoinette Harris, une demie défensive qui rêve de jouer dans la NFL et qui est sur le radar de plusieurs équipes de football collégial. En 1993, Toyota avait aussi fait appel à Rhéaume, dans la foulée de sa courte expérience LNH avec Tampa Bay.

«Au moment où l’histoire s’écrivait, je ne réalisais pas l’impact que j’allais avoir, que ce soit à Trois-Rivières ou Tampa Bay. J’espère que l’on continuera à progresser»

Elle pense entre autres aux opportunités qu’ont désormais certaines femmes de se faire valoir en tant qu’entraîneures, dans un monde associé presque exclusivement aux hommes.

L’embauche par les Maple Leafs de Toronto de deux femmes parmi leur personnel hockey, Hayley Wickenheiser et Noelle Needham, l’a comblée de bonheur.

«On ne croyait pas voir une fille sur la même glace que les gars dans la LNH, pourtant c’est arrivé une fois. À quand la première entraîneure derrière le banc? Je pense que bien des femmes pourraient amener de belles choses au hockey professionnel. Il faut simplement que les gens soient ouverts à ça.»

D’ici là, Manon Rhéaume poursuivra son travail de développement auprès de la relève aux États-Unis.

Et quand elle reviendra au Québec, elle sera toujours heureuse de renouer avec son monde. «J’avoue que je ne suis pas retournée à Trois-Rivières depuis longtemps. Vous m’apprenez qu’ils construisent un nouveau colisée: c’est une excellente nouvelle! Si une équipe majeure retourne dans la ville un jour, je serais honorée d’être invitée.»