L’ancien botteur des Diablos Anthony Alix a disputé 11 matchs en carrière dans la Ligue canadienne de football, dont cinq dans l’uniforme des Argonauts de Toronto.

L’ultime chance d’Anthony Alix

TROIS-RIVIÈRES — Depuis qu’il a complété son stage collégial avec les Diablos de Trois-Rivières, à l’automne 2008, Anthony Alix en a fait du chemin. Que ce soit dans les Maritimes au sein du réseau universitaire, avec l’équipe nationale de France aux Jeux mondiaux ou encore avec les Bulldogs de Laval, dans la Ligue de football semi-professionnelle du Québec, le botteur n’a jamais abandonné son rêve de faire carrière chez les professionnels. Voilà qu’à 32 ans, les Lions de la Colombie-Britannique lui offrent une ultime occasion de vivre de sa passion.

«C’est ma dernière chance, alors je vais tout donner. À mon âge, s’ils me libèrent parce que ça ne se passe pas bien, je suis conscient que ça va s’arrêter là», mentionne, en entrevue avec Le Nouvelliste, celui qui a endossé l’uniforme des Diablos entre 2006 et 2008, remportant au passage le Bol d’Or en 2006 sous les ordres de Martin Croteau.

Le Français d’origine n’en sera pas à ses premières armes au sein du circuit Ambrosie. En 2012, après trois saisons passées chez les X-Men de l’Université St.Francis Xavier, en Nouvelle-Écosse, Alix a reçu une invitation des Argonauts de Toronto.

Même si son diplôme n’était pas encore en poche, il n’a jamais hésité une seconde à quitter les bancs d’école. «Dans ma vie, j’ai toujours voulu être un sportif professionnel. Que ce soit quand je faisais du vélo, du rugby et même quand j’ai brièvement joué au hockey. Je voulais être un pro. Je suis allé à l’université uniquement pour jouer au football. L’université, c’était mon plan B. Dès que les Argonauts m’ont approché, c’était ‘‘merci, bonsoir’’ pour l’école.»

Malgré un temps de jeu limité au sein d’une formation aguerrie, Alix a eu droit à une première saison exceptionnelle à Toronto. Après quelques matchs dans l’alignement partant, il a ensuite été muté sur l’équipe de réserve, où il était aux premières loges pour assister à la conquête de la Coupe Grey. «C’est certain que j’aurais aimé contribuer davantage à la victoire, mais je faisais quand même partie de l’équipe de pratique. Et j’ai eu mon rôle à jouer cette année-là. C’était incroyable! J’ai eu ma bague de la Coupe Grey, j’ai vécu le défilé dans les rues de Toronto.»

Une première gifle

La lune de miel a cependant été de bien courte durée pour Alix dans la Ville Reine. Dès le camp d’entraînement suivant, il a été retranché par les Argonauts. «Ç’a été un moment extrêmement difficile à vivre, car c’était la première fois que j’étais rejeté comme ça. La seule autre référence que j’avais, c’était en 2007, avec les Diablos, quand j’avais dû rater une saison complète en raison de mes notes à l’école. Mais avec les Argonauts, ç’a été très difficile à accepter.»

Les saisons 2013 et 2014, Alix les a passées donc loin de l’action. Il a continué à s’entraîner en solitaire en plus de travailler à un hôtel de Mont-Tremblant, où il réside.

En 2015, ses efforts à l’entraînement ont été récompensés lorsque le Rouge et Noir d’Ottawa lui a lâché un coup de fil pour le mettre à l’essai lors du mini-camp. Son rendement a convaincu la direction de l’inviter au camp d’entraînement officiel, où il a fini par mériter un casier dans le vestiaire.

Utilisé principalement comme spécialiste des bottés de dégagement et des bottés d’envoi, il a vu son bon début de saison être contrecarré par une blessure au muscle ischio-jambier, après seulement six matchs. Ce coup du destin a immédiatement sonné sa fin avec le Rouge et Noir qui a choisi de le libérer.

Peu de temps après, les Argonauts de Toronto ont cogné à nouveau à sa porte, même s’il n’était pas pleinement rétabli de sa blessure. Après deux matchs, le malaise à l’ischio-jambier a refait surface et a mis du même coup un terme à sa saison.

L’année 2016 s’est déroulée également à l’écart de l’action et Alix commençait à voir son rêve de jouer chez les professionnels s’envoler, peu à peu. En 2017, une nouvelle opportunité s’est présentée, celle de défendre les couleurs de la France lors des Jeux mondiaux, une compétition internationale tirée du même moule que les Jeux olympiques, mais avec des disciplines qu’on ne retrouve pas aux Olympiques.

«L’expérience a été géniale. C’était un bel honneur de représenter mon pays d’origine. En plus, on a gagné la médaille d’or!», relate l’athlète de 6 pieds et 185 livres.

À son retour au Québec, il a fini par se laisser tenter par l’expérience de la Ligue de football semi-professionnelle du Québec, avec les Bulldogs de Laval, avec qui il a disputé deux saisons. «Je me suis dit que j’étais aussi bien de vivre des situations de match plutôt que de continuer à me pratiquer tout seul sur le terrain, à Mont-Tremblant, sans aucune pression.»

Un sauveur

Loin d’être déçu de son expérience chez les Bulldogs, Alix demeurait bien conscient que le temps pressait et il espérait que le téléphone sonne au moins une dernière fois. «Après trois ans loin de la ligue, je commençais à voir la LCF s’éloigner, admet-il. J’ai subi des blessures, il y a des jeunes qui arrivaient. Disons que ça ne regardait pas bien pour moi...»

C’est alors qu’est entré en scène son entraîneur Mike McCabe qui dirige une école spécialisée pour les botteurs en Alabama (One on one kicking). L’homme est bien branché dans le milieu et il a cru en son protégé venu du Québec. «Il entraînait notamment l’ancien botteur des Lions, Ty Long, qui a signé avec les Chargers de Los Angeles en janvier. Il m’a donc mis en contact avec les Lions et il les a convaincus de me faire signer un contrat», explique Alix, qui a eu l’occasion de parfaire ses connaissances aux côtés de nombreux botteurs de talent, provenant autant de la NFL que de la NCAA. «C’est à lui que je dois tout ce qui m’arrive présentement», ajoute celui qui a disputé 11 matchs jusqu’à présent en carrière dans la LCF.

À Vancouver, chez les Lions, Alix devra tout de même faire ses preuves. L’organisation a aussi signé une jeune recrue issue de la NCAA. «J’ai rarement eu autant confiance en moi. Il va y avoir de la compétition au camp, c’est certain. Mais la plus grande compétition, elle va venir de moi-même. J’ai un bon feeling, mais tout va très vite dans le sport professionnel. À chaque fois que tu entres dans le vestiaire, tu vérifies si tes choses sont encore là. Ça peut s’arrêter n’importe quand!»