Jamais repêché dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, encore moins dans la Ligue nationale de hockey, Frédérick Gaudreau est tout de même à quatre victoires de voir son nom être inscrit sur la coupe Stanley.

L'incroyable histoire de Frédérick Gaudreau

CHRONIQUE / Le Québec a découvert Frédérick Gaudreau lors des deux derniers matchs des Predators de Nashville. Parachuté au milieu de cette guerre face aux Ducks en raison des blessures de Ryan Johansen et Mike Fisher, Gaudreau a très bien fait paraître Peter Laviolette en offrant du jeu solide, structuré et fougueux.
Il était sur la glace dans les dernières minutes de jeu du sixième match, un indice qui ne ment pas sur l'appréciation de son travail.
Ce brio de Gaudreau montre à tous qu'il n'y a pas qu'un seul chemin qui peut mener à la LNH. Voyez-vous, l'ex-Cataractes n'était pas un surdoué identifié en bas âge. Il évoluait bantam BB lorsque Martin Bernard a décidé de lui faire une place, à 16 ans, dans son vestiaire chez les Cantonniers de Magog au midget AAA. 
«J'ai fait rire de moi quand je l'ai gardé. Les gens ne le trouvaient pas assez rapide, pas assez gros. Mais moi, j'aimais son instinct et sa façon de compétitionner», se rappelle Bernard, qui l'a dirigé deux saisons dans le midget AAA, avant de le retrouver chez les Cataractes.
Il est bien placé pour témoigner de la résilience du jeune homme, qui s'est relevé d'une terrible blessure à un bras subie à 16 ans. Imaginez, son poignet ne tenait que par un fil après avoir encaissé une mise en échec dans le feu de l'action.
Si la Ligue midget AAA n'avait pas adopté un règlement cette année-là pour permettre aux joueurs de 17 ans d'évoluer dans son circuit, Gaudreau serait probablement un excellent joueur d'une ligue de bière en Estrie en ce moment! C'est sur son lit d'hôpital que Martin Bernard lui a appris cette possibilité, alors qu'il nageait en plein brouillard. 
«Ça l'a allumé tout de suite, je l'ai vu dans ses yeux. Je lui ai dit qu'il serait non seulement dans l'équipe, mais qu'il serait mon capitaine. Il devait revenir aux Fêtes, or il était là pour le premier match de la saison!»
Plus rien n'allait arrêter Gaudreau. Invité par deux équipes de la LHJMQ, il a choisi l'équipe où il y avait moins de place, chez le club hôte du tournoi de la Coupe Memorial. Il est aussitôt tombé dans l'oeil d'Éric Veilleux, qui lui a accordé un casier dans son vestiaire.
Il est devenu un des leaders du groupe l'année suivante, puis a été nommé capitaine à 20 ans. C'est à ce moment que le dépisteur des Predators, Jean-Philippe Glaude, s'est mis à l'épier plus sérieusement.
Échangé aux Voltigeurs, Gaudreau a alors explosé offensivement, ce qui a convaincu Glaude de mettre sa tête sur le billot pour amener l'état-major des Predators à Drummondville, afin de valider son coup de coeur.
Le reste appartient à Gaudreau. Même s'il a touché un peu à la ECHL, Gaudreau ne s'est jamais découragé. Après une première année plus difficile chez les pros, il a changé son état d'esprit, il a bloqué tout ce qui touchait à l'aspect business de son sport pour se concentrer sur deux choses: s'améliorer et s'amuser chaque jour.
Il a gagné ses galons dans la Ligue américaine, au point de jouer près d'une dizaine de matchs avec les Predators cet hiver. S'entraînant avec les réservistes de l'équipe depuis le début des séries, il était prêt quand Laviolette lui a fait signe. 
«Je ne suis pas surpris du tout, Frédérick est tellement intelligent. J'ai regardé ses deux matchs, je ne pense pas qu'il a fait une seule erreur! Ça prend toujours quelqu'un pour croire en toi, pour t'ouvrir la porte. Après, c'est entre tes mains. Chaque fois que la porte a été ouverte, Frédérick a su saisir sa chance», rappelle le dépisteur.
Bernard partage volontiers sa fierté avec Glaude. 
«Il était un jeune dépisteur à l'époque, ça prenait du guts pour se mouiller autant sur un gars de 20 ans jamais repêché...»
Glaude accepte les compliments, à condition de pouvoir les rediriger vers ceux qui développent les espoirs dans l'organisation. 
«C'est une chose de repérer le talent, de repêcher les jeunes ou de les signer. Mais il ne faut jamais oublier à quel point le développement après sera crucial. À ce chapitre, je n'en reviens pas de voir à quel point ce travail est bien fait dans notre filiale à Milwaukee. Prends l'alignement des Predators au dernier match, les joueurs ont presque tous passé là. Et certains, pour de longues périodes. Mais quand ils quittent Milwaukee, ils sont prêts.»
Une réflexion à faire
L'histoire de Gaudreau rappelle que la LHJMQ a vu plusieurs patineurs profiter de leur dernière année d'éligibilité à 20 ans pour signer un premier contrat professionnel. Chez les Cataractes uniquement, il marche dans les traces des Marc-André Bergeron, Pascal Dupuis et Alex Burrows.
À mon avis, il y a certainement une réflexion à entamer du côté du hockey canadien, à savoir s'il ne serait pas plus profitable de gonfler à cinq ou six le nombre de patineurs de cet âge par équipe.
Après tout, la NCAA gruge du terrain au circuit canadien à chaque repêchage de la LNH. Vrai que les règles avantagent la NCAA, mais il y a plus. Ce circuit encadre des joueurs jusqu'à 23-24 ans, ils ont plus de temps pour se développer. Ici, on semble penser que le développement s'arrête à 17 ans!
Plus de patineurs de 20 ans entraînerait une diminution de recrues de 16 ans, ce qui augmenterait le calibre de jeu. Ces recrues ne seraient pas perdantes au change, en occupant des rôles plus importants dans le midget AAA. 
«Notre sport en est un à développement tardif. Alors oui, ce serait intéressant comme formule», acquiesce Bernard, reconnu comme un maître pour enseigner aux jeunes. 
«Présentement, on veut aller trop vite. Dès le départ, on regroupe trop rapidement l'élite. Des Frédérick Gaudreau, on en échappe beaucoup. Je pense aussi qu'on devrait revoir nos façons de faire, si notre but est de développer davantage de hockeyeurs.»