LHJMQ: un repêchage, différents objectifs [VIDÉO]

Une fois par année, les hommes de hockey de la LHJMQ se réunissent pour tracer à court, moyen et long terme le futur de leur organisation.

L’exercice est préparé minutieusement. Des centaines d’heures sont investies dans le processus. Les dépisteurs bouffent des milliers de kilomètres pour couvrir tout l’Est du Canada. Ils analysent des vidéos, ils multiplient les entrevues. Tout ça pour en arriver à confectionner une liste des meilleurs espoirs disponibles.

Ce scénario est connu.

Mais, comment ça se passe une fois que le bal est lancé? Grâce à la complicité de trois équipes – les Olympiques de Gatineau, les Cataractes de Shawinigan et le Phoenix de Sherbrooke -, CN2i vous propulse dans les coulisses du repêchage de la LHJMQ vendredi dernier.

Unique

Cette séance de sélection est unique dans l’histoire du circuit. En raison de la COVID-19, c’est virtuellement que les équipes se rejoignent.

La LHJMQ est la seule des trois ligues juniors au pays à persister, en temps normal, à tenir cet exercice en public. Ça permet aux jeunes choisis de vivre une journée de rêve, entourés dans les gradins de leurs parents et amis. Ça offre aussi à la ligue une visibilité énorme en saison morte. Finalement, ça procure aux directeurs généraux un environnement stimulant, propice aux transactions. Il n’y a rien comme se promener sur un parquet pour allumer des feux, quelques minutes avant le début du repêchage! Chaque année, une somme dans les six chiffres est investie pour créer cet écosystème. «Quand nous sommes tous réunis, c’est plus facile d’échanger des idées, de tenir des discussions informelles. Ces pourparlers, parfois, deviennent plus sérieux…», souligne le directeur-gérant des Cataractes Martin Mondou, qui préfère de loin cette formule.

Mondou et ses confrères ont toutefois dû faire leur deuil de cette façon de faire en 2020. C’est en vase clos, dans des bunkers, que les équipes ont procédé à leur choix le week-end dernier.

Ce n’est toutefois pas le principal écueil de la fin de semaine. La pandémie mondiale a stoppé les deux derniers mois d’activité dans le hockey. Si les recruteurs épient à l’année longue les espoirs, cette séquence est normalement déterminante dans l’évaluation finale. Sans le Challenge Gatorade par exemple, un événement de trois jours programmé un mois avant le repêchage qui permet de comparer en temps réel les patineurs du Québec et des Maritimes, ça devient beaucoup plus périlleux de les départager. «Les données qui nous manquent font en sorte que les listes des équipes seront encore plus différentes cette année», prévoyait Mondou une petite demi-heure avant le repêchage de vendredi soir.

Des stratégies différentes

Chaque formation arrive avec des jetons différents à la table de poker. À Sherbrooke, l’élan du Phoenix, meilleure équipe au Canada, a été freiné par la COVID-19. L’équipe avait magasiné ces derniers mois, Jocelyn Thibault n’a donc pas de choix de première ronde entre les mains en début de soirée. Il promet toutefois de rester à l’affût.

À Shawinigan, Mondou amorce une phase de performance de deux ans. Idéalement, il aurait aimé obtenir du renfort dès le repêchage. Mais le contexte favorise plutôt la patience. «Tu ne dois jamais fermer la porte à rien mais les chances sont grandes qu’on repêche. Au rang où nous sommes placés (9e), on sait qu’on pourra mettre la main sur un excellent joueur.»


« «Tu ne dois jamais fermer la porte à rien mais les chances sont grandes qu’on repêche. Au rang où nous sommes placés (9e), on sait qu’on pourra mettre la main sur un excellent joueur.» »
Martin Mondou

À Gatineau, le nouveau patron hockey Louis Robitaille amorce la soirée les mains pleines. Quatre choix de première ronde, dont les deux premiers. Les Olympiques ont souffert pour se placer dans cette position enviable. L’état-major de l’équipe attend cette soirée depuis des mois.

Luneau, comme prévu

Robitaille a le sens du spectacle. Le défenseur Tristan Luneau, étiquetté meilleur espoir depuis deux ans, mais qui a les yeux sur la NCAA, a succombé à ses avances il y a trois semaines déjà. Robitaille a réussi à garder cette entente secrète, pour avoir le plus de punch possible lors de l’annonce du premier choix. Luneau, natif des Bois-Francs, est en ville pour vivre le moment et il tourne même une capsule en après-midi avec l’un des grands guerriers de la riche histoire des Olympiques!

Pas de surprise non plus au deuxième rang, Robitaille parie sur Antonin Verreault, le meilleur attaquant disponible. Avant sa sélection, Robitaille vérifie une dernière fois le désir du jeune homme de s’installer en Outaouais. «Veux-tu être un Olympiques?», lui lance-t-il au téléphone. La réponse de Verreault lui plaît, Robitaille enregistre son choix auprès de la ligue.

Mario Carrière et Martin Mondou espèrent que ce maillot va servir.

C’est à partir de là que le jeu des spéculations s’amorce. Le choix des Sea Dogs peut influencer celui des Olympiques au quatrième rang, puis créer un effet domino.

Certains s’attendent à voir Trevor Georgie réclamer Michael Mastrodomenico, 3e meilleur espoir disponible. Le mot s’est passé à travers la ligue que le Montréalais n’a voulu s’engager avec personne avant le repêchage. Il a même dit non aux Olympiques. Mais les Sea Dogs ont l’habitude avec les récalcitrants, et leur taux de réussite est – certains ajouteront anormalement – élevé.

Georgie jette toutefois son dévolu sur Leighton Carruthers, établi 11e espoir selon la Centrale du soutien au recrutement. Une première surprise au tableau!

Louis Robitaille a animé le spectacle vendredi dernier.

Robitaille poursuit alors son travail de reconstruction en mettant le grappin sur Samuel Savoie. Puis, c’est au tour des Remparts de prendre le micro. Comme les Sea Dogs, les Remparts ont un long historique avec les récalcitrants. Voilà l’heure venue pour Mastrodomenico? Non! Patrick pige bel et bien dans la cour des joueurs qui étudient aussi leurs options aux États-Unis, mais c’est Evan Nause qui est son choix.

À partir de là, les Cataractes s’excitent. Dès l’annonce du deuxième choix, entre eux, ils ont commencé à évoquer la possibilité que Mastrodomenico se rendent à eux. Mais c’est après la sélection des Remparts qu’ils sentent que le scénario pourrait bel et bien se matérialiser. Assez pour être un peu plus prudents dans les discussions de transactions. Quelques minutes auparavant, les Cataractes souhaitaient se reculer de quelques rangs, afin de ramasser un choix de deuxième ronde. Ils convoitent un espoir local, Isaac Ménard. Pour eux, Ménard est un choix de premier tour mais le CSR le classe en fin de deuxième ronde. Les Cataractes devinent qu’ils ne sont pas les seuls à mieux classer le joueur des Estacades mais comme ce dernier a dit à tout le monde qu’il veut jouer dans la NCAA, ils sont convaincus qu’il va glisser en deuxième ronde…

Ils discutaient avec les Voltigeurs et les Olympiques pour se préparer à bouger leur choix 9. Mais là, avec Mastrodomenico encore sur le tableau, Mondou et son dépisteur-chef Mario Carrière sont moins sûrs de la stratégie!

Tranquille

Pendant ce temps à Sherbrooke, c’est le calme plat. Thibault a eu besoin de bien peu de temps pour comprendre qu’il n’allait pas repêcher vendredi soir. Il veut garder ses vétérans, le Phoenix sera encore très compétitif la saison prochaine. «Quand tu échanges tes choix de la prochaine année, tu ne sais jamais ce qu’ils vont devenir…», fait-il valoir.

Thibault fait probablement référence au fait que les Olympiques ont pu épingler Luneau grâce au choix… des Mooseheads obtenu un an et demi plus tôt dans une transaction pour Maxime Trépanier. Il n’a pas été mauvais pour les Mooseheads. Mais pour 64 matchs, Trépanier aura coûté le meilleur espoir de la prochaine génération! Quel coup de circuit d’Alain Sear, hein?

Thibault, avec raison, va garder ses billes en se résignant à amorcer son repêchage samedi.

Ça jase

Revenons aux Olympiques. Ils sont bel et bien en pourparlers avec les Cataractes pour s’avancer, eux qui doivent repêcher 13e. Mais parallèlement, Robitaille discute aussi avec les Tigres et les Wildcats pour les positions 7 et 8! C’est finalement avec les Wildcats que Robitaille trouve un terrain d’entente. Cette transaction lui permet de piger Noah Warren, une armoire à glace de 6’4’’ et 200 livres qui pourra compléter le travail de Luneau dans le champ arrière. Tiens, pas mal le même moule que Robitaille lorsqu’il patrouillait la ligne bleue du Rocket de Montréal!

Le pari shawiniganais

Avant Warren, Vincent Filion (Foreurs) et Pierre-Olivier Roy (Tigres) avaient trouvé preneur. Donc, les Cataractes peuvent réclamer Mastrodomenico. Plus question de transiger le choix. «C’est exactement le joueur dont nous avons besoin. Pas sûr qu’il y ait une si grande différence entre Luneau et lui. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas une, je dis qu’elle n’est peut-être pas si grande que ça», explique le dépisteur-chef Mario Carrière à son patron.

Ça reste un pari. Les Cataractes n’ont aucune assurance que le jeune homme va se présenter. Mais Mondou a senti un certain intérêt en entrevue. «Et puis si ça ne marche pas, on récupère ce choix de première ronde l’an prochain. On aura deux choix de première ronde pour magasiner aux Fêtes!», justifie Mondou en pesant sur le piton.

Quant à Ménard, les Cataractes seront chanceux. Tard vendredi soir, puis tôt samedi matin, ils tentent de boucler une transaction pour obtenir un choix de deuxième tour afin de le réclamer. Ça ne fonctionne pas. Malgré toutes ses lignes à l’eau, personne ne mord! Mais bon, le discours de Ménard sur son vif intérêt pour les États-Unis a fait peur à bien des équipes, et il glisse jusqu’au milieu de la troisième ronde, là où Mondou peut enfin mettre son plan à exécution.

Jocelyn Thibault était condamné à un rôle de spectacteur en première ronde.

Les Cataractes obtiennent donc deux joueurs qu’ils convoitaient énormément. Mais le travail ne fait que commencer, ils doivent trouver une façon de leur faire renoncer au plan américain. Ne vous fiez pas aux sourires de Ménard et Mastrodomenico ce week-end, c’est plus compliqué que ça. La famille et les agents sont eux aussi impliqués dans le processus. Des fois, comme avec Xavier Bourgault et Gabriel Sylvestre, ça fonctionne. D’autres fois, comme avec Michael Matheson et Dovar Tinling, ce sont des coups d’épée dans l’eau.

À Gatineau aussi, le repêchage n’est qu’une étape. Robitaille a maintenant le mandat d’élever ce noyau fort talentueux. Quatre des huit meilleurs adolescents disponibles sont sous son toit, voilà un potentiel clair pour monter une superpuissance après deux saisons d’apprentissage. Mais vous savez, dans le hockey, les championnats ne se gagnent pas sur papier…