Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
Gilles Courteau
Gilles Courteau

LHJMQ : incapable de régler un problème qui dure depuis deux décennies

C’était jour de loterie dans la LHJMQ mercredi. La logique a été respectée, les Olympiques de Gatineau ont mis la main sur le convoité premier choix, eux qui avaient 86% des chances de remporter ce tirage au sort impliquant trois équipes. Avec trois choix dans le top 4, les Olympiques sont, de loin, les mieux positionnés pour cet encan qui sera virtuel les 5 et 6 juin.

Comme les Olympiques, les 17 autres clubs de la ligue connaissent maintenant l’ordre exact des choix de ce week-end tellement important pour les trois ou quatre prochaines saisons. La partie de poker peut maintenant commencer!

Complexe

Les gens qui ne sont pas plongés dans l’univers du hockey junior n’ont aucune idée à quel point l’exercice du repêchage est complexe. Les joueurs sont repêchés aux portes de l’adolescence. Ils doivent encore gagner en maturité, autant physiquement que mentalement. Il faut aussi tenter de deviner comment ils vont réagir lorsqu’ils seront parachutés dans un nouvel environnement, loin de la maison, avec des joueurs plus âgés. Les chances de se tromper sont bien plus grandes que dans la LNH!

Juste avec ça, les équipes en ont plein les bottines. Mais en plus, ils doivent composer avec un problème qui mine la ligue depuis plus de deux décennies : les récalcitrants qui tentent de choisir leur équipe.

Année après année, le commissaire Gilles Courteau doit répondre à des questions à ce sujet. Il supplie les équipes de repêcher les meilleurs joueurs disponibles, peu importe ce qu’ils disent. Il s’appuie sur le mécanisme de choix compensatoire introduit il y a quelques années pour protéger les équipes qui font preuve d’audace. Vrai que ce système donne un peu de courage aux hommes de hockey, mais ils n’est visiblement pas le remède car plusieurs surdoués continuent de glisser au classement avant d’être récupérés bien plus loin, le plus souvent par des gros marchés qui ont les moyens financiers de leur donner ce qu’ils veulent.

À une époque pas si lointaine, ces gros marchés se vantaient même de déjouer le système. Rappelez-vous de l’Océanic de Rimouski, qui avait caché Vincent Lecavalier dans le coffre arrière d’une voiture en 1996 en début de repêchage, le temps que l’équipe monte sur le podium au 4e rang! L’année suivante, c’était au tour de Brad Richards de participer au même manège.

L’Océanic a donné des idées aux autres. Depuis la fin des années ’90, on n’a pas assez de doigts… et d’orteils pour recenser le nombre de joueurs qui avaient promis de ne jamais jouer LHJMQ qui se sont ravisés après avoir entendu leur nom au micro. Tenez, par exemple en 2009, les Sea Dogs ont poussé fort la note en sélectionnant quatre d’entre eux dans le même encan, parmi lesquels figurait un certain Jonathan Huberdeau! Les Sea Dogs ont eu droit à des réprimandes autour de la table mais en bout de ligne, ils ont eu ce qu’ils désiraient avec ce noyau, soit deux coupes du Président et une coupe Memorial.

Tous unis?

Ce fut longtemps le principal fossé entre petits et gros marchés.

Dans les dernières années, toutefois, même les franchises les plus riches ont goûté à cette médecine. Assez pour voir Serge Beausoleil, de l’Océanic, et Patrick Roy, des Remparts, s’ajouter à la liste des insatisfaits l’an dernier, déchirant leur chemise devant les médias la veille du repêchage en pressant la ligue d’adopter la ligne dure avec ces hockeyeurs pour qui la LHJMQ est un plan B. Le fruit semblait alors mûr pour réellement s’attaquer au dossier, hein?

Statu quo

Onze mois plus tard, c’est pourtant presque le statu quo. La ligue a étendu son système compensatoire à la deuxième ronde mais sinon, rien de plus musclé n’a pu être extrait des discussions des derniers mois. Comment expliquer ça? Dur à dire.

Chose certaine, Beausoleil et Roy ont fait jaser ces derniers mois, leurs bottines n’ayant pas suivi les babines. Moins de 48 heures après leurs déclarations, ils ont chacun repêché un récalcitrant sur le parquet du repêchage.

Au 14e rang, l’Océanic a jeté son dévolu sur Zachary Bolduc, un jeune homme de Bécancour qui aurait été repêché top 5, sinon top 3, s’il n’avait pas annoncé son intention de jouer au moins une saison complète aux États-Unis avant de faire son choix final entre NCAA et LHJMQ. Bolduc aura finalement passé quelques semaines à peine chez l’Oncle Sam. Un coup de fil de Sidney Crosby l’a convaincu de se rapporter à Rimouski où il a mérité le titre de recrue de l’année dans le circuit.

Quant à Roy, il a attendu jusqu’en septième ronde avant de réclamer James Malatesta, un potentiel choix de premier tour. Si Malatesta a glissé autant, c’est qu’il avait été très convaincant sur son désir de franchir la frontière. Or après quelques discussions, Roy réussissait à le faire changer d’idée et Malatesta terminait au deuxième rang des pointeurs des Remparts, ainsi qu’au deuxième rang des buteurs de toutes les recrues de la ligue… derrière Bolduc.

Bien sûr, ces «succès», combinée à l’absence d’une réglementation plus musclée, font en sorte que ces manigances vont se poursuivre cette année. On entend déjà toutes sortes de choses en coulisses…

C’est triste.

Il y a un manque de leadership dans ce dossier. Et ce manque de leadership affecte directement l’équilibre des forces dans la ligue.