Des joueurs des Estacades M-13 Élite disputaient une partie amicale de dekhockey, vendredi après-midi.
Des joueurs des Estacades M-13 Élite disputaient une partie amicale de dekhockey, vendredi après-midi.

Les étudiants-athlètes s’accrochent à l’espoir

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Joueront, joueront pas? Comme tout le monde, les étudiants-athlètes des programmes Sport-études et les élèves inscrits à des activités parascolaires ont hâte de savoir s’ils pourront retrouver les plateaux, en défendant les couleurs de leur école. Le Nouvelliste s’est entretenu avec quelques-uns d’entre eux, au moment où le premier ministre François Legault leur insufflait de la confiance, en parlant d’un hypothétique retour à la compétition le 14 septembre.

Ces jeunes passent par toute la gamme des émotions depuis jeudi matin. Leur rentrée s’annonce déjà atypique, voilà que le spectre entourant l’annulation de la saison scolaire vient porter ombrage à leur préparation.

Étourdissant, vous pensez? Difficile de négocier avec tous ces sentiments, un mélange d’impuissance, de frustration, d’incompréhension et de désappointement. Puis, la lueur d’espoir, apparue en milieu d’après-midi vendredi.

Érika Joly, 14 ans, patinage courte piste: «J’ai pleuré»

À l’image de ses amis, la patineuse de vitesse cherchait la logique derrière la décision du ministre de l’Éducation. Comme pour plusieurs étudiants-athlètes, elle côtoie des coéquipiers des Élans de Trois-Rivières au niveau civil à l’extérieur des cours, ainsi que des étudiants des Estacades pendant les heures de classe.

Érika Joly (patinage de vitesse courte piste)

«On me dit que je peux m’entraîner avant les heures scolaires, tôt le matin, ou encore après l’école le soir, mais que c’est impossible pendant mes périodes de Sport-études? Ça n’a aucun sens, c’est presque la même gang», mentionne-t-elle, en confiant avoir versé des larmes quand le ministre Roberge a d’abord lancé que les sports scolaires seraient impossibles à organiser en dehors des groupes-classes.

«Oui j’ai pleuré! Ça me ramenait six mois en arrière, quand tout a arrêté. Ça fait un mois et demi que nous avons recommencé l’entraînement sur glace avec les Élans. J’avais hâte à la rentrée scolaire, j’espère qu’ils vont changer les choses...»

Zoé Descôteaux, 15 ans, natation: «On s’y perd un peu»

Parce que la piscine du CAPS de l’UQTR n’est toujours pas ouverte au public, Zoé Descôteaux, comme plusieurs autres, s’entraîne chaque semaine à la piscine du Centre de formation professionnelle Bel-Avenir. Les nageuses des Mégophias comme elle sont des lève-tôt.

Zoé Descôteaux (natation)

«Je suis à la piscine de 7 h 30 jusqu’à 9 h 20, c’est la routine en Sport-études natation. Mais si ça ne reprend pas, je vais perdre plus d’une quinzaine d’heures d’entraînement par semaine», déplore-t-elle, répétant sensiblement les mêmes paroles que la patineuse Érika Joly en ce qui a trait aux fameuses bulles.

«C’est moins dangereux de nager au civil? Je sais que le gouvernement fait son possible dans la situation actuelle, sauf qu’il doit aussi se rappeler que le retour à la piscine s’est bien passé cet été.»

Son dernier entraînement à la piscine du DLS remonte au 16 août. «Disons que j’ai très hâte d’y retourner!»

Timothé Boivin et Élie Riopel, football: «On s’attendait à jouer»

Le Vert et Or juvénile du Séminaire Saint-Joseph a perdu par un petit point, en novembre 2019 au Bol d’or. Pour les élèves du quatrième secondaire ayant participé à cette finale provinciale à l’époque, il est impensable que le stage au football scolaire prenne fin de la sorte, sans possibilité de fouler le terrain cet automne.

Timothé Boivin et Élie Riopel (football)

«On s’attendait à jouer. Nous nous sommes entraînés tout l’été pour ça. On a vraiment travaillé fort et le protocole sanitaire était bien suivi», opine le demi défensif Timothé Boivin, flanqué du porteur de ballon Élie Riopel.

Les deux adolescents, des finissants du secondaire, ont été rencontrés une heure avant le point de presse de François Legault. Autour d’eux, les jeunes des premières à troisièmes secondaires monopolisaient le terrain du stade Gilles-Doucet pour la rentrée scolaire.

«Je serais tellement déçu s’il n’y a pas de football! Avec les gars, on s’en parle depuis janvier. Le savoir à deux jours de la rentrée, ça fait mal. J’ai joué au soccer tout l’été avec les Rebelles de l’Est, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas jouer au football avec le Vert et Or», ajoute Élie Riopel.

Éliot Beaulac, 16 ans, judo: «Pas évident pour personne»

Quand on parle d’espoir dans le déconfinement sportif en milieu scolaire, difficile de trouver plus résilients que les adeptes des sports de combat. Pour eux, le confinement s’éternise depuis bientôt six mois.

Éliot Beaulac (judo)

«Il y a deux semaines, on pensait que ça s’en venait, mais il faut croire qu’on doit encore attendre», observe le judoka Éliot Beaulac, de l’Académie les Estacades et du club Seikidokan. «J’ai une pensée pour les plus jeunes, en pleine croissance. Pour eux, gérer la catégorie de poids sans compétition ni entraînement, c’est difficile. Ce n’est pas évident pour personne.»

Les parents des étudiants-athlètes ont reçu jeudi une communication stipulant que les périodes de sport seraient remplacées par des périodes d’études, en vue du début des classes. «Combien de temps serons-nous en salle d’études? Un mois? Nous, on veut juste avoir un minimum de judo, bien encadré avec nos entraîneurs. Nous pourrions être en bulles de quatre, sans déranger personne. Au judo, c’est impossible de s’entraîner seul, ça nous prend absolument un partenaire...»

Les Estacades M-13 élite, hockey: «On est prêts!»

Ils font leur entrée au secondaire cet automne. Pour les Estacades M-13 élite, le hockey c’est d’abord une affaire d’amitié. Les jeunes n’ont pas suivi la conférence de presse de François Legault vendredi. Non, ils occupaient plutôt l’une des surfaces de dek-hockey jouxtant l’aréna Jean-Guy Talbot. Le Nouvelliste leur a annoncé, pendant la joute amicale, que le hockey scolaire pourrait peut-être reprendre à la mi-septembre pour eux.

«On est prêts!», se sont-ils écriés avec joie, avant de reprendre le match improvisé. C’était la quatrième ou la cinquième fois qu’ils se donnaient rendez-vous à la surface de dek cet été.

«Si on ne peut pas retourner sur la patinoire pendant nos cours de Sport-études, on va se réunir ici après l’école, c’est sûr», sourit Chad Lygitsakos, entouré de ses amis qui hochaient de la tête en l’écoutant.

«On aime se voir! Nous avons joué ensemble cet été, dans des tournois à Saint-Louis-de-France et au CSAD. C’est sécuritaire, on va prendre les précautions et on va écouter nos entraîneurs. Le ministre Roberge peut nous faire confiance!»

«Ses bulles sont déjà éclatées de toute façon», s’écriait un autre joueur, en faisant référence aux groupes-classes du ministre, un concept tourné en dérision par plusieurs personnes, dont les entraîneurs, les parents et les députés des partis d’opposition à l’Assemblée nationale.

Les Estacades de l’entraîneur Alex Boucher, qui se retrouvent sous l’égide de Hockey Mauricie lorsqu’ils évoluent au niveau civil, joueront un match à Québec samedi.

Joey Thompson, 15 ans, football: «C’est important pour le raccrochage scolaire»

À l’école secondaire des Pionniers, le football s’impose comme un important vecteur dans le raccrochage scolaire. Certains élèves de l’institution ont des besoins particuliers et font face à divers défis. Le concept de meute sert à unir les Gothics dans un but commun.

Joey Thompson, étudiant de quatrième secondaire, est conscient de tout ça. Il était fier de voir des jeunes de son âge d’autres écoles manifester pour le maintien des sports étudiants et des activités interscolaires, vendredi à Québec.

«La saison de football ne dure pas longtemps, il faut que ça joue! Nous attendons ce moment depuis quatre ou cinq mois. Les gens n’ont pas idée à quel point c’est gros pour la motivation scolaire, le football. Personnellement, ça a un impact dans ma vie. On s’entraîne avec les moyens du bord par pure passion.»

Joey Thompson (football)