Les Défis du parc attirent des milliers de participants à chaque année.
Les Défis du parc attirent des milliers de participants à chaque année.

Les Défis du parc tombent à leur tour

Shawinigan — L’énumération des événements majeurs qui annulent tout en 2020 n’en finit plus, de sorte que la décision de Marie-Josée Gervais de reporter la 14e édition des Défis du parc en 2021 demeurait prévisible. Mais jeudi midi, la fondatrice de l’événement reconnaissait qu’il s’agissait d’un moment difficile à passer. 

Un peu émotive, mais visiblement ragaillardi par les encouragements reçus au cours des dernières heures, Mme Gervais raconte avoir été tiraillée entre son côté sage et son côté givré sur la justesse de maintenir ce grand rendez-vous sportif les 12 et 13 septembre. Elle comptait bien mettre le paquet pour ces retrouvailles avec un parc national de la Mauricie débarrassé des travaux qui l’avaient forcée à tant de compromis et d’ajustements depuis deux ans. Les cyclistes, coureurs et autres participants auraient enfin retrouvé leurs vieilles pantoufles.

«Je faisais de l’insomnie depuis 15 jours», raconte-t-elle. «J’essayais de m’imaginer ce qui serait bon pour tout le monde.»

«J’avais prévu des plans, comme de remettre l’événement deux semaines plus tard», ajoute-t-elle. «Ma machine à idées et à solutions était vraiment en production!»

Lors de l’une de ses conférences d’information la semaine dernière, le premier ministre François Legault a glissé une phrase qui a résonné très fort entre les oreilles de Mme Gervais. À partir de ce moment, l’annulation des Défis du parc 2020 a vraiment fait son chemin.

«Quand le premier ministre a dit que nous allions en avoir pour des mois, je me suis demandé comment pourrais-je faire un événement en septembre alors que tout le monde aura fait énormément de sacrifices pour la distanciation sociale? Comment prévoir la sécurité? Je ne voyais pas comment ça pouvait se faire.»

Marie-Josée Gervais est entrée en communication avec Pascal Lafrenière, directeur général du Festival western de Saint-Tite et Pierre Lavoie, fondateur du fameux Grand défi, pour échanger avec eux. Elle a aussi pensé à beaucoup de personnes de son entourage, pour finalement convenir de l’inévitable. 

«Je me disais que les événements sportifs sont loin d’être une priorité», souligne-t-elle. «Je dois contribuer au mouvement. Au-delà des Défis du parc, il faut envoyer un message aux gens sur l’importance de garder notre santé.»

«Tantôt, tous ceux qui sont sur la ligne de front: les médecins, les infirmières, ceux qui travaillent dans les épiceries, tous ceux qui ont peur de se présenter au travail chaque jour, nous devrons prendre leur relais. Nous devrons être en santé pour ça.»

D’un autre côté, compte tenu du calendrier proposé par le gouvernement du Québec la semaine dernière avec l’annulation des grands rassemblements jusqu’au 31 août, les Défis du parc auraient pu représenter une formidable célébration pour des milliers de personnes après un été privé de ses couleurs habituelles.

«Effectivement, à un moment donné, je me disais qu’on serait l’événement où les gens auraient envie d’aller», confie-t-elle. «J’ai longtemps pensé ça, jusqu’à ce que je réalise que la distanciation laisserait quand même une cicatrice. J’ai l’impression qu’en septembre, nous serons encore fragiles.»

«Collectivement, il faut s’entraider», ajoute-t-elle. «Ne pas organiser l’événement en septembre, c’est reconnaître tous les efforts que les gens font pour la distanciation.»

Mme Gervais supervise également l’évolution des Roses, ces quelque 225 femmes qui se lancent à l’assaut de leur défi de mise en forme chaque année. De ce nombre, 25 s’entraînent en France actuellement, dans un environnement social encore plus contraignant.

«Elles sont confinées à un kilomètre de leur maison, elles doivent remplir un papier quand elles sortent et elles ont droit d’aller dehors pour une heure maximum par jour», raconte-t-elle. «Est-ce qu’on veut se rendre là?»


Marie-Josée Gervais tentera de garder les participants des Défis du parc actifs au cours des prochains mois, malgré l’annulation du rendez-vous de septembre.

Solutions

Malgré l’incertitude que l’on connaît depuis plus d’un mois, 1500 personnes étaient déjà inscrites pour cette 14e édition des Défis du parc. L’événement avait accueilli plus de 10 000 participants au cours des deux dernières éditions, malgré les contraintes imposées par les travaux. 

Plus de 200 bénévoles contribuent à la réussite de ce grand-rendez-vous chaque année. Plusieurs d’entre eux sont retraités et se retrouvent d’ailleurs dans la catégorie d’âge à risque de la COVID-19.

«J’ai l’élite des bénévoles au Québec!», sourit Mme Gervais. «Ils sont tellement en forme! Mais je dois penser à eux et aux participants. Il y a 13 ans, plusieurs d’entre eux avaient 55, 60 ans. Ils sont rendus à plus de 70 ans.» 

L’athlète ne veut pas s’avancer encore trop loin pour le moment, mais pariez qu’elle n’attendra pas passivement la succession des mois jusqu’en septembre 2021. La page Facebook des Défis du parc proposait déjà des exercices pour maintenir la forme en période de confinement. D’autres idées s’ajouteront au cours des prochaines semaines.

«Nous sommes habitués à faire face au changement», fait-elle remarquer. «Il faut trouver des solutions pour mobiliser nos participants, en leur rappelant que ce sont des ambassadeurs de la bonne santé physique.»

«Tout est possible aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, avec tout ce qui peut se faire à distance... Nous avons un cahier plein d’idées!»