Alexander Ayala et Miguel Lahera sont les premiers Cubains à s'aligner avec les Aigles de Trois-Rivières.

Les Cubains veulent briller à Trois-Rivières

Ils ont quitté La Havane samedi sous les acclamations de dizaines de fervents amateurs. Leur départ vers le Canada suivait une conférence de presse courue, au cours de laquelle les autorités cubaines confirmaient leur adhésion aux activités de la Ligue Can-Am pour l'été qui s'en vient. Si l'été peut enfin se pointer!
Tuque des Aigles sur la tête et chandail kangourou aux couleurs de l'équipe pour les protéger du froid, c'est avec le sourire que le releveur Miguel Lahera et le joueur d'arrêt-court Alexander Ayala ont vécu leur premier bain de foule médiatique, lundi au Stade Stéréo Plus, quelques heures après avoir rencontré leurs nouveaux coéquipiers.
Lahera et Ayala, âgés de 32 et 35 ans, sont les deux premiers Cubains à s'aligner pour les Aigles de Trois-Rivières. Il y a quelques semaines à peine, ils défendaient les couleurs de leur pays à la Classique mondiale de baseball. D'ailleurs, plusieurs observateurs bien avertis considèrent que le gérant T.J. Stanton a mis la main sur le meilleur releveur de l'île. Et probablement aussi sur le meilleur inter disponible.
«Jamais je n'aurais cru que les deux seraient libres de venir jouer ici. Ce sont de très grosses acquisitions pour nous. Ils sont très connus à Cuba, ce sont des héros», s'est enflammé le pilote en chef, lundi, alors que les Aigles conviaient les médias à un point de presse marquant le début officiel du camp d'entraînement.
Au total, cinq joueurs de Cuba évolueront dans la Ligue Can-Am cette saison. Les trois autres (Yordan Manduley, Yurisbel Gracial et le lanceur étoile Lazaro Blanco) se dirigent tous vers Québec, où le président Michel Laplante a jeté les bases de ce partenariat entre la Can-Am et la Fédération cubaine de baseball. Les Capitales alignent au moins un Cubain dans leur formation depuis 2014. Le projet a fait des petits et aujourd'hui, ce sont les Aigles qui peuvent en tirer profit.
Comme des enfants
Ayant posé pied à Trois-Rivières samedi soir, Lahera et Ayala se sont rapidement imprégnés de leur nouvel environnement. On chuchote qu'ils auraient mangé comme des rois dans un restaurant du centre-ville avant d'échanger avec les autres joueurs des Aigles, le lendemain, au Complexe sportif Alphonse-Desjardins.
Ni l'un ni l'autre ne maîtrise l'anglais... et encore moins le français! Grâce à la présence de leur interprète Diego Brunelle Diaz, l'intégration est facilitée. Ceci dit, les deux amigos ne sont pas du genre à s'intérioriser. En fait, ils sortent un peu du moule qu'on tend à associer avec les joueurs cubains, c'est-à-dire des types plutôt réservés.
«Nous sommes heureux du bel accueil de toute l'organisation des Aigles. On se sent comme des enfants à qui on a demandé de venir jouer au baseball. On a hâte que ça commence», racontait Lahera, qui aura un rôle clé dans l'enclos des releveurs cet été.
Pas des vacances
Qu'à cela ne tienne, ils sont bien conscients que la saison ne sera pas un camp de vacances. Les bonzes de leur fédération ont signé une entente avec eux et ils doivent la respecter. 
«C'est un honneur de représenter notre pays chez vous, témoigne Alexander Ayala qui, à 6 pi 1 po, a toute une charpente pour un arrêt-court. Le baseball pratiqué ici est différent du nôtre, les mentalités aussi. J'ai hâte de découvrir votre culture.»
Même si cela implique de s'établir loin de la famille pour plusieurs semaines. 
«Comme dans tout, il y a des sacrifices à faire, réplique Lahera. Nous sommes quand même en communication tous les jours et ce n'est pas la première fois que nous quittons le pays.»
Leur participation à la Classique mondiale de baseball en mars fait partie de ces expériences sur la scène internationale. Lahera, qui a lancé pour l'équipe cubaine l'an passé pendant la tournée nord-américaine à travers les villes de la Ligue Can-Am, a aussi gagné l'or aux Jeux olympiques de Pékin, en 2008. Récemment, il a remporté le championnat national de Cuba avec l'équipe de Granma.
Quant à Ayala, il est une véritable légende chez les Ganaderos de Camaguey, où il a disputé 16 saisons. La dernière s'est conclue pour lui avec une moyenne au bâton de ,382. 
«Il est un joueur complet avec beaucoup de puissance. Je ne serais pas surpris qu'il claque quelques circuits. Malgré son physique imposant, vous allez découvrir un joueur très agile et rapide», a enchaîné Lahera, en parlant de son ami Ayala.
Ce dernier lui a renvoyé la politesse. 
«Miguel peut lancer comme releveur ou partant. Il a un répertoire varié et je m'attends à ce que les médias de Trois-Rivières parlent beaucoup de lui!
Si les deux amigos sont à la hauteur des statistiques qu'ils ont affichées au cours de la dernière décennie à Cuba, on risque en effet d'entendre parler d'eux...
Pas d'inquiétude chez les Aigles
Les dirigeants des Aigles prennent tous les moyens pour assurer l'intégration de leurs deux Cubains et ils ne craignent pas de possibles défections.
Comme le rappelle le directeur général René Martin, Alexander Ayala et Miguel Lahera sont des hommes de plus de 30 ans avec des responsabilités familiales.
«Les gars sont reconnaissants, nous sommes confiants que tout se passe bien. Les Capitales ont grandement contribué à améliorer les relations avec les autorités cubaines du baseball. J'en ai discuté avec [le président des Capitales] Michel Laplante et il n'est pas inquiet lui non plus.»
C'est qui, ce lanceur?
Seulement neuf joueurs de l'édition 2016 effectuent un retour ce printemps à Trois-Rivières. Il y a donc plusieurs visages inconnus pour les nouveaux venus. Certains ignoraient que Matthew Rusch ne campe pas uniquement le rôle d'entraîneur des lanceurs, mais aussi celui de l'as partant!
«Les gars se demandaient tous pourquoi Rusch perdait son temps à diriger alors qu'il avait toutes les qualités d'un bon lanceur», racontait René Martin en riant.
Les Capitales passent leur tour
Face aux caprices de la météo, les Capitales de Québec ont pris la décision de rester chez eux. Ils ne s'entraîneront donc pas à Trois-Rivières cette semaine. Les Aigles ne fouleront pas le terrain du Stade Stéréo Plus, dont le gazon n'a jamais été aussi vert, eux non plus. Ils poursuivront donc l'entraînement à l'intérieur, au Complexe sportif Alphonse-Desjardins.
Un sixième Cubain dans la Can-Am en juin?
Julio Pablo Martinez, un jeune Cubain au début de la vingtaine, pourrait lui aussi rejoindre la Ligue Can-Am en juin s'il y a de la place pour lui et que ses papiers sont prêts. Le voltigeur se rapporterait normalement aux Capitales, mais le plan B pourrait être Trois-Rivières.
Le hic, c'est que les Aigles misent déjà sur quatre joueurs de champ extérieur en Brenden Webb, Trevor Gretzky, Javier Herrera et Connor Crane.
«Mais ça change vite dans la Can-Am des fois», a rappelé Stanton, qui a vu le jeune homme lors de la tournée de l'équipe cubaine en Amérique du Nord il y a un an. «Dans son groupe d'âge, il est parmi les recrues les plus prometteuses.»