Nicolas Gilbert a gagné le championnat canadien de triathlon en fin de semaine à Montréal.

L'enivrement de se dépasser

CHRONIQUE - Ça devait être une mode. À voir tous ces coureurs sur les routes, et les événements se multiplier et néanmoins rassembler des centaines de personnes, c'est plus que ça. La tendance est lourde, et c'est tant mieux.
Prendre soin de sa santé en bouffant des kilomètres avec ses pieds a plus d'un avantage. C'est peu coûteux, l'horaire est flexible. Ça permet d'évacuer une tonne de stress, de faire le vide au plan mental, de développer le goût de mieux s'alimenter. Mais par-dessus tout, il y a cet enivrement de se dépasser, un feeling qui est dur à battre.
Ça pousse des coureurs du dimanche à devenir des coureurs chevronnés. Ou l'élite d'ici à faire des sacrifices pour se mesurer à la crème. D'autres bifurquent vers des disciplines encore plus exigeantes, comme le triathlon.
L'effet d'entraînement est pesant. Au Nouvelliste, dans la salle de rédaction, il y avait un seul hurluberlu qui courait pour le plaisir il y a cinq ans. Vous avez maintenant besoin des deux mains pour les comptabiliser...
Oui, tous ces gens qui se sentent mieux dans leur peau parce qu'ils repoussent leurs propres limites donnent l'envie à plusieurs de leurs proches de les imiter.
Par exemple, imaginez comment les jeunes Trimego vont pouvoir s'inspirer dans les prochains mois de leur entraîneur Nicolas Gilbert. Ce dernier a gagné le championnat canadien de triathlon en fin de semaine à Montréal.
Ce n'est pas surprenant en soi comme nouvelle, Gilbert est une machine bien huilée par son entraîneur Benoît-Hugo Saint-Pierre, à ses côtés depuis huit ans. Là où l'histoire devient succulente, c'est que le jeune homme de 22 ans a subi une vilaine chute en vélo le 15 mai. La clavicule droite s'est rompue, il a dû passer sous le bistouri de l'excellent orthopédiste Dr Marc Antoniades.
Si les trois premières semaines qui ont suivi ont été difficiles sur le plan moral, Gilbert a ensuite repris l'entraînement avec son bras immobilisé. Il a évidemment revu son agenda de courses qui prévoyait des sorties continentales, en basant sa rééducation réalisée avec Caroline Poulin et France Denis pour revenir en force le week-end dernier à Montréal.
Le plan a été d'une redoutable efficacité, puisqu'il a gagné la course avec 17 minutes d'avance sur son plus proche rival! Une victoire de résilience selon son entraîneur, qui dissimulait mal sa fierté. 
«La fracture était mauvaise, ce n'était pas chic. Pas évident pour le moral sur le coup. Nicolas avait des attentes, il devait s'en créer de nouvelles. Il l'a fait en maximisant ses forces au cours des derniers mois, avec le résultat que l'on connaît. Il était beau à voir aller, quand tu sais par où il venait de passer.»
Gilbert consent que la route pour se rendre à destination a été cahoteuse par moment. 
«J'ai reçu beaucoup de mots d'encouragement au départ, les gens me disaient que j'allais revenir plus fort. Au départ, c'est difficile à croire, mais en te concentrant sur le moment présent et en faisant preuve de patience, on peut arriver à faire de belles choses», sourit-il, conscient que son histoire pourrait inspirer d'autres athlètes. 
«Tant mieux si c'est le cas. Je me suis moi-même inspiré de Richard Murray, qui a fini quatrième aux Olympiques quatre mois après une fracture de la clavicule. En Mauricie, nous avons un beau groupe d'entraînement, des gens de tous âges qui se poussent et qui s'encouragent. C'est sérieux le triathlon, mais on ne se prend pas au sérieux, on a pas mal de plaisir ensemble!»
À tous les niveaux, il y a ce genre d'histoire. Tenez, l'amoureuse de Saint-Pierre, Isabelle Gagnon, entraîne Annik Gagné, une fille native de Québec avec qui elle a usé les bancs d'école de l'Université Laval. Comme des centaines d'autres, Gagné a complété un triathlon ce samedi. À la différence qu'elle se bat avec la sclérose en plaques depuis quelques années!
Elle est grisante, cette petite chair de poule qui accompagne ces victoires personnelles au plan physique. Les plus crinqués la puisent dans les marathons, les triathlons, les Ironman. Mais le plus beau, c'est que le commun des mortels peut aussi la ressentir sur des distances beaucoup plus accessibles. Parlez-en à ceux qui complètent un premier cinq kilomètres, juste pour le fun. Ça va probablement vous donner le goût d'essayer!