Les patinoires de la région seront envahies par plus de 2500 jeunes hockeyeurs qui participent à un tournoi de hockey printanier, une industrie qui a connu une croissance exponentielle dans les dernières années.

L'empire du hockey de printemps

Même si le mercure oscillera au-dessus des 15 degrés Celsius ce week-end, c'est au froid qu'il y aura le plus d'action à Trois-Rivières. Quatre patinoires de la région accueilleront la Classique AAA TBT, un tournoi de hockey printanier. Une industrie en forte croissance aux quatre coins du Québec.
Nicolas Thibeault dirige depuis 17 ans l'Académie TBT, qui se spécialise dans le hockey de printemps. Plus de 700 joueurs évoluent dans son organisation.
Lorsque la saison de hockey hivernal prend fin, de plus en plus de joueurs ne retirent plus leurs patins. Ils les gardent aux pieds pendant deux mois de plus afin de se joindre à un des nombreux programmes de hockey printanier. En province, deux circuits, la Ligue élite AAA du Québec (LEAAAQ) et la Ligue élite de hockey du Québec (LEHQ), se séparent 53 programmes, pour un total de plus de 600 équipes divisées par année de naissance. 
C'est au début des années 1990 que le phénomène du hockey de printemps a fait son apparition. À l'époque, ce mouvement indépendant visait les hockeyeurs de haut calibre qui devaient souvent se déplacer pour participer aux entraînements et surtout à des tournois. En 2017, le pourcentage de joueurs élites n'est plus qu'une fraction de tous les inscrits. Avec trois divisions, le hockey printanier recrute large et plusieurs parents le voient comme un loisir supplémentaire pour leur enfant.
À Trois-Rivières, depuis 17 ans, l'Académie TBT est l'un des chefs de file de ce mouvement. L'entreprise menée par Nicolas Thibeault, et qui avait été fondée en compagnie de son frère David ainsi que de l'ancien du Canadien Steve Bégin, a connu une expansion considérable et compte maintenant 55 équipes en Mauricie, mais aussi au Lac-Saint-Jean, à Victoriaville et à Drummondville. Il s'agit maintenant d'une des plus grosses structures au Québec.
«Ce n'était pas logique que les jeunes finissent de jouer en février. C'est notre sport national. On s'est dit qu'on pourrait donner un petit mois et demi de plus. Ils sont encadrés, ils sont avec leurs amis, ils ont de bonnes pratiques, c'est fait avec sérieux et ils ont droit à des tournois de qualité. Ensuite, ils vont jouer dehors au soccer en début juin», indique Nicolas Thibeault.
Ce dernier a donc été aux premières loges pour voir l'explosion du phénomène du hockey de printemps dans les dernières années, particulièrement dans la région de Montréal.
«Ce qui a le plus changé, c'est le nombre d'équipes qui s'est multiplié. Ç'a explosé. Il y a tellement d'offre. Tout le monde veut avoir des joueurs et son tournoi. C'est difficile de percer, parce que ça pousse partout. À Montréal ça joue beaucoup du coude avec plusieurs organisations sur le territoire. C'est épouvantable. C'est le gros changement. Avant, c'était les écoles de hockey le buzz. Maintenant, c'est le AAA.»
Les tournois, le nerf de la guerre
En province, on compte 600 équipes de hockey printanier, pour un peu moins de 10 000 joueurs et joueuses. Avec un frais d'inscription allant de 300 à 700 $ par hockeyeur, ce sont donc d'importantes sommes qui se retrouvent dans les mains des quelques intervenants du hockey printanier. Pour les parents dont l'enfant vient à peine de terminer sa saison hivernale, ce sont des coûts qui s'ajoutent au budget annuel. Mais la demande ne fléchit pas, au contraire.
«Ça nous coûte environ 600 $, mais ça ne compte pas les hôtels et restaurants pour nos trois tournois à Trois-Rivières, Sherbrooke et Québec. Il faut avoir les moyens, mais on le fait en s'amusant», notait Nicolas Côté, vendredi, en observant son fils sur la glace du centre sportif de Saint-Louis-de-France dans l'uniforme des Coyotes de Charlesbourg.
Malgré ses 55 équipes sous sa gouverne, Thibeault affirme que s'il est en mesure de faire des profits avec son entreprise, ce n'est pas grâce à ses équipes, mais plutôt grâce aux tournois qu'il organise chaque année. Un total de 160 clubs et 2500 jeunes sont attendus à Trois-Rivières dans les prochaines semaines.
«Ça fait du monde dans la région, avec 5000 parents. On aura besoin de cinq glaces lors d'une des fins de semaine. Ce sont des retombées de 1,5 à 2 M$ pour la région», raconte Thibeault. 
«Les premières années, je n'en vivais pas. Il a fallu que papa et maman m'aident, comme tout le monde qui lance une entreprise. Aujourd'hui, nous sommes deux actionnaires à en vivre.»
Avec la multiplication des programmes en province, Thibeault estime que les tournois seront éventuellement trop nombreux, et que le hockey de printemps a possiblement atteint sa croissance maximale.
«Ce n'est pas avec tes équipes que tu fais de l'argent. Donc un programme qui n'a pas de tournoi va avoir de la difficulté à survive. Il faut savoir se démarquer.»
Un recrutement continuel
Contrairement au hockey civil, les territoires n'existent pas au hockey de printemps. Tout au long de l'année, les organisations se font donc une vive compétition pour les joueurs, et ce, dès l'âge de 6 ans. Les joueurs élites, en division 1, sont ceux qui attirent l'attention des programmes les plus importants de la province. On peut leur faire miroiter une participation à certains des tournois les plus prestigieux en Amérique du Nord, où se retrouvent les recruteurs des équipes junior. Une demi-réalité selon Denis Francoeur, dont les Panthères du Collège Marie-de-l'Incarnation participent à des tournois printaniers à titre d'équipe indépendante.
«Il y a certains tournois où il y a en effet plusieurs recruteurs et des équipes d'un peu partout. À cette période de l'année, les listes en vue de repêchage des équipes sont déjà complétées, mais ça peut permettre de valider des choses. Ce n'est pas qu'au Québec qu'on voit du hockey de printemps. C'est encore plus gros en Ontario et ça devient similaire à l'international.»
Alors, un passage obligé, le hockey d'été pour les hockeyeurs élites? Pas nécessairement, même s'il semble s'imposer dans la tête de plusieurs parents qui ne veulent pas priver leur enfant d'une opportunité de développement à laquelle aura droit l'un de ses coéquipiers.
«Je dirais que parmi les joueurs qui évoluent chez les professionnels aujourd'hui, 80 à 90 % ont participé à du hockey AAA. Ils y ont tous joué puisque les meilleurs veulent suivre les meilleurs», conclut Thibeault.
Hockey Québec s'en mêle
Pendant longtemps, Hockey Québec s'est tenu loin du hockey de printemps, qualifiant les organisations de hors-la-loi jusqu'au début des années 2010. Mais face à la croissance du phénomène, l'organisme qui chapeaute le hockey civil n'a eu d'autre choix que de tenter de l'encadrer. 
«Nous sommes devenus partenaires avec les deux ligues. On les rencontre pour différentes exigences qu'on aimerait qu'ils réalisent. De façon générale, on veut s'assurer du respect des règlements de sécurité de Hockey Québec. Pendant plusieurs années, ils ont accepté la mise en échec dans le novice, atome et pee-wee, alors que chez Hockey Québec, la mise en échec commence au bantam. C'était primordial. On leur demande aussi d'avoir un respect pour le recrutement des jeunes pendant la saison et de tenir leurs camps pendant une période morte, pas lorsque les jeunes sont impliqués dans leur saison régulière», indique Yvan Dallaire, directeur de la régie, marketing, communications et événements pour l'organisme.
L'arrivée de Hockey Québec dans le portrait a ouvert la porte à plusieurs organisations de hockey civil pour se lancer dans l'aventure. Ainsi, la Ligue midget AAA du Québec est maintenant un partenaire de la LEAAAQ et 8 des 15 équipes du circuit sont maintenant représentées. C'est le cas des Estacades de Trois-Rivières, qui comptent sept équipes de hockey printanier dans leurs rangs.
«L'objectif était de créer un sentiment d'appartenance envers le midget AAA et le programme. Ce n'est pas une de nos activités principales. Mais il y avait un intérêt de la part de l'Académie les Estacades et nous avons décidé de démarrer le programme», explique le directeur de la structure intégrée en Mauricie, Daniel Paradis.
Contrairement à l'Académie TBT, les Estacades n'organisent pas de tournois, mais obtiennent un partage des revenus de la part de la LEAAAQ.
«Quand on envoie une équipe dans un tournoi, on reçoit une ristourne et le temps investi (pour organiser un tournoi) n'en vaudrait pas nécessairement la peine. Nous n'avons pas une armée de bénévoles, ce serait difficile. Comme notre programme est à but non lucratif, les surplus, Hockey Mauricie les redistribue dans le développement des jeunes.»