Bertrand Godin apprécie ses fonctions à l’École nationale de police du Québec et les aspirants policiers le lui rendent bien: les cours de pilotage sont parmi les plus populaires à l’ENPQ!

«L’École, ça donne un sens à ce que j’ai fait»

Trois-Rivières — Bertrand Godin se sent comme «une vieille recrue», à l’aube des épreuves de la deuxième fin de semaine au Grand Prix de Trois-Rivières.

Le pilote de 50 ans en sera à une première participation au GP3R dans une série de monoplaces depuis 1997. En juin dernier à Montréal, il renouait avec la Formule 1600 après une absence de 24 ans.

«Ce sera une bagarre épique avec les Didier Schraenen, Michel Bonnet et Renald Hamelin. Un jeune comme Kellen Ritter, de la Colombie-Britannique, est bourré de talent. Ça promet», sourit le célèbre chroniqueur, toujours aussi enthousiaste de partager sa passion pour les courses et, depuis huit ans, de ses fonctions d’instructeur de pilotage à l’École nationale de police du Québec.

Godin compte parmi la dizaine d’instructeurs de l’ENPQ à qui on a confié la tâche de préparer les aspirants policiers aux défis de la conduite d’une auto-patrouille. «Nous avons la plus belle clientèle. Les jeunes ont travaillé fort au cégep pour arriver à Nicolet. Je considère cette opportunité comme une des belles chances de ma vie. L’École, ça donne un sens à ce que j’ai fait dans ma carrière de pilote. C’est bien beau, pousser une voiture sur une piste, mais avec l’École de police, je sais qu’on a un impact direct sur la sécurité des gens.»

Bertrand Godin n’avait jamais touché au monde du coaching auparavant. Ses talents de vulgarisateur ont souvent été remarqués toutefois, notamment dans l’espace médiatique. «Je ne savais pas que j’aimerais autant ça. Il y a un lien de confiance qui se tisse entre l’instructeur et l’aspirant. Certains feront des erreurs, d’ailleurs les plus vieux en commettent. Si on ne peut atteindre la perfection, on essaie toujours de s’en approcher!»

La conduite, explique Godin, ne se limite pas aux aptitudes qu’on développe derrière un volant. «C’est toute la compréhension de notre environnement, de la dynamique du véhicule. Si on veut contrôler la voiture, on doit également être en mesure de se contrôler soi-même.»

C’est encore plus vrai avec les policiers. «Oui, c’est une lourde tâche et ils doivent être capables de se faire une bulle à travers ça. On rejette souvent les responsabilités sur le policier: il ne peut pas faire d’erreurs et on leur demande aussi de gérer les erreurs des citoyens. Les situations possibles ont infinies. On essaie de les préparer à tout ça.»

Leur terrain de jeu s’étend sur deux sites: un circuit privé non loin de Nicolet ainsi que dans l’École, avec des simulateurs. «Ces jeunes ont souvent vécu moins de situations extrêmes que les gens de ma génération, par exemple. Quand ils doivent gérer des situations extrêmes, ça peut devenir compliqué. Il faut savoir résister à la pression des autres, mais aussi à sa propre pression pour ensuite appliquer les techniques.»

Nos réflexes ont changé
On se demande parfois si les automobilistes de 2018 conduisent mieux que ceux d’il y a 20, 30 ou 40 ans. Aux yeux de Bertrand Godin, il y a eu beaucoup de progrès... et du recul. Il est d’ailleurs important de spécifier que ces commentaires reflètent sa propre vision des choses, et non celle de l’ENPQ.

«Le trafic a augmenté, les gens sont de plus en plus impatients. Je trouve aussi que l’on conduit trop par rapport à la réglementation. Les gens gèrent un stop ou un feu de circulation, sauf qu’ils ne gèrent plus les êtres humains. Ça me surprend de constater à quel point les cyclistes, les piétons et les automobilistes ne regardent plus autour d’eux. Dans le domaine de l’aviation, on dit que plus tu essaies de contrôler le danger avec de la réglementation, moins les gens prennent conscience des dangers. C’est pour ça qu’on doit axer nos actions sur l’éducation davantage que sur la sensibilisation.»

Les choix de société
La légalisation du cannabis, un choix de société, entraînera un important défi relié à l’éducation, justement, croit Godin. «La conduite, ça demande toutes nos facultés. On a tendance à diminuer les rouages de la conduite et pourtant, une situation problématique peut arriver en une fraction de seconde. Une demi-seconde, c’est 14 mètres de route si tu roules à 100km/h! Un processus d’analyse retardé en conduite peut entraîner une situation dangereuse. C’est à tout ça qu’on doit penser.»

Le coach nous apprend qu’il faut environ quatre ans avant d’expérimenter presque toutes les situations imaginables en conduite automobile. «Les réflexes, ça se développe. C’est aussi vrai pour nos aspirants policiers que pour la population en général. Je crois qu’on se fie malheureusement un peu trop sur la technologie de nos jours.»

Quant à l’avenir de l’industrie des courses, Godin se montre optimiste. «C’est facile de frapper sur une industrie plus faible, mais si vous voulez encadrer les jeunes, ceux qui veulent pousser une voiture, c’est pas mal plus sécuritaire de le faire sur un circuit que dans nos rues.»