Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
Anthony Beauvillier (à gauche) est devenu un incontournable avec les Islanders.
Anthony Beauvillier (à gauche) est devenu un incontournable avec les Islanders.

L’éclosion de Beauvillier

CHRONIQUE / Anthony Beauvillier s’est couché jeudi soir en tête des buteurs de la LNH en séries.

Rien que ça.

Ses deux buts jeudi soir ont achevé la bande de rock stars des Capitals de Washington, que les Islanders ont détruit en cinq petits matchs.

L’ex-vedette des Cataractes revendique six réussites depuis le retour au jeu sur la planète de Gary Bettman. Et une couple de poteaux, dont deux au match numéro quatre. Présentement, il n’y a personne de plus dangereux que lui dans l’enclave.

Facile d’imaginer que le dépisteur qui l’a chaudement recommandé aux Islanders en 2015, Mario Saraceno, affichait un large sourire devant son écran jeudi, les deux pieds sur le pouf. «Pas du tout! J’écoute toujours les matchs debout, derrière mon divan. Et je ne souris pas beaucoup, je suis très concentré! Mais bon, après le match, quand l’adrénaline tombe, je suis plus en mesure de savourer les victoires comme jeudi.»

Saraceno parle d’un véritable travail d’équipe pour expliquer pourquoi les Islanders ont réussi à se frayer un chemin jusqu’en ronde des 8. Il dit la même chose de la sélection de Beauvillier. «Bien sûr je l’aimais beaucoup. J’ai amené mon patron le voir jouer plusieurs fois, et chaque fois Anthony était en grande forme. On l’aimait tous à l’interne, en fait. On lui reconnaissait une énergie incroyable, une belle hargne. Un gars qui fait 90 points dans le junior et qui bloque des lancers, il n’y en a pas des tonnes.»

Ce jour où Beauvillier est devenu un Islanders, en juin 2015, pourrait faire l’objet d’un film. Arrivé au repêchage sans choix de première ronde, le directeur-gérant Garth Snow a fait de la magie et il a repêché Matthew Barzal et Beauvillier. «On peut dire ce que l’on veut de Garth Snow, cette journée fut mémorable. Il a cédé Griffin Reinhart aux Oilers pour ramasser Barzal. Puis, en fin de première ronde, des choix de 2e et 3e rondes ont servi pour ajouter Beauvillier. On voulait les deux, ils avaient développé une belle chimie au championnat du monde des moins de 18 ans. Les dépisteurs, on ne frappe jamais pour ,1000, il faut toujours être humbles. Mais cette fois-là, on a eu une bonne journée. Nous avons une équipe mature, structurée. Barzal et Beauvillier amènent leur enthousiasme, leur bonne humeur. C’est un mariage parfait.»

Beauvillier a mis un certain temps avant de s’adapter à la LNH, même s’il a fait le saut à 19 ans. Il a passé plusieurs matchs sur la galerie de presse, il a même eu droit à un petit détour dans la Ligue américaine. «J’ai toujours gardé confiance. C’est jeune, arriver à 19 ans. Tu regardes son année de repêchage, sans nommer de noms il y a des gars qui ne sont même pas encore arrivés. Il fallait lui donner le temps de prendre un peu de maturité physique, d’apprivoiser son nouvel environnement.»

Et de se calmer un peu les nerfs! «Ce n’est pas un hasard si sur son bâton, il écrit ‘have fun’. Anthony se met tellement de pression pour performer. Il n’y a pas si longtemps, quand il passait deux ou trois matchs sans marquer, il serrait son bâton tellement fort. Il est plus détendu maintenant, ça paraît. Et ça donne de bons résultats. J’avais dit à Doug Weight et j’ai répété à Barry Trotz par la suite qu’à mon avis, il pouvait en donner plus offensivement. Il est train de le démontrer», sourit le dépisteur de carrière, dont le papa avait déniché un certain… Michael Bossy! Autre élément qui réjouit Saraceno, c’est la confiance de Trotz envers son poulain. «Quand tu es un joueur offensif, que tu as 23 ans et qu’un entraîneur comme Trotz commence à te faire confiance en désavantage numérique, pour moi ça en dit long sur son appréciation. Tant mieux, c’est un bon kid. Et tant mieux pour l’équipe.»

«Il ne pouvait manquer son coup»

Martin Bernard a lui aussi relevé à quel point Trotz semble estimer le travail de celui avec qui il a travaillé durant deux saisons et demie chez les juniors.

«Ça prouve à quel point Anthony prend soin des petits détails. Il a atteint un autre niveau récemment, c’est incroyable ce qu’il est en train de démontrer. C’est un jeune de talent, avec le cœur gros comme l’aréna et une éthique de travail exceptionnelle. Je savais qu’il ne pouvait manquer son coup. Sa progression des dernières semaines ressemble beaucoup à ce qu’on avait vu chez les Cataractes entre ses deux premières saisons dans la LHJMQ.»

Barzal a eu du succès dès ses premiers coups de patin avec les Islanders. Beauvillier, lui, a dû piocher pour se mériter une place dans le top 6. «C’est tout à son honneur. Il a sauté des matchs au début, ce n’est jamais une situation évidente. Certains joueurs ont bien du mal à composer avec une situation du genre. Je savais qu’Anthony avait le tempérament pour passer à travers. Il a mangé son pain noir, il n’a jamais cessé d’y croire et de travailler. C’est un beau modèle.»

En passant, Bernard est un fan de Trotz, qui trouve toujours le moyen de soutirer le maximum de son équipage. «Je l’ai rencontré deux fois, ça se voyait qu’il était en mesure de bien communiquer avec ses joueurs. Pour un entraîneur, les Islanders sont l’fun à voir aller. Pour chaque phase du jeu, le plan est clair. Les gars l’achètent. Et les résultats sont impressionnants…»

Un petit détail en terminant: en juin 2015, le Canadien pouvait sélectionner Beauvillier. Même si Marc Bergevin répète souvent que son organisation a de l’appétit pour les Québécois de talent mais que ceux-ci se rendent rarement à son choix, cette fois Beauvillier était dans les estrades lorsque Trevor Timmins a choisi Noah Juulsen. Tito venait d’enfoncer 90 points, Timmins le connaissait très bien. Bon, Juulsen est un défenseur et il a été blessé en cours de route, alors c’est un peu injuste de les comparer mais chose certaine, si tu inverses les deux sélections il y a soudainement un ailier de qualité avec de l’orgueil disponible pour Jesperi Kotkaniemi pour les 10 prochaines années...