Marc Bergevin

Le statu quo ne devrait pas être une option

CHRONIQUE / Le statu quo ne devait pas être une option.

C’est ce qui ressortait du post mortem de Geoff Molson et Marc Bergevin en avril, après la désastreuse campagne du Canadien.

Trois mois plus tard, malheureusement, ça ressemble pas mal à ça. Bon, il y a eu le mal-aimé Alex Galchenyuk et quelques hommes de hockey qui ont passé sous l’autobus mais pour le reste, vous n’aurez pas besoin d’un programme lors du match inaugural en octobre prochain.

Marc Bergevin n’a pas été en mesure de transiger pour éliminer les cratères dans sa formation. Ni de convaincre les meilleurs joueurs autonomes de venir à la rescousse de l’équipe la plus auréolée de l’histoire du hockey. Résultat, il prône la patience, en vantant le groupe de jeunes que le Canadien a réussi à assembler ces dernières années.

Pas de problème avec ce nouvel angle d’attaque. À condition de l’assumer complètement. Ce à quoi renonce le directeur-gérant renonce.

Non, Bergevin ne veut rien savoir d’une reconstruction. Il croit que son groupe, avec une meilleure attitude, peut se battre pour une place en séries. Là-dessus, il a raison. Si Carey Price redevient Carey Price, et si Shea Weber se tient loin de l’infirmerie, le Canadien pourra être de la course. Et c’est un problème! Parce qu’il va en manquer, c’est assez évident quand on regarde les alignements ennemis. Or, être éliminé de la course dans les dernières semaines du calendrier vous accorde un choix au milieu du peloton. Ce n’est pas à cet endroit que tu ramasses un talent générationnel à la Dahlin, Eichel, Matthews ou McDavid.

Shea Weber pourrait rapporter gros au Canadien.

Si le Canadien ne vise pas le court terme, la moindre des choses est de tout mettre en œuvre pour préparer un avenir plus radieux. Ça passe par des sacrifices.

Bon, il semble acquis que Max Pacioretty vit sur du temps emprunté. Il faut espérer que le butin de retour soit constitué de choix et d’espoirs.

Ce serait bête de s’arrêter là. Shea Weber a encore la cote dans la ligue, et son lourd contrat possède un avantage: il n’a pas de clause de non-échange! Ça veut dire que les équipes qui n’ont pas accès à ce genre de joueurs normalement peuvent se le payer. J’imagine très bien Bergevin réussir une belle surenchère pour son gros défenseur droitier. Regardez ce que Ryan O’Reilly a rapporté aux Sabres dimanche, en situation de pression! Non seulement le Canadien pourrait mettre en banque de grosses valeurs mais sans Weber, le mirage des séries va disparaître plus vite.

Il pourrait même être totalement évacué de l’équation si Bergevin marchandait Price dans la même foulée. Mais, pas sûr que ça serait si bénéfique. Oh, il y aurait des acheteurs, ça ne fait aucun doute, malgré ses 84 millions $ qu’il empochera au cours des huit prochaines saisons. Le hic, c’est que Price détient une clause de non-échange complète depuis dimanche. En clair, il contrôle sa destinée. Ça ne veut pas dire qu’il n’accepterait pas une transaction, surtout si Weber et Pacioretty sont monnayés. Ça veut dire qu’il sera très sélectif sur sa prochaine destination, ce qui amputerait le pouvoir de négociation de son patron. Or, quand on voit ce que ce dernier a obtenu pour Subban et Galchenyuk alors qu’il avait les mains libres, ça fait peur d’imaginer ce qu’il accepterait dans de telles conditions.

Et puis, de toute façon, Price est encore jeune pour un gardien. Il pourrait être encore très solide dans trois, quatre, cinq ans quand la nouvelle mouture serait prête à retourner se battre en avant de la parade.

Mais pour retrouver ce statut, le Canadien doit accepter de souffrir pendant deux ans. Les partisans semblent prêts à ça.

Bergevin, lui, sait que son job a été fragilisé par sa feuille de route des dernières années, et c’est probablement la raison pour laquelle il ne veut pas enclencher une vraie reconstruction. Dommage. Car si c’est vrai qu’une reconstruction n’apporte pas de garantie, tu peux être certain que la formule actuelle te condamne, au mieux, à viser les séries. Les fans méritent une équipe qui aspire à la coupe. Il y a tout un univers qui sépare ces deux réalités...

TAVARES, UN VRAI COMPÉTITEUR

Il avait le choix. Il aurait pu aller se la couler douce à San Jose, ou Dallas. Il aurait pu aussi intégrer l’équipe la plus redoutable sur papier, celle du Lightning.

Non, John Tavares a choisi l’équipe de son enfance. Ce qui l’a obligé à laisser plusieurs millions $ sur la table. 

Tavares est bien au courant qu’il débarque dans un marché très exigeant. Il est prêt à vivre avec les bons et les moins bons côtés de cette réalité torontoise. Pour moi, ça prouve qu’il est un vrai compétiteur. Ce n’est pas tous les joueurs qui auraient pris la même décision. 

Rappelez-vous il y a quelques années, Daniel Brière et Vincent Lecavalier s’était servi du Canadien pour se négocier un meilleur contrat ailleurs. Il faut quand même préciser qu’à l’époque, le Canadien n’était pas une puissance comme le sont les Leafs aujourd’hui.

Là-dessus, je suis d’accord avec Marc Bergevin: quand le Canadien sera plus compétitif, les joueurs autonomes seront davantage attirés par la métropole...