Le paranageur Philippe Vachon doit se résigner à voir sa classification passer de S8 à S9.

Le rêve paralympique de Philippe Vachon compromis

Trois-Rivières — Au lieu de viser une médaille à l’épreuve de 400 mètres style libre lors des prochains Jeux paralympiques de Tokyo, le nageur Philippe Vachon doit revoir ses objectifs et plutôt espérer mériter sa place au sein de la délégation qui représentera le Canada lors de cet important rendez-vous.

Jusqu’à ce que les résultats des tests et examens auxquels il a dû s’astreindre, en février dernier en Australie, fassent passer sa cote de handicap de S8 à S9, le jeune homme de 23 ans souffrant de la maladie dégénérative Charcot-Marie-Tooth pouvait même espérer que le chrono de 4 minutes 28 secondes, que son entraîneur Charles Labrie le croit capable de réaliser au cours des prochains mois, aurait pu lui permettre de quitter le pays du soleil levant avec la médaille d’or au cou.

Mais depuis que la classification de son handicap a été révisée à la baisse, cette performance lui permettrait à peine de prendre part à l’événement. Ce revirement de situation a d’ailleurs été très difficile à accepter pour l’étudiant en psychologie à l’UQTR.

«Je l’ai pris vraiment dur. Trois mois avant d’aller en Australie, j’avais parlé avec une dame de Natation Canada qui fait de l’accompagnement d’athlètes dans le processus de classification pour lui demander s’il se pouvait que je monte de catégorie, car les critères avaient changé. Elle m’avait assuré que je ne changerais pas et qu’on allait contester si ça arrivait», raconte l’athlète originaire de Blainville, sur un ton résigné.

Selon son entraîneur, il serait quasiment impossible de faire changer la décision en déposant un protêt, d’où la décision de ne pas avoir recours à ce processus de contestation. Comme son protégé a pris beaucoup de force au cours des dernières années, il a eu de très bons résultats dans certains tests. Jumelés avec le fait que les nouveaux critères ne prennent plus en considération la motricité fine, les gains qu’a faits le nageur grâce à l’entraînement font en sorte qu’un protêt serait inutile.

«C’est vraiment là-dessus (motricité fine) que Philippe est handicapé. Beurrer ses toasts le matin, tenir un crayon ou écrire à l’ordinateur, c’est extrêmement difficile. Le changement de classe fait en sorte qu’il est passé de deuxième au monde à 18e. Ça change la donne», explique l’entraîneur-chef du Club de natation Mégophias.

Il souligne également que cet épisode a été très difficile pour son athlète. C’est un peu pour cette raison qu’il n’a pas été en mesure d’offrir des performances à la hauteur de son talent lors des essais canadiens en prévision des Championnats du monde, qui ont lieu au début du mois d’avril à Toronto.

«Son monde s’est écroulé. Cette semaine-là a probablement été une des pires de sa vie», poursuit l’entraîneur.

Par contre, ce dernier ne regrette aucunement les efforts soutenus du nageur à l’entraînement afin de devenir plus fort et également freiner les effets dégénératifs de sa maladie, et ce, même s’ils ont eu comme effet de contrecarrer quelque peu leurs plans.

«Je ne suis pas le genre de coach qui va dire à son athlète qu’on ne l’entraînera pas pour certaines choses qui le feraient monter de catégorie. Je ne veux pas que dans dix ans, il soit en fauteuil roulant parce qu’on n’a pas travaillé certains groupes musculaires. Mon objectif, c’est qu’il finisse sa carrière et qu’il puisse faire autre chose après», insiste-t-il, avant de déplorer que certains entraîneurs ailleurs dans le monde n’hésitent pas à avoir recours à ces pratiques afin d’arriver à leurs fins.

Encore un peu ébranlé, le principal intéressé assure par contre qu’il compte prendre tous les moyens afin de se relever et continuer son parcours athlétique. Il fera notamment appel à un préparateur psychologique prochainement.

Prochain Objectif: championnats canadiens

Dans sa quête pour réaliser son rêve olympique, le nageur prendra part aux Championnats canadiens, qui auront lieu du 8 au 11 août à Winnipeg. Selon son entraîneur, ce rendez-vous constituera un bon test pour son athlète.

«C’est là qu’il va falloir nager vite. Il faudra qu’il démontre qu’il est dans la game et qu’il est encore capable de performer. L’objectif est qu’il nage en bas de 4 minutes 35 minutes. S’il réussit, je crois qu’on sera en voiture pour aller chercher 4 minutes 28 secondes», prédit Charles Labrie.