Mathieu Loiselle a passé les cinq dernières saisons aux États-Unis.

Le rêve américain de Mathieu Loiselle

Le pari était risqué pour un adolescent de 17 ans. Quitter sa petite vie trifluvienne pour foncer aux États-Unis, jouer au football et un jour évoluer dans la NCAA. Six ans plus tard, Mathieu Loiselle a non seulement réussi son pari, mais il pourrait même aller plus loin.
En 2011, le secondeur qui portait les couleurs de l'Académie les Estacades a arrêté son choix. Il a refusé toutes les offres des équipes collégiales québécoises pour plutôt rejoindre le Vermont Academy, un prep school situé dans l'État du même nom. Malheureusement pour lui, comme le Green Mountain State n'est pas exactement reconnu pour la qualité de son football, il est passé inaperçu aux yeux des recruteurs des centaines de programmes de division 1 de la NCAA, et ce, malgré d'excellentes performances.
Loiselle a donc pris la décision en 2013 de s'inscrire au Collège Wagner, situé à Staten Island, à un jet de pierre de New York. Sans bourse sportive et sans garantie, il a tenté sa chance avec les Seahawks, l'équipe sportive de l'institution, à titre de joueur non recruté (walk-on). Il n'a plus jamais quitté l'équipe, jouant 31 matchs lors de ses quatre premières années à New York.
«Quand j'étais au secondaire, je rêvais de jouer dans la NCAA. J'avais vu ça à la télé et ça m'intéressait. C'est pourquoi je suis parti aux États-Unis. J'avais de bonnes notes, ce qui m'a permis d'avoir des bourses à Wagner, mais pas en football. Plus les années ont avancé et plus j'ai obtenu de bourses athlétiques. Maintenant, j'ai une bourse complète pour le football», raconte-t-il de son appartement à Staten Island.
Les Seahawks évoluent en première division FCS de la NCAA, soit une catégorie en dessous de la FBS et ses mégas puissances telles qu'Alabama, Clemson, Texas, Michigan, Ohio State et autres. Ce qui n'a pas empêché certains programmes FCS de battre ceux de la FBS dans les dernières années, et de voir une multitude de ses joueurs être repêchés dans la NFL.
Une cinquième saison
Les athlètes qui évoluent dans la NCAA ont habituellement droit à quatre années d'éligibilité. Loiselle aura droit à une cinquième, ce qui n'était certainement pas son choix. Lors du premier match de la saison des Seahawks en 2015 face à Rice, il s'est déchiré le ligament croisé du genou gauche. Sa saison était terminée et il venait de perdre une année d'éligibilité. Fort heureusement, la NCAA lui a permis de profiter d'une exemption. Malgré cette bonne nouvelle, sa carrière venait de prendre un pas en arrière.
«Une déchirure du ligament croisé, c'est maintenant une blessure commune. Ta carrière n'est pas terminée, mais tu perds un an de progression parce que tu ne fais que de la réhabilitation. Quand je suis revenu en 2016, j'avais moins de vitesse, de force et c'était plus douloureux. Mais nous sommes vraiment bien encadrés et j'ai pu me remettre. Je suis maintenant à mon meilleur pour la prochaine saison», note le gaillard de 5 pi 11 po et 210 lbs.
Sa dernière campagne universitaire, qui s'amorcera ce samedi, sera d'une importance primordiale. C'est que le nom de Loiselle commence à circuler dans le milieu du football canadien. Le site spécialisé 3downnation.com l'a classé comme le 10e meilleur espoir à évoluer dans la NCAA en vue du prochain encan de la Ligue canadienne de football. Le Trifluvien, qui devrait alterner au poste de partant à sa position en début de saison en plus d'évoluer sur les unités spéciales, espère donc avoir un maximum de temps de jeu afin d'accroître sa visibilité.
«Je ne veux pas trop penser à ce qui s'en vient. Je veux qu'on gagne le championnat de division, participer aux éliminatoires et améliorer ma visibilité. Mais je dois y aller un jour à la fois.»
Le rêve américain sera donc devenu une réalité pour Loiselle. Et s'il pouvait revenir dans le temps et discuter avec le jeune homme qu'il était à 17 ans, que lui dirait-il?
«Je le referais n'importe quand! Le football ici, c'est une religion. Les équipes et les budgets sont plus gros, le livre de jeux est plus sophistiqué et c'est une excellente place pour se développer comme joueur. Mais c'est surtout l'expérience qui vient avec. J'ai vécu à New York pendant cinq ans, j'ai découvert une culture et une langue. Je n'aurais pas pu faire ça au Canada.»