Le Championnat mondial de rallycross devra faire sans la plupart des meilleurs pilotes de la discipline, frustrés de la tournure que prend la série, sous l’égide de ses dirigeants.

Le rallycross en dérapage non contrôlé

COMMENTAIRE / Le rallycross est passé, en l’espace de quelques mois, de l’un des sports automobiles parmi les plus prometteurs à une industrie qui bat de l’aile, le Championnat mondial de la FIA étant plongé au cœur d’une crise dont il ne semble pouvoir s’extirper.

En Europe, certains sites spécialisés vont jusqu’à mettre en doute l’avenir de la discipline. Rien d’étonnant quand on constate la désertion, depuis l’automne, de tous les grands constructeurs automobiles qui avaient dépensé des millions de dollars dans l’aventure. Tour à tour, Ford, Peugeot, Audi et le chef de file Volkswagen ont tous claqué la porte, suivis par la grande majorité des ténors de la série.

Les têtes d’affiche Petter Solberg et Sébastien Loeb, le champion des deux dernières éditions du championnat Johan Kristoffersson et l’excellent Mattias Ekstrom, entre autres, bouderont les activités du calendrier 2019. La plupart d’entre eux se retrouveront au sein d’autres compétitions. Personne n’aurait cru à une telle hécatombe il y a deux ans à peine, alors que le rallycross jouissait d’une belle croissance et que ses dirigeants tablaient sur des ententes avec d’autres constructeurs, histoire d’améliorer la qualité d’un Championnat mondial de plus en plus relevé.

Si les batailles sont monnaie courante sur la piste, les premières mésententes ont probablement émergé en 2017, lorsque la firme IMG, qui régit le championnat, a commencé à parler de son projet de rallycross électrique, qu’il souhaitait instaurer dès 2020. Cela a semblé diviser les pilotes et les constructeurs: certains étaient prêts à emboîter le pas, d’autres non. On craignait que le passage à l’électrique, pour une partie du volet compétitif, dénature l’essence de ce sport.

D’ailleurs, les coûts n’ont cessé d’augmenter dans la série depuis 2014. Comme le rapportait le site québécois Pole Position récemment, un pilote pouvait s’en sortir, moyennant 35 000 $ pour un week-end de courses en 2014, lors de la saison inaugurale. Patrick Carpentier avait notamment bénéficié d’un volant au Grand Prix de Trois-Rivières, où il avait atteint la finale. Deux ans plus tard, il fallait débourser 100 000 $!

Dans les puits, les pilotes déploraient aussi la longueur d’un calendrier éreintant, qui les faisait un peu trop voyager à leur goût. En octobre, la FIA dévoilait la programmation 2019, ponctuée de 11 épreuves sur quatre continents. Finalement, la manche d’Austin, aux États-Unis, a été rayée de l’itinéraire, quelques semaines plus tard. Il reste donc huit courses européennes, celle du GP3R, la dernière de la campagne en Afrique du Sud, sans oublier celle d’Abou Dabi, aux Émirats arabes unis, qui marquera le lancement des hostilités dans un décor qui s’annonce spectaculaire.

La manche d’Abou Dabi se déroulera sur le circuit emprunté à la Formule 1. Voilà un autre aspect qui n’est pas à négliger pour saisir le mécontentement des puristes, habitués aux tracés dits plus classiques. À ce chapitre, il est loin d’être acquis que IMG a gagné son pari en s’installant sur des pistes de F1, métamorphosées pour le rallycross, le temps d’une fin de semaine. Hormis quelques exceptions, dont Trois-Rivières, les succès ont été mitigés sur les «nouvelles pistes».

En parlant du GP3R, on peut se questionner à savoir à quoi ressemblera la grille de départ de l’épreuve principale du week-end rallycross, qui coïncidera avec la 50e édition. Il n’est pas exclu que certaines vedettes décident de prendre un volant. Il n’en reste pas moins que de traverser l’océan Atlantique a un coût pour ces pilotes. Parlant de coûts, Sébastien Loeb ne s’est pas gêné pour viser les dirigeants.

Dans des entrevues livrées au sein de certains médias en Europe, la légende vivante de rallye est d’avis que le championnat de rallycross manque de leadership. «Ce n’est pas normal que la Formule électrique fasse une meilleure promotion que le rallycross, qui devrait être un sport plus excitant pour tout le monde.»

Ces paroles ont choqué le patron de la série, Paul Bellamy, mais elles ont néanmoins été reprises en partie par d’autres pilotes, dont Solberg. Du côté de IMG, on réplique en disant que beaucoup d’argent a été investi pour alimenter les réseaux sociaux et le volet marketing. Bellamy et son groupe restent confiants de pouvoir installer une compétition électrique, en marge des voitures thermiques, pour 2021. Chose certaine, ils sont de plus en plus nombreux à décrier le plan de développement de IMG. Pour d’autres, c’est l’occasion idéale de relancer des équipes privées, plus petites, comme on en voyait beaucoup en 2014. L’une d’elles avait confié un volant à Jacques Villeneuve. Reste que ce ne seront pas les meilleurs pilotes qui seront sur les différentes grilles de départ en 2019.

Contrairement à ses reines sur quatre roues, le Championnat mondial de rallycross est en dérapage non contrôlé. Et malheureusement, à l’instar d’un circuit urbain comme celui de Trois-Rivières, les murs sont proches...