Keith Sanscartier

Le parcours atypique de Keith Sanscartier

À 25 ans, Keith Sanscartier serait l'un des joueurs les plus expérimentés du football universitaire au Québec. Pourtant, il n'en est qu'à sa troisième et ultime saison au sein du circuit! Ayant emprunté un parcours atypique, le demi défensif du Vert et Or de Sherbrooke cogne aux portes de la Ligue canadienne de football, même s'il n'a jamais joué dans les rangs collégiaux.
Il y a trois ans, rien ne prédestinait le Trifluvien à une telle opportunité. En fait, peu de gens le connaissaient dans les sphères du ballon ovale quand il s'est présenté au camp printanier du Vert et Or, début 2015, à l'âge de 22 ans.
C'est que Sanscartier s'est enrôlé dans les Forces armées canadiennes à 17 ans, après avoir obtenu son diplôme d'études secondaires. Par le fait même, il abandonnait le football, sport découvert avec les Lions de l'école Chavigny, sous la férule de Jean Boutet. «J'ai reçu des offres pour le collège sauf que je n'ai jamais hésité, l'appel de l'armée était trop fort. Je voulais servir mon pays.»
Dans les Forces, le jeune homme, membre du 12e Régiment blindé du Canada à Trois-Rivières, a atteint le statut de caporal. «J'effectuais des missions internes, voyageant entre Trois-Rivières, Valcartier et le Nouveau-Brunswick.»
Sanscartier a adoré son expérience, mais à 21 ans, un retour aux études se précisait, bien qu'un emploi à temps plein l'attendait probablement dans l'armée.
«Je me suis inscrit en administration à l'UQTR en septembre 2014. À cette époque, le football me manquait de plus en plus. Des amis comme [le quart-arrière] Mathieu Loranger évoluaient dans le réseau universitaire. Sachant de quoi j'étais capable, ils m'ont convaincu de tenter ma chance.»
Jusque-là, le football n'occupait qu'une place marginale dans son quotidien, c'est-à-dire deux saisons avec le Phénix de Trois-Rivières, une équipe senior.
Au printemps 2015, Sanscartier a enfin eu la chance de prouver son potentiel avec le Vert et Or. Il n'a pas déçu les entraîneurs de Sherbrooke au camp de sélection.
«Tant qu'à étudier à l'université, pourquoi pas jouer au football! J'ai donc poursuivi mes études à Sherbrooke en sachant que je pourrais renouer avec le foot. Je conciliais le meilleur des deux mondes.»
De parfait inconnu à son arrivée, il est devenu un des leaders du vestiaire, transporté par sa bonne humeur contagieuse. Encore aujourd'hui, il brandit souvent le drapeau aux couleurs de l'équipe lors de sa rentrée sur le terrain.
Cauchemar
À deux jours du début de la saison en 2015, tout s'écroule. Sanscartier subit une déchirure de stade trois à un muscle ischio-jambier. Un premier claquage à vie qui l'a contraint à rater toute la campagne. «Je participais aux activités de l'équipe, mais ce fut difficile d'être tenu loin de l'action.»
En 2016 au camp d'hiver, le Trifluvien a subi une autre blessure, cette fois au genou. Encore une déchirure. «J'ai pensé tout lâcher, mais les entraîneurs m'ont encouragé à rester.»
Le retour
Bonne décision, car il a pu participer aux matchs de l'équipe à l'automne. Étiqueté d'abord comme réserviste, il s'est imposé comme partant sur l'unité défensive. Depuis, il n'a cessé de prendre du galon.
Au dernier gala du Vert et Or, on lui a attribué le mérite du retour de l'année. Puis, cet été, les Alouettes de Montréal le récompensaient avec une bourse, en guise de soutien à la réussite académique. «Ado, je n'étais pas le plus sérieux à l'école, c'est tout un changement», admet-il en riant.
Petite déception il y a quelques mois, quand les équipes de la Ligue canadienne de football l'ont ignoré au repêchage amateur. Il avait pourtant été invité à un camp du Rouge et Noir d'Ottawa. Là-bas, il a passé avec éclat le test des 40 verges à la course, en 4,49 secondes. C'est très rapide.
Son nom circule de plus en plus dans les conversations des recruteurs de la LCF. Il est d'ailleurs plus surveillé que l'an dernier.
Dérogation
Cet hiver, le Vert et Or a dû demander une dérogation pour permettre à Sanscartier d'évoluer une dernière année dans le réseau universitaire, en raison de son âge.
Un moment stressant qui s'est soldé par un grand soulagement, U Sports acceptant d'accorder ce privilège au demi défensif. Son service militaire a pesé dans la balance, au bonheur de son entraîneur à Sherbrooke Mathieu Lecompte.
«C'était le premier dossier sur mon bureau à la rentrée, mentionne le grand manitou du Vert et Or. Keith, c'est le joueur que tu veux dans ton vestiaire. Il est toujours souriant et est capable d'autodérision. Sur le terrain, il est dur avec son corps. C'est un gars rapide et physique, il a tous les attributs pour continuer à cheminer dans le football.»
C'est le prochain objectif du numéro 23: joindre les rangs de la LCF. Jusqu'ici, il se classe parmi les meneurs pour le nombre de plaqués réussis dans la ligue universitaire.
«J'ai confiance de signer un contrat comme agent libre en 2018. Sinon, je pourrais retourner dans l'armée, peut-être comme officier.»
Avec sa discipline de fer, toutes les portes lui sont désormais ouvertes.