Domenic Mazza peut se vanter d’avoir réussi un match parfait alors qu’il faisait ses classes dans l’organisation des Giants de San Francisco.

Le match parfait de Domenic Mazza

TROIS-RIVIÈRES — Un match parfait au baseball, c’est le rêve de tous les lanceurs. Retirer 27 frappeurs de suite pour entrer dans la légende, voilà ce qu’a accompli au printemps 2017 le gaucher Domenic Mazza, un des nombreux nouveaux joueurs à se greffer au noyau des Aigles en vue de la saison qui s’amorce vendredi.

Adolescent, Mazza combinait ses deux passions, le golf et le baseball, deux sports qu’il pratiquait dans sa Californie natale. Il a grandi à moins d’une heure de San Francisco.

À 16 ans en 2010, il s’est retrouvé sous les projecteurs en devenant vice-champion au Championnat mondial du concours de distance au golf, s’inclinant en finale devant un Britannique pas mal plus lourd que lui. Les balles voyageaient souvent sur plus de 400 verges! Le record de Mazza? 436 verges!

«C’est l’un de mes grands moments de sport en carrière», confie le lanceur partant, admettant qu’il a dû faire un choix entre le golf et le baseball.

Un article du San Francisco Chronicle raconte que Mazza a refusé un prix de 70 000 $ découlant de sa participation au Championnat de golf, afin de conserver son statut d’amateur, question de pouvoir jouer au baseball à l’université. Le temps allait lui donner raison.

Tim Tebow... avant la perfection

Domenic Mazza n’est pas le lanceur le plus puissant. Sa rapide n’atteint pas les 90 miles à l’heure. En échange, il mise sur un arsenal de tirs pour déjouer les frappeurs: la glissante, la balle courbe et le changement de vitesse en font partie.

En 2015, les Giants de San Francisco, le club de son enfance, réalisaient son rêve de gamin, alors qu’ils le repêchaient en 22e ronde.

«Mes parents étaient heureux, ils n’ont pas eu à changer d’équipe», sourit Mazza, qui a donc cheminé dans le réseau affilié des Giants.

Après une prometteuse saison en 2016, il a attiré l’attention nationale aux États-Unis en avril 2017, quand il est devenu le premier lanceur à accorder un circuit à Tim Tebow dans les ligues mineures.

Pour ceux qui l’ignorent, Tebow est ce quart-arrière de football à la personnalité excentrique, rendu célèbre pour ses exploits dans les rangs universitaires, ses victoires à l’arraché dans la NFL ainsi que ses convictions religieuses.

Tebow est un joueur de baseball des ligues mineures chez les Mets de New York depuis 2016. Les images de son premier circuit avaient fait le tour de l’Amérique... au grand dam de Mazza, invité bien malgré lui à commenter «l’exploit» de Tebow sur certaines tribunes radiophoniques.

La rédemption

Le hasard fait parfois bien les choses. À peine quelques jours plus tard, Mazza écrivait l’histoire pour les bonnes raisons.

Lors d’un match présenté à Lexington au Kentucky, l’espoir des Giants, alors un membre des GreenJackets d’Augusta, réussissait un match parfait de 85 lancers dans une victoire de 9-0.

C’était la première fois dans l’histoire de la Ligue mineure South Atlantic qu’un tel exploit se concrétisait. «Une journée parfaite», se remémore Mazza avec le sourire. «Mon voltigeur de droite avait sauvé deux coups sûrs en fin de match, je lui dois beaucoup pour ça. Plus j’y pense, plus je réalise que c’est spécial ce qui est arrivé, ce soir-là.»

Et comment! Le site web Baseball Reference, la Bible des statistiques, indique qu’il y aurait eu 183 matchs parfaits dans les rangs mineurs depuis 1887. Pour le Baseball majeur, on en compte officiellement 23, dont celui de Dennis Martinez avec les Expos, en 1991.

Un moment partagé à distance

Alors qu’il célébrait son match parfait à des milliers de kilomètres de San Francisco, Domenic Mazza ignorait que les Giants lui réservaient, au même moment, un hommage mérité sur l’écran géant, durant un match au AT&T Park.

«Ils en on fait mention sur l’écran, avec ma biographie et ma photo. Ma sœur était dans les gradins, c’était fantastique!»

Dans les heures suivant cette partie mémorable, Mazza s’est de nouveau retrouvé au cœur de l’attention médiatique. Le directeur général des Giants à l’époque, Bobby Evans, lui a téléphoné pour le féliciter. «À ce moment, tu ne peux faire autrement que de croire en tes chances. Je me disais que mon temps viendrait, que j’aurais l’occasion, un jour, de lancer dans le Baseball majeur.»

Mazza a notamment été promu au niveau A fort à la fin de la saison, du côté de San Jose. L’année suivante, il a malheureusement raté une moitié de la campagne en raison d’une blessure au dos. Il n’a plus été le même par la suite.

«Je suis arrivé au camp d’entraînement des Giants cette année avec une confiance renouvelée, je me sentais bien. Par contre, l’équipe n’avait plus de place pour moi, alors j’ai été libéré.»

Un troisième partant

Mazza est donc arrivé à Trois-Rivières dans le but de retrouver ses repères et de prouver qu’il a encore l’étoffe d’un lanceur partant de qualité. Chez les Aigles, il risque de devenir le troisième partant de la rotation, derrière Kevin McNorton et Chris Murphy. Il lancera dimanche, contre les Capitales de Québec.

«Je connais peu de choses sur la ville, mais le gérant T.J. Stanton m’en a dit beaucoup de bien. Je sais que les Reds de Cincinnati avaient une équipe de niveau AA ici, il y a plusieurs années. J’espère connaître du succès à Trois-Rivières.»

Et si l’envie de jouer au golf lui prend, il aura l’embarras du choix avec tous les clubs de la région!