Est-ce que les fans accepteront de s’entasser à nouveau dans les arénas après la fin de la pandémie?

Le hockey junior en mode survie

CHRONIQUE / Prenez une photo du classement général de la LHJMQ.

Il se pourrait bien qu’à la reprise des activités, dans quelques mois, la composition de la ligue soit différente.

Même si Gilles Courteau a dit le contraire lors de sa conférence téléphonique avec les médias mardi matin. «Je suis confiant que les 18 concessions seront toujours là. Très confiant», a-t-il martelé.

Comme commissaire, il se devait évidemment d’être rassurant. Les mathématiques le sont moins.

Il est de notoriété publique que sa ligue est divisée en trois clans. Un tiers des marchés font des profits, un tiers se maintient à flot et un autre rédige ses bilans financiers à l’encre rouge. Les deux derniers groupes, qui composent 66 % des effectifs de la ligue, s’échangent des équipes d’une année à l’autre, en fonction des cycles de chacun. Une grosse année sert à en éponger deux plus difficiles, normalement…

Cet équilibre fragile est menacé. D’abord parce que les revenus des séries sont déterminants dans le casse-tête. Un match au printemps, c’est entre 30 000 et 60 000 $ de revenus pour les petits marchés. Ça va vite! Une ronde, et tu touches les six chiffres…

Cette manne a été engloutie par la COVID-19 cette année. Cette énorme perte ponctuelle va faire mal dans certains marchés à risque. Très mal. Si c’était le seul obstacle, peut-être que ces marchés pourraient se serrer encore plus les coudes pour passer à travers. Mais justement, l’après COVID-19 ne s’annonce pas hyper réjouissant.

Perte de revenus à prévoir

Contrairement à la LNH, le hockey junior ne peut s’appuyer sur de gros contrats de télédiffusion pour gonfler ses revenus. Il y a quelques éléments – notamment la Coupe Memorial et l’entente avec la LNH (qui vient à échéance dans quelques semaines) - qui amènent un peu d’eau au moulin, mais ça reste minime comme portion du budget d’opérations. Ce sont les billets vendus, ainsi que les revenus de loges et de commandites qui sont déterminants.

À ce sujet, il y a des inquiétudes légitimes. Après tout, cette pandémie affecte tous les secteurs d’activités. La Bourse a plongé, les pertes d’emplois se comptent par milliers au pays. Imaginez comment peuvent souffrir les PME…

Quand la tempête sera passée, restera-t-il des sous dans les poches des amateurs pour se payer des billets de saison? Seront-ils craintifs de se rassembler encore en masse dans des arénas? Il y a quatre pouces qui séparent les bancs du Centre Gervais Auto!

Ça s’annonce encore plus délicat pour les commanditaires. Avant de reprendre leur rythme de croisière, les entreprises vont avoir besoin de temps. Difficile de croire que la priorité, ce sera de louer une loge ou de se payer une publicité sur une bande…

Courteau est bien conscient de tout ça, j’imagine. Pas pour rien qu’il a dit mardi matin «que le modèle d’affaires» devra être revu. C’est bien d’anticiper ce qui s’en vient. Mais ce qui est inquiétant, c’est qu’il n’y a pas énormément de solutions.

La seule à portée de main, c’est un système de partage de revenus plus étoffé. Présentement, il y a un mécanisme en place, mais ce sont des pinottes. La Ligue ne veut même pas en dévoiler la teneur, ça en dit long sur sa portée. Ce qui est clair, c’est qu’il y a des sommes mises en commun pour payer des services mais sinon, c’est chacun ses patates frites.

Ça fonctionnait avant la COVID-19. La preuve, même si certains clubs tirent de la patte, il y avait de la parité sur la glace, et de la stabilité au sein des équipes. Si la crise s’étire, bonne chance pour maintenir le statu quo.

«Nous sommes en mode survie. La ligue est en mode survie, les équipes sont en mode survie, les propriétaires des équipes dont la très grande majorité sont des PME sont en mode survie dans leurs entreprises. Si ça se règle en mai ou en juin, tout le monde pourra probablement passer à travers. Si ça va à l’automne, ou même plus loin, le portrait va changer», avertit un membre du bureau de direction d’une équipe, en ajoutant que les partenaires autour de la table lors de l’appel-conférence de lundi avaient exprimé bien des inquiétudes.

Dans le fond, la situation de la ligue n’est pas différente des autres secteurs d’activités. On saura véritablement à la fin de cette fichue pandémie comment tout ça va se terminer.

En attendant, si vous êtes préoccupés par l’avenir de la LHJMQ telle qu’on la connaît actuellement, ne vous fiez pas trop au discours de Courteau. Vous pourriez être déçus.