Marc-Antoine Boucher est aujourd'hui aux prises avec une commotion cérébrale

Le hockey du bon vieux temps est dépassé

Le hockey senior a encore eu droit à un oeil au beurre noir vendredi soir dernier à Louiseville.
Mon collègue Steve Turcotte a rapporté en long et en large, lundi dans ces pages, les incidents qui ont marqué le match entre le Bellemare et le Blizzard de Saint-Gabriel. Pour ceux qui n'ont pas eu l'occasion d'en prendre connaissance, rappelons que Marc-Antoine Boucher a été sournoisement attaqué par derrière par Michaël Dupuis et que ce dernier lui a asséné près d'une vingtaine de coups de poing alors que Boucher n'était pas en mesure de se défendre.
Les officiels ont mis beaucoup de temps à intervenir parce que d'autres échauffourées prenaient place sur la patinoire en même temps. Il faut voir les images (la séquence est disponible sur le site web du Nouvelliste) pour comprendre à quel point cette attaque était gratuite, déplacée, inutile et... préhistorique.
Après la rencontre, Marc-Antoine Boucher a porté plainte à Sûreté du Québec. Il faudra voir de quelle façon la justice traitera cette affaire. On est quand même pas loin de l'agression, là!
Les dirigeants de la Ligue de hockey senior A de la Mauricie, et c'est tout à leur honneur, ont rapidement réagi après les incidents en suspendant indéfiniment l'agresseur. Lundi matin, le président Alain Beauchamp a ajouté que Michaël Dupuis ne jouera jamais plus dans la LHSAM puisqu'il sera suspendu à vie l'été prochain. Bon, on va attendre de voir le libellé définitif de la sanction avant d'encenser les dirigeants de la ligue... au cas où ils changeraient d'idée une fois les événements oubliés et enterrés.
Si la LHSAM a, somme toute, bien réagi, on ne peut en dire autant de l'entraîneur du Blizzard. Dans une logique vraisemblablement néandertalienne, Serge Roch a raconté que le Bellemare était en partie responsable du triste sort réservé à Marc-Antoine Boucher parce que ses coéquipiers n'avaient pas quitté leur banc pour se porter à sa défense. Wow!
C'est parce qu'il existe encore des entraîneurs comme Serge Roch que des incidents comme celui-là surviennent inlassablement. Des entraîneurs qui continuent de sacraliser la victoire au bout du poing, de défier les redresseurs de torts, de regretter le bon vieux temps quand le hockey n'était pas fait pour les mauviettes et que seul le sang apaisait l'appétit des amateurs.
Bien sûr, il y en a encore de ses amateurs. J'entendais Gaétan Boucher - oui, oui, l'olympien- parler de son expérience de vendredi dernier, à Louiseville, aux Amateurs de sports lundi soir. Ce très grand athlète de l'histoire du Québec n'en revenait tout simplement pas de s'être fait insulter et menacer par des partisans de Saint-Gabriel lorsqu'il est allé s'enquérir de l'état de santé de son fils près de la patinoire. On ne le voyait pas comme un père inquiet, mais bien comme un ennemi! Très édifiant, en effet...
Où donc tout ça s'arrêtera-t-il? Gaétan Boucher espère, dans le cas de son garçon, que c'est maintenant terminé, qu'il n'a rien à gagner à jouer dans une ligue senior où les contacts et les bagarres sont permises considérant qu'il doit gagner sa vie en dehors du hockey et que sa famille a besoin de lui.
Est-ce que d'autres parents, d'autres conjoints vont inciter leurs proches à s'imposer la même réflexion? C'est à souhaiter parce que ce ne sont pas les Serge Roch de ce monde qui vont le faire. Ceux-là sont bien trop contents de naviguer dans un univers où frapper avant de réfléchir est la norme, comme au far-west.
Vraiment, il est temps que la justice mette son pied à terre et fasse le ménage dans ce monde d'une autre époque. Qu'on laisse les joueurs de talent s'exprimer dans un cadre où ils ne se sentiront pas menacés par des imbéciles sur patins incapables de contrôler leurs pulsions destructrices.
Quant aux amateurs en manque de coups de poing, on leur suggère de fréquenter les gymnases et de se défouler sur des sacs de sable. L'entraînement, ça épuise, mais ça aide aussi à éclaircir les idées!