Richard Martel n'entendait pas à rire samedi au Colisée. Ce qu'il a vu sur la glace lui a grandement déplu, d'où les suspensions décernées aux joueurs et aux entraîneurs des Draveurs et des Marquis.

Le commissaire de la LNAH sermonne les Draveurs

L'arrivée de Richard Martel à la tête de la Ligue nord-américaine de hockey signalait le début d'importants changements et les partisans n'ont pas eu à attendre au début de la saison régulière pour s'en rendre compte. À la suite de débordements, la LNAH a décerné un total de 46 matchs de suspension aux Draveurs de Trois-Rivières et aux Marquis de Jonquière.
Tommy Bolduc est celui qui paiera le plus pour ses gestes. Il a écopé d'une suspension de 18 matchs.
Les gestes reprochés aux deux équipes se sont déroulés lors du premier match hors-concours, samedi soir au Colisée de Trois-Rivières. Avant même le début de la rencontre, Tommy Bolduc, qui effectuait un retour dans l'alignement trifluvien après une absence d'un an, s'en est pris à Steven Oligny en traversant la ligne rouge. Un deuxième combat a éclaté entre Sébastien Laferrière et Hubert Poulin. Tout ça, alors que les arbitres n'étaient pas encore sur la glace.
Or, Martel était bien installé dans les hauteurs du vieil aréna lorsque la scène s'est produite et il a rapidement compris qu'il se devait de passer un message retentissant.
«Il y a une chose de bien claire et que quelques équipes n'ont pas encore saisie, c'est que cette ligue va changer. Les débordements, nous n'en avons pas besoin. Cette ligue a besoin de crédibilité. Si nous ne sommes pas reconnus nulle part, c'est qu'il y a des stupidités dans cette ligue. Chaque fois qu'on entend parler de la LNAH, ce n'est jamais pour les bonnes raisons. Quand j'ai été nommé commissaire, tout le monde a su ma philosophie. Des choses qui arrivent dans le réchauffement, nous n'acceptons plus ça.»
La soirée ne faisait que commencer. Comme tout ce brouhaha s'est produit durant la période d'échauffement, les quatre hommes ont pu participer au match. Les choses ne se sont guère améliorées. Avec un peu plus d'une minute à faire en première période, les quatre joueurs ont remis le tout en jetant les gants, chacun écopant d'une pénalité d'agresseur en plus de se voir indiquer le chemin des douches.
Résultat des courses, Bolduc est celui qui payera le plus pour ses gestes. Il a écopé d'une suspension exemplaire de 18 matchs, alors que son coéquipier Laferrière sera hors de l'action pour cinq rencontres. Ensemble, ces deux joueurs n'avaient disputé que 10 parties la saison dernière dans la LNAH. Des durs à cuire qui patinent sur la bottine, Martel n'en veut plus.
«Pour ceux qui ne veulent pas s'ajuster, ils n'ont qu'à aller dans la Ligue senior de la Mauricie (LHSAAAQ). C'est ce qui me mêle: ils pourraient aller dans cette ligue et faire beaucoup d'argent. Nous voulons être une ligue avec de bons joueurs, qui jouent de manière robuste avec des batailles de temps en temps. On ne veut pas des joueurs qui ne cherchent que ça. Je ne peux pas croire que j'ai dirigé dans cette ligue l'an passé et qu'il y avait encore des gars qui ne savaient pas patiner, qui n'attendaient que pour se battre. On sera très sévère», prévient l'ancien pilote des Marquis, qui ont vu Poulin et Oligny être pénalisés pour un total de cinq et quatre parties respectivement.
Bolduc n'est pas le seul à subir les foudres du nouveau commissaire. L'entraîneur adjoint des Draveurs, Dannick Lessard, écope de 10 matchs de suspension. Quant à l'entraîneur-chef Alain Côté, il ratera la partie de vendredi à domicile contre Thetford Mines, tout comme son autre adjoint, Alain Gardner, suspendus une et deux rencontres chacun. Chez les Marquis, le pilote Benoît Gratton écope d'un match de suspension.
«J'ai fait la très forte recommandation à mon préfet de discipline de vérifier les antécédents de chaque entraîneur et il a agi en ce sens», lance-t-il à propos de Lessard.
C'est donc Étienne Boileau, le nouveau propriétaire des Draveurs, qui sera derrière le banc vendredi contre Thetford Mines. La formation trifluvienne a refusé de commenter les suspensions, mais se dit à la recherche d'un entraîneur à temps partiel pour vendredi.
Une ligue en perdition
Martel le sait trop bien, la LNAH se cherche depuis une dizaine d'années, incapable de se réinventer. Les bagarreurs sont bien moins nombreux à la sortie du hockey junior qu'ils ne l'étaient dans les années 1990 et les amateurs de combats ont quitté les arénas ou migré vers le hockey senior.
La réputation de la ligue est toutefois restée, si bien que les familles ne se sont pas intéressées au produit. C'est sans oublier que sur le plan marketing, la LNAH accuse des années de retard sur ce qu'on voit dans la LHJMQ. Un manque de publicité positive qui a effrayé les annonceurs, mais aussi les médias.
«Pourquoi est-ce qu'on ne voit pas nos résultats à RDS ou TVA Sports, se questionne Martel. Je pense qu'il faut s'apercevoir que cette ligue est dans un déclin. Les mentalités doivent changer parce que cette ligue ne tiendra pas. À une époque, les joueurs robustes étaient très populaires et on ne parlait pas des commotions cérébrales et des séquelles. Aujourd'hui, les gens sont tannés de ce spectacle.
«On doit montrer qu'on est capable de jouer de manière extrêmement robuste, mais avec qualité. On a des joueurs qui ont joué dans la LNH qui veulent jouer avec nous, mais tout le monde est tanné de ces débordements. Il y a des commanditaires qui sont prêts à venir avec nous, mais pas à n'importe quel prix.»