Le vieux Colisée de Trois-Rivières
Le vieux Colisée de Trois-Rivières

Le Climatisation Cloutier et la Ville ne s’entendent pas

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le déménagement de l’équipe de hockey senior de Cap-de-la-Madeleine vers le vieux Colisée pourrait ne jamais se concrétiser. Insatisfaits de ce que leur propose la Ville de Trois-Rivières comme alternative à la démolition de l’aréna Jean-Guy Talbot, les propriétaires du Climatisation Cloutier évoquent la possible disparition de la franchise.

Des personnes gravitant dans l’entourage du club madelinois ont partagé un message, lundi sur les réseaux sociaux, pour critiquer la situation et lancer un appel aux conseillers municipaux. Selon eux, les négociations n’ont pas permis de trouver un terrain d’entente afin de répondre aux besoins de l’équipe, ce que réfute fermement la Ville.

Cohabitation

Il était acquis depuis plusieurs mois que le Climatisation Cloutier déménagerait au Colisée du parc de l’Exposition. Ses dirigeants ont toutefois cru avec raison que les Patriotes, actuels locataires de la bâtisse, s’installeraient au nouveau Colisée du District 55 dès l’ouverture de celui-ci.

C’est plutôt le groupe désirant amener à Trois-Rivières une formation professionnelle de la Ligue ECHL qui s’est entendu avec la Ville pour l’occupation de l’amphithéâtre, à partir de septembre 2021. Les Patriotes, eux, ont confirmé qu’ils resteraient au moins une année de plus dans le vieux Colisée (2020-21), où ils sont depuis longtemps établis.

L’équipe de l’UQTR mise évidemment sur une part substantielle des revenus reliés aux concessions alimentaires ainsi qu’à l’affichage sur les bandes de la patinoire.

Le hockey mineur de Trois-Rivières fait aussi partie de l’équation. Entre donc dans la danse une troisième entité, le Climatisation Cloutier, qui a, selon l’un de ses propriétaires Yves Tremblay, des exigences pour assurer le bon fonctionnement de ses opérations dans la Ligue de hockey senior AAA du Québec (LHSAAAQ).

Le coût des heures de glace au centre d’un différend

L’homme d’affaires, copropriétaire avec Patrick Casault, estime qu’il manque entre 4000 et 6000 $ pour conclure une entente entre son club et les instances municipales.

Tremblay et Casault proposent à la Ville de payer 100 $ de l’heure pour la location du vieux Colisée pendant le camp d’entraînement et un forfait de 500 $ par partie locale en saison. Dans la LHSAAAQ, les clubs disputent une dizaine de matchs de calendrier régulier au cours d’une année.

L’offre de la Ville suggère plutôt des montants respectifs à débourser par le Climatisation Cloutier de 250 $ de l’heure (camp d’entraînement) et 750 $ par joute, montants approuvés par les élus du conseil municipal.

«On veut se rapprocher le plus possible de ce que nous avions comme entente à l’aréna Jean-Guy Talbot, d’autant plus que nous allons perdre un peu de notre âme en quittant le Cap-de-la-Madeleine», explique Yves Tremblay, qui négociait à l’époque avec la direction du Complexe sportif Alphonse-Desjardins pour l’occupation de l’édifice.

Le hic, c’est que le Climatisation Cloutier n’est plus l’occupant principal de l’aréna où il doit bientôt s’installer. Les pourparlers entourant le partage des concessions alimentaires et des bars ainsi que l’affichage sur les bandes avançaient dans la bonne direction, mais l’équipe senior souhaitait une aide additionnelle de la Ville, si celle-ci ne se transformait pas en forfait, tel qu’expliqué plus haut.

L’aréna Jean-Guy Talbot, domicile du Climatisation Cloutier, sera démoli au début de 2021.

«Parce que ça coûtera cher, déménager les pubs de Talbot vers le vieux Colisée. Nous avons une trentaine de bandes, autant payantes que des contrats d’échanges. On estime le montant nécessaire à 12 ou 15 000 $, pour refaire ces publicités et notre affichage.»

La Ville réplique

À la Direction de la culture, des loisirs et de la vie communautaire, la directrice Sophie Desfossés ne comprend pas l’idée derrière la publication partagée sur les réseaux sociaux par des membres de l’organisation.

«Je suis sidérée que ça se revire contre nous, même que j’ai l’impression qu’ils veulent se servir de ça pour fermer le club et nous en faire porter l’odieux. Le règlement de tarification est clair et il a pour but d’être équitable envers tous les contribuables. Un tarif forfaitaire, on n’accepte plus ça», répond-elle.

«La Ville veut garder l’équipe senior à Trois-Rivières. Nous n’aurions pas travaillé à une entente si cela n’avait pas été le cas.»

Ce que la Ville propose sur le plan financier, explique Sophie Desfossés, se divise en trois volets totalisant 28 800 $. On parle de 10 000 $ pour les opérations générales (réaménagement du vestiaire des défunts Draveurs), d’un montant identique pour l’aide en publicité et en affichage ainsi que plus de 8000 $ pour compenser les pertes de revenus occasionnées par le partage des concessions et de l’espace d’affichage.

«Les propriétaires de l’équipe doivent comprendre qu’ils ne peuvent avoir l’exclusivité au vieux Colisée, pas dans le contexte actuel. D’ailleurs, les Patriotes et le hockey mineur collaborent dans ce dossier», tient à souligner la directrice des loisirs.

Yves Tremblay assure ne pas en vouloir aux Patriotes ni au hockey mineur de Trois-Rivières. C’est l’offre de la Ville qu’il juge insuffisante. Comme il l’a fait par le passé, il remet aussi en question «l’urgence» de quitter l’aréna Talbot.

«Pourquoi ne pouvons-nous pas commencer notre saison chez nous alors que pour le hockey mineur du Cap, c’est correct? L’aréna est moins dangereux pour eux?»

Problème de chambre

Tremblay n’est pas chaud à l’idée du partage de certaines installations, près de la future chambre du Climatisation Cloutier.

«On ne parle pas d’une chambre permanente, mais semi-permanente. On ne peut pas arriver le vendredi et quitter le dimanche, ça n’a aucun sens! À Talbot, on a nous-mêmes rénové des chambres. On a transformé une salle de conférence en salon VIP. Nous sommes déçus, car on ne se sent pas traités comme une organisation majeure.»

Sophie Desfossés persiste et signe. «J’ai pris la peine de faire le tour du Colisée avec eux, de leur expliquer ce qu’on pourrait ajouter afin de les accommoder avec les concessions. Quant à la chambre, ils ne peuvent pas être des résidents permanents avec 10 matchs par année. À la Ville, on est d’abord mandatés pour répondre aux besoins des jeunes du hockey mineur.»

La directrice comprend qu’il y a beaucoup d’impondérables et que la situation commande que les différentes organisations mettent un peu d’eau dans leur vin. «Mais le déménagement au vieux Colisée, c’est aussi l’occasion d’augmenter le nombre de partisans à leurs matchs. Nous, on ne ferme pas la porte au hockey senior.»

La Ville espère une réponse du Climatisation Cloutier d’ici le 15 août. L’équipe madelinoise devra, de toute manière, statuer sur son avenir dans les prochains jours.