Le nouveau Colisée de Trois-Rivières.

Le chemin sinueux de la NCAA

TROIS-RIVIÈRES — L’idée de voir des équipes de hockey d’universités américaines comme Minnesota State, Ohio State, Notre Dame ou encore Michigan State dans le nouveau Colisée de Trois-Rivières a de quoi faire rêver. Avec l’espoir de s’établir dans ce nouvel amphithéâtre en construction, les Patriotes misent beaucoup sur d’éventuels matchs hors concours entre l’UQTR et des équipes de la NCAA. Cela représente toutefois d’importants défis, tant organisationnels que financiers.

Alors que les élus du conseil municipal de Trois-Rivières se préparent à décider qui seront le ou les futurs locataires du nouveau Colisée, Le Nouvelliste s’est intéressé sur la possibilité d’y présenter des matchs avec des équipes de la NCAA. D’éventuelles rencontres avec des universités américaines ont été évoquées par le clan des Patriotes de l’UQTR. Parallèlement, le promoteur Dean MacDonald a proposé d’établir à Trois-Rivières une franchise de la ECHL.

La saison régulière d’une équipe universitaire comme les Patriotes ne compte que seize matchs à domicile. Cela représente peu d’utilisation pour un amphithéâtre sportif de 60 millions $. Le comité de relance des Patriotes, piloté par le directeur général du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre, propose donc de présenter chaque année des matchs hors concours contre des équipes de la NCAA ainsi que des tournois regroupant des universités canadiennes et américaines. Cela pourrait faire passer à 24 le nombre de matchs disputés au Colisée.

L’idée est excellente, car le circuit universitaire américain a fait éclore nombre de talents ces dernières années. Toutefois, les règles encadrant les matchs hors concours des équipes de hockey américaines de division 1 sont plutôt strictes, comme le rappelle au Nouvelliste Michelle Brutlag Hosick, directrice associée aux communications à la NCAA. C’est possible, mais convaincre des équipes s’annonce être une tâche ardue.

«Dans le hockey, les équipes de la division I peuvent jouer chaque année une ou plusieurs rencontres au Canada ou au Mexique qui comptent dans leur classement», mentionne Michelle Brutlag Hosick.

Comme une équipe de la NCAA n’a que 34 rencontres dans une saison régulière, les matchs disputés contre cette équipe doivent donc faire partie de la fiche officielle de l’équipe. Est-ce que les universités américaines vont accepter de venir à Trois-Rivières et risquer de nuire à leurs chances dans la course au Championnat national?

Il est aussi possible pour une équipe de hockey de la NCAA, précise Michelle Brutlag Hosick, de jouer une partie hors concours contre une équipe étrangère, mais il est impossible que le Colisée de Trois-Rivières en bénéficie.

«Un match par an disputé aux États-Unis avec un adversaire étranger peut être exclu du calcul du maximum de matchs qu’une équipe de hockey sur glace peut jouer par année», affirme la directrice associée aux communications de la NCAA.

Selon les règles établies par la NCAA, il est très difficile pour une équipe de jouer contre une université canadienne. Une équipe américaine a toutefois la possibilité une fois au quatre ans d’effectuer un voyage culturel dans un pays étranger. Les Patriotes pourraient alors convaincre des équipes à faire ce voyage au Québec afin de tenir quelques matchs hors concours.

Dave Noël-Bernier est entraîneur adjoint pour l’équipe de hockey les Mavericks de l’Université Nebraska Omaha, dans le Nebraska. Ce programme, qui a été choisi par quelques hockeyeurs de la région comme le défenseur du Vert et Or Joakim Lemay, évolue dans la division 1 de la NCAA dans la National Collegiate Hockey Conference (NCHC) qui regroupe des universités du Colorado, de l’Ohio, du Dakota du Nord, du Minnesota et du Michigan. Il estime que les défis auxquels devront faire face les Patriotes s’ils tentent d’organiser des matchs contre des équipes de la NCAA, même si ceux-ci sont hors concours, sont très grands. Des démarches ont déjà été entreprises par l’UQTR pour attirer Nebraska Omaha à Trois-Rivières dans les prochaines années.

«C’est sûr que ça peut nous intéresser, mais on peut le faire uniquement une fois aux quatre ans», précise Dave Noël-Bernier.

Si des joueurs et leur formation ont le choix entre un voyage en Europe ou à Trois-Rivières, est-ce que la beauté du nouveau Colisée sera suffisante pour les convaincre de faire leur unique voyage culturel dans la Cité de Laviolette?

«Avec moi c’est plus facile, parce que je connais bien des personnes à l’UQTR. Mais ça ne sera pas évident pour les Patriotes d’organiser ça, si tu ne connais pas les autres coachs», avoue l’entraîneur adjoint des Mavericks de l’Université Nebraska Omaha.

Chose certaine, l’organisation des Patriotes de l’UQTR aura de très nombreuses démarches à faire auprès d’équipes américaines si elle souhaite attirer régulièrement des équipes de la NCAA pour des matchs au nouveau Colisée de Trois-Rivières.

Et est-ce que l’équipe de hockey des Patriotes de l’UQTR pourrait alors joindre la NCAA de façon permanente? Cela est possible, car les règles de la NCAA prévoient l’intégration d’équipes canadiennes. Pour l’instant, seule l’université Simon Fraser (SFU) a fait le saut dans le circuit américain.

Des investissements majeurs nécessaires

Lorsque SFU a décidé de faire le saut en NCAA, la direction de l’université a ajusté les budgets dédiés aux équipes sportives. Celles-ci doivent désormais voyager dans les états de Washington, de l’Oregon ou encore du Montana et de l’Idaho.

«Nos budgets sont beaucoup plus importants que ceux des autres universités qui doivent moins voyager», mentionne au Nouvelliste Annie Hamel, entraîneur-chef de l’équipe féminine de soccer de SFU.

Et lorsque surviennent des fluctuations du taux de change, les dépenses bondissent. «Quand je suis arrivée en 2014-2015, les deux monnaies avaient des valeurs similaires. Mais maintenant, le taux est environ de 25-30 % et ça ravage ton budget. On perd soudainement 30 % sur le budget, ça fait une grande différente», ajoute Annie Hamel.

Si l’université n’est pas prête à faire les efforts financiers pour permettre à ses équipes de jouer en NCAA, le défi s’annonce impossible.

«Ça coûte cher, vraiment. Il faut que l’université soit prête à mettre l’accent sur les sports», ajoute l’entraîneur-chef de l’équipe féminine de soccer de SFU.

L’Université du Québec à Trois-Rivières a décliné notre demande d’entrevue. La direction de l’UQTR affirme que son projet a été présenté aux élus du conseil municipal de Trois-Rivières et que c’est maintenant à eux de prendre la décision concernant le ou les futurs locataires du nouveau Colisée de Trois-Rivières.