Le Blizzard peine à attirer de bonnes foules depuis quelques années au Colisée.

Le Blizzard ferme les livres

Fatigué d'écrire des bilans financiers à l'encre rouge, Ronald Lavertu va fermer les livres du Blizzard de Trois-Rivières, dans la Ligue nord-américaine de hockey.
Ronald Lavertu
Ce n'est pas une surprise, l'homme d'affaires avait prévenu les amateurs de ses intentions l'automne dernier, quand son club jouait dans un Colisée presque désert. Son cri d'alarme n'a pas été entendu, le Blizzard a peiné tout l'hiver à attirer quelques centaines de spectateurs. Lavertu, qui dit avoir épongé plus d'un demi-million$ en trois ans dans l'aventure a donc compris le message. 
«Pour moi, c'est terminé. J'ai assez donné. Je n'ai jamais participé à quelque chose d'aussi prenant, qui m'a coûté aussi cher. À un moment donné, tu dois passer à autre chose», livre-t-il. 
Lavertu dit ne pas être amer. Un peu déçu, certes. Mais il préfère s'attarder sur le positif que le négatif. «Je suis content de l'avoir essayé. Personne ne m'a obligé. Je me suis fait beaucoup d'amis durant ces années, ici dans la région comme ailleurs au Québec. J'ai de la peine pour nos vrais fans, notre personnel hockey et administratif. J'avais du plaisir à les côtoyer. Beaucoup de plaisir. C'est une belle aventure qui se termine.»
Certains propriétaires avant lui avaient ciblé les amateurs de hockey de la Mauricie pour expliquer les insuccès de la concession. Lavertu, lui, préfère se regarder dans le miroir. «Il y a des trucs qui auraient pu être faits différemment. Je n'étais peut-être pas la bonne personne pour opérer une concession de hockey. J'aurais pu mieux m'entourer, notamment au plan du marketing et des promotions», évalue-t-il. «Il y a les résultats sur la glace aussi qui entrent dans l'équation. Ça nous aurait pris des foules entre 1000 et 1200 personnes pour opérer convenablement. Des fois, nous étions moins que la moitié au Colisée! Mais encore là, c'est difficile de critiquer, nous étions très loin d'être une équipe de première place», soupire le propriétaire de Trois-Rivières Honda, lui qui a vu son club être exclu des séries après avoir terminé en dernière position au classement général.
À vendre
Lavertu a fait part de ses intentions aux autorités de la LNAH en milieu de semaine. Depuis, il a fait des démarches pour ébruiter que son équipe était à vendre. Sa priorité serait de céder ses actifs à des promoteurs locaux. Un scénario qui a peu de chances de se matérialiser selon lui. «C'est plate, car je suis convaincu que nous étions à pas grand-chose de réussir. C'est un bon produit. Un regroupement d'homme d'affaires aurait plus d'outils que moi pour que ça fonctionne. Je doute toutefois que ça se passe ainsi. Tout le monde sait en Mauricie depuis un mois que j'étais en réflexion, et que je penchais pour me retirer. Or je n'ai pas eu un seul appel, à part ceux des journalistes!»
Heureusement pour lui, il pourrait trouver preneur ailleurs en province. Le circuit présidé par Michel Godin a justement lancé un processus d'expansion il y a quelques mois. Il y a des promoteurs, notamment à Saint-Jean-sur-Richelieu et Granby, qui évaluent sérieusement l'option de se lancer. Acheter la liste de protection du Blizzard et son équipement pourrait être plus avantageux, croit Lavertu. «J'ai eu des discussions. On a quand même les deux meilleurs marqueurs, une bonne brigade défensive, et l'un des meilleurs gardiens de la ligue sur notre liste. En plus, on a un peu d'équipement. Et tout ça ne vaut pas une fortune, loin de là. Je pense que pour des promoteurs, ça peut être plus intéressant de partir avec cette base-là plutôt que de tout commencer à zéro.»
Quant à Lavertu, il prévoit utiliser le temps qu'il investissait à l'aréna autrement. «Si je continuais comme ça, je m'enligne pour un divorce!», rigole-t-il. «J'ai un motorisé dont je me sers peu, je pourrais profiter un peu plus de la Floride. Je vais certainement trouver quelque chose d'intéressant pour meubler mes temps libres.»
Et si jamais le hockey junior faisait un retour à Trois-Rivières dans un Colisée flambant neuf, il n'exclut pas de faire sa part, dans un rôle minoritaire. «Je ne me vois pas pour l'instant dans un groupe d'actionnaires, j'aime trop m'impliquer quand je plonge dans quelque chose comme ça. Mais je pourrai certainement trouver une façon d'aider, probablement comme commanditaire...»
Yves Tremblay ne se portera pas au secours du Blizzard.
«Le produit a changé»
Yves Tremblay a déjà été impliqué dans l'aventure de la LNAH à Trois-Rivières, un bateau qu'il a quitté il y a quelques années car il ne partageait pas la vision de Ronald Lavertu, Sylvain Robert, et des autres partenaires autour de la table. Maintenant que ce groupe se retire, il ne faut toutefois pas croire que le propriétaire de Plante Sports s'apprête à se porter à la rescousse du Blizzard. 
«Le produit a changé avec le temps. Une concession de la LNAH coûte très cher à opérer, et c'est dur d'attirer le monde avec le prix du billet si élevé. Il y a moins d'animosité sur la glace aussi. Je lève mon chapeau à Ronald Lavertu, il a tenu le Blizzard à bout de bras pendant plusieurs années. Pour moi par contre, je ne vois pas l'intérêt de prendre le relais», explique franchement Tremblay. «Je pense que le Blizzard a raté un important virage il y a deux ou trois ans. Il aurait pu se donner un visage vraiment local en embauchant un gars comme Bobby Baril ou Dean Lygitsakos. Ça ne s'est pas fait, et le produit a graduellement perdu de son attrait.»
Tremblay s'est depuis réfugié dans la Ligue senior A de la Mauricie avec le Climatisation Cloutier de Trois-Rivières, avec qui il file le parfait bonheur. «Ça patine, ça frappe, ça se bouscule. Et le budget est plus convenable. Ça fait le bonheur d'une certaine clientèle. Il y a tellement de bon hockey en Mauricie, avec les Cataractes, les Patriotes, les Estacades et le senior A, la LNAH a du mal à se trouver une niche là-dedans.»
Même constat du côté de Marc-André Bergeron, qui avait étudié la possibilité il y a quelques années d'investir afin de regrouper certaines tâches administratives avec les Aigles de la Ligue Can-Am, question de faire des économies d'échelle au sein des deux organisations. Un scénario qu'il écarte maintenant du revers de la main. «Ce n'est plus quelque chose que j'envisage. Il y a tellement de hockey en Mauricie, c'est un marché très difficile. Et puis, j'en ai plein les bras avec les Aigles. Je préfère me concentrer là-dessus.»