Laurent Duvernay-Tardif a établi un sommet personnel avec 14 départs l'an dernier avec les Chiefs, mais il dit que les attentes seront désormais encore plus grandes.

Laurent Duvernay-Tardif: «Je veux rester le même gars»

Ce n'est pas l'argent qui va changer Laurent Duvernay-Tardif.
Le natif de Mont-Saint-Hilaire a signé en février une prolongation de contrat de 42,25 M $ pour cinq ans avec les Chiefs de Kansas City. Il y avait un boni à la signature de 10 M $, et plus de 20 M $ sont garantis.
Mais environ trois mois plus tard, une décision des Chiefs a rappelé au futur médecin à quel point le football peut être froid dans son aspect économique.
«Jeremy Maclin (un ancien ailier espacé du club) vient d'être libéré, et il était parmi les joueurs les mieux payés de l'équipe, a confié Duvernay-Tardif. Ça va me donner de la stabilité pour un an ou deux, grâce à comment sont structurés les contrats, mais après ça, il faut prouver que vous valez l'argent qu'ils ont investi en vous.»
L'athlète de 26 ans a pris un vol en classe économique de Montréal à Kansas City pour signer la prolongation. Le lendemain, il reprenait l'avion pour renouer avec ses études en médecine, qu'il devrait compléter en 2018.
«D'une certaine façon c'est merveilleux, mais je veux rester le même gars, mentionne Duvernay-Tardif. J'ai la plupart des mêmes amis qu'avant tout ça et à chaque fois que mon ego se pointe un peu le bout du nez, ils me ramènent sur terre. J'essaie d'écarter les distractions et de mettre tout l'argent de côté.»
Duvernay-Tardif doit empocher 690 000 $ pour compléter le pacte de 2,35 M $ sur quatre ans qu'il a accepté après avoir été choisi au sixième tour en 2014, après avoir brillé avec les Redmen de McGill.
Le joueur de ligne offensive a établi un sommet personnel avec 14 départs l'an dernier, mais il dit que les attentes seront désormais encore plus grandes.
«Je dois viser la perfection et la constance, dit-il. Je ressens cette pression-là mais en même temps, c'est quelque chose que j'aime.»
Cette année, Duvernay-Tardif a travaillé en gériatrie et aux traumatismes à l'urgence et récemment, il a appris l'anesthésie dans un hôpital de Montréal. Il trouve aussi le temps de s'entraîner et de faire des séjours à Kansas City, pour un minicamp obligatoire, par exemple.
Duvernay-Tardif doit se rapporter au camp régulier des Chiefs le 27 juillet. Il dit bien jongler avec la médecine et le football en raison de leurs similitudes.
«Au football, on apprend à gérer la pression venant de différentes situations et la façon de travailler avec des coéquipiers aux profils variés, dit-il. En tant que futur médecin, de bien saisir cette réalité va faire en sorte de m'améliorer.»
Quand il aura pris part à son dernier jeu, Duvernay-Tardif souhaite devenir médecin à l'urgence.
«J'ai travaillé pendant deux mois à l'urgence en 2015 et deux autres mois cette année, dit-il. J'aime le rythme, l'adrénaline qui vient avec, le fait de ne pas savoir ce qui va arriver par la porte. J'aime ce défi-là. Parfois il faut juste connaître la physiologie, l'anatomie pour prendre en une fraction de seconde des décisions qui peuvent sauver la vie d'un patient.»
Et accepter que parfois l'issue est le décès d'un patient, en dépit de tous les traitements apportés.
«Je n'ai vu qu'un seul patient mourir et c'est dur, parce que toute votre concentration est sur ce patient-là, dit-il. Et quand l'équipe décide que c'est terminé et qu'on cesse les manoeuvres de réanimation, vous pensez, «oh mon Dieu, la famille est juste à côté, et ils n'en savent rien'.
«C'est difficile de vivre ça et ensuite de passer à un patient qui a une fracture du nez. Je pense que c'est là que vous avez besoin d'empathie pour le patient parce que si vous développez de la sympathie et que ça affecte vos émotions, c'est dur de faire la transition, de passer à autre chose.»
Encore une fois, c'est une leçon que le football a aidé à lui enseigner, confie Duvernay-Tardif.
«À chaque semaine il y aura un perdant et le plus important, c'est de rebondir vite, de tourner la page et d'apprendre de vos erreurs, dit-il. Je pense qu'en salle d'urgence il y a un peu de ça... il faut rapidement passer à autre chose, offrir le même genre d'empathie et se concentrer sur le prochain patient.»