Laurence Vincent Lapointe est de retour à Trois-Rivières, où elle poursuivra son entraînement du mieux qu’elle le peut.

Laurence Vincent Lapointe se sent moins isolée

Trois-Rivières — Elle vit certainement une situation paradoxale: en cette période de confinement, Laurence Vincent Lapointe se sent moins isolée que pendant les mois d’incertitude ayant suivi son contrôle positif à un test antidopage, à l’été 2019.

Comme ses coéquipières de l’équipe canadienne de canoë-kayak, l’athlète de 27 ans est revenue de la Floride depuis quelques jours déjà. En isolement volontaire avec ses parents et son petit chien, elle tente de tirer le maximum à l’entraînement d’une situation toute sauf évidente.

Non, elle n’est pas immunisée contre ce satané virus, comme nous d’ailleurs, mais le défi des derniers mois l’a préparé... à tous les imprévus.

«J’ai mon elliptique et un vélo. Avec mon père, j’essaie de retrouver une vieille machine à ramer, qui se cache sûrement dans le grenier.»

«Dimanche, je suis allée marcher 8,5 km avec mes parents et mon shih tzu. Il est âgé, donc on a fait les quatre derniers kilomètres avec lui dans le sac à dos», nous raconte la Trifluvienne, qui admet avoir reçu «une autre grosse claque» en apprenant que le Comité olympique canadien n’enverrait pas de délégation à Tokyo, si les Jeux olympiques se déroulent comme prévu du 24 juillet au 9 août.

«Je suis déçue, sauf que j’endosse la décision à 100%. En juillet, le pic de cette pandémie sera sans doute derrière nous. Par contre, si des milliers d’athlètes se retrouvent ensemble au même endroit, les chances de repartir une nouvelle crise sont énormes, d’autant plus que nous pouvons être porteurs du virus sans en ressentir les symptômes. C’est inutile d’exposer les gens à risque.»

C’est pourquoi elle espère que le Comité international olympique prendra «la bonne décision», soit celle de reporter les Jeux à 2021. «Ils disent qu’ils se donnent encore un mois. Je comprends que ce n’est pas simple à gérer. De mon côté, j’aurais beaucoup de difficulté à accepter le statu quo.»

Bonne nouvelle, ça ne semble pas être la voie choisie par le CIO. En entrevue au USA Today, le Montréalais Richard Pound, un membre du CIO, a dit qu’il fallait s’attendre à un report de la compétition.

Un répit, s’il vous plaît!

Comme bien des athlètes au pays, Laurence Vincent Lapointe a été mise au courant de la décision du COC dimanche, en fin de soirée. C’est évidemment une autre tuile qui s’abat sur elle. Avec ce qu’elle a vécu depuis juillet dernier, un scénariste aurait tout ce qu’il faut pour écrire et élaborer une œuvre cinématographique à succès!

«Est-ce que j’aurai bientôt la chance de pouvoir simplement ramer sans drama?» se questionne à voix haute Vincent Lapointe, non sans un sourire. «J’ai hâte de penser seulement à moi et mon bateau!»

N’empêche, la situation s’avère complètement différente par rapport à sa traversée du désert de l’automne et du début de l’hiver. «Avant, c’était moi contre le monde. Maintenant, c’est nous contre le coronavirus. Et j’aime parler au nous: c’est un conseil que m’a donné un psychologue, ça aide à mieux répartir le stress et à diminuer la pression qu’on peut se mettre sur les épaules.»

De mieux en mieux

Si le sort semble vouloir s’acharner sur elle, un fait demeure: Laurence Vincent Lapointe est encore l’une des meilleures canoéistes sur la planète. Du moins, son entraînement sur l’eau allait bien avant qu’elle ne soit forcée de quitter la Floride en vitesse, la semaine dernière.

«Mes temps étaient très rapides, ce qui est encourageant, car j’ai toujours été une sprinteuse. Ce qui me manque, avec tous ces mois d’absence, c’est du volume, des sorties de 10, 12 ou 15 km. Même si nos épreuves olympiques ne se déroulent que sur 200 et 500 m, c’est fort pratique pour la technique et l’endurance.»

À son avis, elle aurait atteint son plein potentiel juste à temps pour les sélections nationales de la mi-avril, en Géorgie. La fédération canadienne a annulé l’événement pour les raisons qu’on connaît.

«J’ignore s’il y aura des sélections plus tard cette année, mais je serai prête. Je vais continuer à m’entraîner en pensant aux Jeux. En ce moment, on est en confinement pour sauver le monde, mais viendra un jour où je pourrai vraiment focaliser toute mon attention sur les médailles d’or que je veux gagner aux Olympiques.»