Une famille heureuse, et surtout soulagée. De gauche à droite, Guy Lapointe, Laurence Vincent Lapointe et Nathalie Vincent.

Laurence Vincent Lapointe: la fin d’un cauchemar pour ses parents

Trois-Rivières — Messages haineux sur les réseaux sociaux, évitements, lynchage public: les parents de Laurence Vincent Lapointe ont traversé la tempête des derniers mois aux côtés de leur fille. Sa victoire, c’est aussi la leur.

«C’est un des plus beaux jours de ma vie», a lancé Nathalie Vincent, en racontant que la famille était allée se reposer en Floride après le séisme du mois d’août. «On voulait que Laurence soit ailleurs. En arrivant en Floride, il y avait un ouragan. On dirait que tout s’abattait sur nous!»

«Un soulagement total, c’est la fin d’un cauchemar. Le soleil va se lever, il va arrêter de neiger. C’est important de mettre tout ça derrière nous, de ne pas entretenir de rancune. Il faut se féliciter», d’ajouter Guy Lapointe.

Le couple a eu droit à un cours en accéléré sur la façon de réagir avec les médias pendant une crise. En consultant la documentation disponible en ligne, ils en ont beaucoup appris sur le ligandrol.

«Laurence a une bonne mémoire, je peux vous le dire!» s’exclame sa mère. «On a tout regardé, tout étudié. J’avais des soupçons sur bien des choses. Qu’est-ce qu’elle avait mangé au centre national en Nouvelle-Écosse? Est-ce qu’elle avait été servie au restaurant par un monsieur muscle?»

Ils ont notamment expédié des produits comme du thé vers Salt Lake City, pour analyse. «Le temps commençait à manquer, on avait peur que ce soit stoppé aux douanes.»

Regards fuyants

Guy Lapointe n’a pas aimé lire les messages haineux ou entendre des commentaires parfois «agressifs» de certains journalistes sur diverses tribunes. Un jour au parc portuaire de Trois-Rivières durant un festival, il a ressenti une profonde injustice.

«Nous étions avec Laurence. Les gens qui normalement la saluaient détournaient le regard, ils ne savaient pas comment interagir avec elle. C’est difficile de voir ça. Disons qu’on a pris un coup de vieux. On a des cheveux blancs supplémentaires.»

À l’autre bout du spectre, Guy Lapointe salue le support reçu de certains chercheurs et autres pharmaciens de la région, un appui «non officiel».

«Ils ont répondu à beaucoup de nos questions.»

Désappointement total

On imagine comment ce fut difficile pour Laurence Vincent Lapointe de réaliser que la contamination au ligandrol trouvait sa source auprès d’une personne très proche d’elle, en l’occurrence son conjoint, avec qui elle a rompu par la suite. Ses parents ont partagé sa peine et sa frustration.

Alors que l’audience de Laurence approchait et que l’origine du ligandrol n’avait pas encore été trouvée, c’est son conjoint, à la fin octobre, qui a proposé de faire analyser ses cheveux pour déterminer s’il avait déjà été exposé à la substance.

Le 12 novembre, le laboratoire médico-légal de Strasbourg confirmait qu’il avait été exposé au ligandrol entre avril et octobre 2019. Il a par la suite admis qu’il utilisait un produit, le SR-9011, connu pour améliorer les performances et favoriser la perte de poids. Le flacon de SR-9011 a été analysé: il contenait du ligandrol. Devant le comité de contrôle antidopage de la Fédération internationale de canoë, l’ex-conjoint a déclaré qu’il n’avait jamais dit à sa copine qu’il utilisait le SR-9011. Il ignorait aussi que ce produit contenait du ligandrol.

«Désappointement total», a lâché Guy Lapointe.

«C’est une trahison tellement grande. Tu penses que tu connais quelqu’un... C’est du passé maintenant. Mais oui, c’est difficile à digérer. J’ai posé la question deux fois plutôt qu’une à cette personne, je l’ai regardé et je lui ai dit que pour lui, ce n’était pas grave, mais que pour Laurence ça pouvait être dangereux. Il m’a assuré qu’il n’avait rien pris. Je ne veux plus le voir.»

Nathalie Vincent et Guy Lapointe confirment que le processus judiciaire a coûté cher. Impossible toutefois de préciser qui a contribué financièrement à la cause de leur fille. Ils préfèrent garder cette information confidentielle.

«On n’ira pas là. Nous avons contribué à notre façon, comme on a pu. Tout le monde a contribué.»