Même si elle a tiré sa révérence comme athlète élite il y a un an, Janie Guimond demeure très attachée au monde du volleyball.

La volleyeuse Janie Guimond a su se relever

Plusieurs athlètes de l'élite pourront en témoigner: la transition de la carrière sportive à la vie professionnelle amène son lot de défis. Active sur l'équipe nationale de volleyball féminin pendant près de dix ans, Janie Guimond accepte aujourd'hui de lever le voile sur une période sombre de sa vie, mais de laquelle elle ressort plus forte.
En avril 2016, trois mois après un autre échec crève-coeur de la sélection canadienne lors des qualifications olympiques, la Bécancouroise de 32 ans annonçait sa retraite. Une décision devenue inévitable, selon elle, en raison de plusieurs facteurs, dont le déménagement du centre national de Winnipeg vers Richmond, en Colombie-Britannique, et l'arrivée d'un nouvel entraîneur. Le poids des années commençait aussi à se faire sentir, malgré une forme physique exemplaire.
En paix avec elle-même au moment de rendre cet important verdict, Guimond admet, plusieurs mois plus tard, qu'elle ne s'attendait pas à une transition aussi pénible. «Il y a eu une période de deuil plus intense. Encore aujourd'hui, je nage dedans même si c'est moins pire. Ça prend du temps, c'est difficile», confie l'ancienne libéro au Nouvelliste.
La chute à la suite du tournoi de qualifications vers Rio fut la période la plus ardue à traverser. 
«Je ressentais beaucoup d'amertume, je n'arrêtais pas de me questionner. Je repassais en boucle les images des derniers matchs dans ma tête en me demandant qu'est-ce que j'aurais pu changer pour aider l'équipe. Oui, j'ai eu des petits symptômes dépressifs.»
Elle n'a d'ailleurs pas hésité à consulter en psychologie. Elle a aussi bénéficié de l'aide de ses proches, plus présents depuis qu'elle est revenue s'installer au Québec à temps plein, à Montréal plus précisément. «Nous en sommes venus à la conclusion que j'avais déjà tous les outils pour passer à travers cette phase. Cela m'a beaucoup rassurée.»
Curieuse de connaître les histoires d'autres sportifs, Janie Guimond a regardé le documentaire Sport-partum, qui relate l'histoire de quatre grands athlètes canadiens dans leur passage à l'après-carrière. Elle a lu autant sur le sujet. L'olympienne Clara Hughes fut une source d'inspiration. 
«C'est elle qui m'a guidée à savoir comment je voulais entamer cette transition.»
Car il n'était pas question pour la volleyeuse de se morfondre, et ce en dépit des émotions. Pendant toute sa carrière, elle a toujours été en mesure de se relever.
Que ce soit après une saison 2011 cauchemardesque, en Roumanie, où elle n'a jamais été en mesure de s'intégrer à son équipe professionnelle. Ou encore lorsque son entraîneur de Volleyball Canada lui a préféré d'autres libéros, la privant des voyages avec l'équipe nationale pendant plusieurs mois. De retour dans l'alignement quelques mois plus tard, elle s'imposerait, dans les années à venir, comme l'une des meilleures libéros en Amérique du Nord, malgré les insuccès du pays sur la scène internationale.
«Je n'ai jamais lâché prise et s'il y a un héritage que je souhaite léguer pour la relève de mon sport, c'est ce message.»
Se réconcilier avec son sport
Son message, Janie Guimond le transmet désormais aux joueuses des Carabins de l'Université de Montréal, son alma mater, où elle seconde l'entraîneur Olivier Trudel. «On m'a déjà proposé des offres pour diriger une équipe ailleurs, mais je ne crois pas que ce soit dans mes aspirations.»
Si Guimond prend plaisir à appuyer la cause des Carabins, elle en a tout autant à raconter son cheminement d'athlète aux jeunes dans les écoles. Des conférences, elle en organise quelques-unes chaque année grâce au programme Jouez gagnant de l'Institut national du sport du Québec.
«Je vois des groupes de 20 élèves et parfois de 200, ça varie beaucoup. Je dresse des parallèles avec mon propre cheminement, c'est-à-dire celui de la petite fille venant d'un village à qui a on a parfois répété qu'elle était trop petite pour jouer à sa position. 
«Je parle aussi de la petite batailleuse que j'étais, celle qui aurait sans doute dû respecter davantage son entraîneur à une certaine époque. Je leur parle de l'image de soi, de la confiance. J'essaie de casser certains mythes aussi. Ce genre d'exercice m'a réconciliée avec mon sport, surtout avec la fin en queue de poisson.»
Par ailleurs, la bachelière en ergothérapie poursuit une maîtrise à l'Université de Montréal, question d'actualiser ses connaissances. 
«J'ai terminé mon baccalauréat il y a neuf ans. J'avais besoin de me mettre à jour pour la pratique!»
Sentiment aigre-doux
Depuis plus d'un an, Janie Guimond s'abstient de suivre les matchs de volleyball féminin au niveau international. Pendant les Jeux de Rio, elle a suivi comme bien des gens le parcours de l'équipe masculine du Canada, mais sans plus. «J'ai vécu un sentiment d'excitation extrême pour les gars, mais j'étais incapable de regarder les filles. De voir l'Argentine au tournoi olympique et de savoir que nous n'y étions pas, ça m'a tordu le coeur.»
Avec le recul, elle en veut à certains décideurs de Volleyball Canada. 
«Depuis que les programmes féminin et masculin ont été séparés en 2008, il y a eu moins d'énergie de déployée pour les filles. Nous avons notre part de responsabilités, mais en ce qui a trait à la préparation et le suivi psychologique, les gars ont profité d'un meilleur traitement. Je n'ai pas senti que nous étions appuyées à notre juste valeur et ça me déçoit.»
Ceci dit, la joueuse de Bécancour de regrette rien. Un jour, assure-t-elle, elle pourra de nouveau regarder les matchs de l'équipe canadienne. 
«J'ai pris ma retraite pour fonder une famille, mais je n'oublierai pas ma famille du volleyball. Ça fait partie de moi.»
Janie Guimond en vrac
• Originaire de Gentilly
• A découvert le volleyball à l'école Les Seigneuries de Saint-Pierre-les-Becquets
• Ancienne porte-couleurs des Diablos et des Carabins, même si elle n'a jamais été recrutée au niveau universitaire
• Diplômée de l'Université de Montréal en ergothérapie
• Membre de l'équipe nationale de volleyball du Canada pendant huit ans
• Élue meilleure libéro de deux tournois continentaux, en 2013 et 2016
• Une carrière professionnelle dans trois pays européens (Allemagne, France et Roumanie)