Le professeur Claude Lajoie soutient que le Québec et le Canada auraient avantage à investir dans la science du sport afin d'aider les athlètes d'ici à améliorer leurs performances à l'aide d'un meilleur encadrement.

La science sportive boudée au Canada

Malgré une population de seulement cinq millions d'habitants, la Norvège a fait la barbe à plusieurs grandes nations aux Olympiques avec une récolte 26 médailles, dont 11 d'or. Comment expliquer un tel succès? Pour le professeur au département des sciences de l'activité physique de l'UQTR Claude Lajoie, la science du sport a beaucoup à voir avec ces résultats.
Ce dernier tente, à travers diverses études, de repousser les limites des athlètes qui pratiquent des disciplines d'endurance, particulièrement le cyclisme. Le professeur adorerait que les Québécois profitent des mêmes outils technologiques que leurs collègues européens.
«La Norvège est première au classement malgré ses déboires au ski de fond. Quand je vais dans des congrès scientifiques sur la science du sport, les pays scandinaves sont très forts. Le prochain congrès sera à Amsterdam au Pays-Bas, et on voit leurs résultats en patinage longue piste», dit-il à propos de la récolte de 23 médailles du pays dans cette discipline.
M. Lajoie déplore toutefois le manque d'intérêt des gouvernements envers la science sportive. «Au Québec, présentement, les universités ne sont pas branchées sur le sport. Elles sont centrées sur la maladie, l'obésité, l'hypertension. On va analyser les commotions cérébrales, ce qui est bien, mais est-ce que ça va aider à la performance?», se demande-t-il.
Le manque de financement est bien évidemment ce qui nuit le plus aux efforts aux chercheurs, puisqu'ils ne disposent pas des équipements appropriés pour venir en aide aux athlètes de toutes les disciplines. «Le sport ne subventionne pas les universités, soupire-t-il. Ma recherche, je la fais pratiquement de mes poches. Je n'ai pas de subventions et il faut donc que j'enseigne plus. Il n'y a que l'Institut national du sport qui m'a aidé.»
Des programmes adaptés
Dans son laboratoire de l'UQTR, M. Lajoie évalue les capacités physiques de cyclistes grâce à un test de trois minutes à plein régime qui s'apparente au classique VO2max, mais qui permet aussi de vérifier les capacités anaérobique des athlètes, c'est-à-dire, l'effort que celui-ci peut donner sans que ses muscles aient besoin d'un apport en oxygène. Cette capacité peut s'avérer très utile lors de départs ou de montées.
«Nous pouvons améliorer l'anaérobie par la musculation, avec des sprints à haute intensité ou encore grâce à un entraînement par intervalles, explique-t-il. Je pense que ce n'est pas possible d'amener un athlète à s'améliorer si on ne le teste pas. Je dirais que c'est une lacune au Québec. On ne passe pas de tests au bon moment. Si tu construis un plan d'entraînement, tu dois vérifier s'il fonctionne.»
Le chercheur croit que les disciplines hivernales, tel que le ski de fond ou le patinage de vitesse, pourraient grandement bénéficier de telles recherches afin d'adapter leurs programmes d'entraînement selon leurs besoins.
Malheureusement, les outils utilisés pour vérifier la qualité de leurs performances, tels que ceux dont disposent les pays scandinaves, sont peu accessibles au Québec, ce qui nuit à la recherche et au développement d'athlètes de haut niveau.
«Les cyclistes se sont outillés et, depuis, nous connaissons beaucoup de succès. Ce n'est pas pour rien que nous avons eu un premier Québécois sur le Tour de France l'année dernière», conclut celui qui assure la préparation des membres de l'équipe québécoise de vélo de montagne.