Laurence Vincent Lapointe ne s’en fait pas avec l’absence de compétitions en 2020. Elle passera une bonne partie de l’été sur la rivière Saint-Maurice, avec ses coéquipiers du Club de Trois-Rivières.
Laurence Vincent Lapointe ne s’en fait pas avec l’absence de compétitions en 2020. Elle passera une bonne partie de l’été sur la rivière Saint-Maurice, avec ses coéquipiers du Club de Trois-Rivières.

La rivière Saint-Maurice, en attendant Tokyo

TROIS-RIVIÈRES — Vous traversez le pont Radisson ou le pont Duplessis: si vous jetez un œil vers la rivière et voyez un kayak ou un canoë, les chances sont bonnes, ces jours-ci, que ce soit l’un des sept athlètes de l’équipe nationale du Canada s’entraînant à Trois-Rivières. Pas d’essais nationaux ni de compétitions en Europe, encore moins d’Olympiques: cet été, le principal terrain de jeu de tout ce beau monde, ce sera le Saint-Maurice.

La première phase de déconfinement du sport le 20 mai, comme on s’y attendait, a souri à plusieurs disciplines nautiques. Les membres du Club de canoë-kayak de Trois-Rivières entraient, mercredi, dans la troisième semaine du retour à l’entraînement. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les règles y sont étonnamment strictes.

Lorsque la température de la rivière ne dépasse pas 8 degrés Celsius, un bateau à moteur doit superviser les rameurs, pour une question de sécurité. C’est souvent le boulot des entraîneurs, comme Sébastien Bettez (CKTR) et Mathieu Pelletier, promu au cours des derniers mois au sein de l’équipe de développement de la fédération canadienne. Jusque-là, ça va.

«Ce qui a changé, avec cette phase 1, c’est qu’on ne peut plus les coacher. Nous sommes dans le bateau, à proximité, sauf que nos fonctions se limitent à assurer leur sécurité sur le plan d’eau», explique Bettez.

«Ça peut paraître bizarre, mais il faut se montrer conséquent. Au tennis, l’entraîneur n’a pas le droit de diriger ses jeunes non plus, même si le sport a repris. Ce qui est bon pour l’un doit s’appliquer pour l’autre, même si la distanciation physique est plus facile à opérer en canoë-kayak. Notre fédération a fait du bon boulot: les consignes étaient claires, c’était un clé en main.»

Édouard Beaumier, de l’équipe du Québec

Le plaisir de pagayer ensemble

En attendant la deuxième phase, les sorties sur la rivière se limitent aux groupes de deux, avec des embarcations individuelles. Pas de C2 ni de K2. On oublie, du moins pour l’instant, le K4.

Ça n’empêche pas nos athlètes de la Mauricie, très bien représentés sur l’équipe nationale, d’apprécier ce retour à l’entraînement. Les jeunes de l’équipe du Québec les côtoient. Pour ceux avec moins d’expérience, il faudra encore s’armer de patience.

«Juste de revenir au club, même si on a certaines limitations, ça fait du bien», sourit Laurent Lavigne, l’une des étoiles montantes du kayak masculin au Canada.

À 19 ans à peine, il cogne à la porte des Olympiques et se démarque sur la scène internationale dans son groupe d’âge. Il aspire à une place sur l’équipe senior du K4.

Comme d’autres, l’étudiant en administration au Collège Laflèche entrevoit la possibilité que toutes les compétitions internationales restent au neutre pendant plusieurs mois. «Ça ne m’affecte pas, parce que je suis encore jeune. C’est loin, 2021! Personnellement, j’aborde ça comme un avantage, ça va me laisser plus de temps pour pratiquer. Au club, je ne suis pas inquiet que nous allons réussir à nous motiver, tous ensemble.»

Ariane Dessureault, de l’équipe du Québec

La rivière, la maison

N’allez pas croire que Laurence Vincent Lapointe se morfond chez elle, alors que des questions persistent sur l’avenir des Jeux de Tokyo de l’été 2021. De quoi aura l’air le monde dans un an? Difficile à prévoir. En ce moment en tout cas, le moral de la multiple championne est imperturbable. Il faut dire qu’elle a appris à gérer la pression, particulièrement dans les 10 derniers mois!

«Mon entraîneur me dit de me changer les idées, de ne pas penser qu’il n’y aura pas de grosses courses cet été. Ça ne veut pas dire que je ne m’entraîne pas fort!»

Au contraire, à la voir pagayer sur la rivière mercredi dernier, Laurence semble en bonne forme.

Sa séance d’entraînement de mercredi s’est déroulée avec la kayakiste Alexanne Morin. Pour votre information, les kayaks sont plus rapides que les canoës.

«Elle est un peu plus rapide que moi, ça crée un bon challenge», sourit Vincent Lapointe, pour qui un entraînement sur la rivière Saint-Maurice représente toujours quelque chose de spécial.

Maintenant entraîneur au sein de la structure de Canoë-Kayak Canada, Mathieu Pelletier ne se fait pas prier pour donner un coup de main à son club local de Trois-Rivières, où il a aidé au développement de plusieurs athlètes d’excellence.

«C’est ici que tout a commencé! Je suis contente de retrouver mon club, je n’ai pas beaucoup ramé au CKTR dans les dernières années. Ça fait du bien d’être à la maison, de ne pas penser à autre chose que d’avoir du plaisir à l’entraînement. Je m’ennuie de mes coéquipières de l’équipe nationale, qui sont dispersées au Canada, sauf que je suis également très heureuse d’être avec ma gang.»

Se changer les idées, ça implique de décrocher du canoë, de temps en temps. Comme jouer au golf au club Du Moulin, où elle est devenue membre cette année, faire une randonnée à vélo ou une séance de course à pied.

«Je suis pas mal plus en mode 2021. Je pense au circuit de la Coupe du monde, à ce qui s’en vient l’année prochaine. Cet été, je veux m’amuser tout en continuant à m’entraîner sérieusement.»