Stéphanie Bouchard a fait preuve de beaucoup de détermination pour revenir au jeu avec les Patriotes, après avoir frôlé la mort.

La résilience de Stéphanie Bouchard

TROIS-RIVIÈRES — Plusieurs petites histoires individuelles ont permis de façonner la fabuleuse saison 2018 des Patriotes de l’UQTR, en soccer féminin. Tout au haut de cette liste se retrouve assurément le parcours Stéphanie Bouchard. Après avoir frôlé la mort en mai 2017, l’attaquante de 23 ans s’est hissée au sommet des buteuses de son équipe l’automne dernier grâce à une bonne dose de résilience et de détermination.

Tout a basculé lorsque l’étudiante en génie mécanique a commencé à ressentir un malaise à la gorge alors qu’elle se trouvait à Rivière-du-Loup, il y a deux ans. Elle s’est rendue donc à l’hôpital du coin, où on lui a fait passer quelques tests avant de la transférer d’urgence dans un centre hospitalier de Québec.

De jour en jour, son état s’est détérioré, au point où elle est a été plongée dans un coma après une semaine d’hospitalisation. «J’ai été dans le coma pendant quatre jours. Pendant que j’étais dans le coma, mon cœur, mes poumons, mes reins et mes yeux ont lâché. Il y avait plein de spécialistes qui étaient sur place pour évaluer ma situation mais personne parvenait à comprendre ce qui m’arrivait», raconte la Gatinoise d’origine.

À son réveil, le choc s’est avéré brutal. Elle était incapable de marcher, elle avait perdu toute dextérité dans ses doigts. Toutes les petites tâches quotidiennes étaient hors de ses limites. «J’ai tout perdu, du jour au lendemain», mentionne la récipiendaire de la Bourse Anne-Sophie-Bois lors du plus récent Mérite sportif des Patriotes, un honneur qui valorise la persévérance, l’esprit sportif et le leadership.

Au terme de sa mésaventure, elle reçu un premier diagnostic. Elle souffrait d’une myocardite. «Il s’agit d’une inflammation de la paroi du cœur à la suite d’une infection. C’est une conséquence de ce qui m’est arrivé, mais on ne sait toujours pas ce que j’ai eu à la base», explique-t-elle.

«Le médecin m’a renvoyée chez moi et il ne voulait plus que je fasse rien. Seulement du repos. Un mois après être sortie du coma, j’étais encore incapable de faire quoi que ce soit. Dès que je marchais un peu, je perdais connaissance. Puis, à mon rendez-vous suivant, le mois d’après, je suis retournée chez le médecin et il m’a dit que mon cœur était revenu comme avant. Il ne comprenait pas ce qui s’était passé. Et on ne le sait toujours pas aujourd’hui.»

Une fois cet ennui de santé passé, Bouchard s’est attaquée à son prochain défi: retrouver la forme pour reprendre sa place dans l’alignement des Patriotes. Elle a donc mis les bouchées doubles à l’entraînement et a renoué avec ses coéquipières. Cependant, sa détermination l’a poussée à vouloir trop en faire, trop rapidement.

«Je n’avais pas les mêmes capacités sur le terrain. J’ai voulu revenir trop vite et je n’étais pas au sommet de ma forme. Ça n’a pas très bien été pour la saison 2017. J’ai donc tout remis à zéro l’été dernier. J’ai voulu reprendre la forme de la bonne façon. Ça s’est avéré payant cette année.»

Une inspiration

Pour l’entraîneur des Patriotes, Durnick Jean, l’histoire de Bouchard a évidemment représenté une énorme source de motivation au sein du vestiaire. Cette épreuve a également permis de rappeler de savourer le moment présent. «Parmi les premières choses qu’elle a voulu faire quand elle a retrouvé la santé, c’était de botter un ballon de soccer. Son retour a beaucoup motivé les filles. Stéphanie est très rassembleuse. Elle nous a fait réaliser que la vie ne tient parfois qu’à un fil. Tout le monde a saisi la chance qu’il a de jouer au soccer», raconte celui qui a eu la main heureuse en déplaçant Bouchard du milieu terrain vers un rôle d’attaquante depuis son retour.

«Elle disait qu’elle n’avait pas la touche d’une marqueuse. Mais elle a finalement terminé meilleure buteuse de l’équipe. Elle a nous a aidé à avoir une splendide saison. C’est une histoire extraordinaire», ajoute Jean, dont l’équipe a participé aux séries pour la première fois en 21 ans.

Consciente qu’elle peut avoir servi de modèle pour ses coéquipières, la principale intéressée leur renvoie l’ascenseur pour leur soutien à travers cette épreuve. «Il y a des filles qui ont été là presque tous les jours à l’hôpital. C’est beaucoup grâce à elles que j’ai été capable de me battre tout ce temps-là. Ça n’a pas été facile. Je n’avais jamais eu mal comme ça dans ma vie. Dans le long processus, j’ai douté souvent. Mais je savais que j’avais en dedans de moi la passion du soccer. J’ai toujours travaillé en fonction de cet objectif.»

La Bourse Anne-Sophie-Bois est donc venue boucler de belle façon son parcours avec les Patriotes de l’UQTR, elle qui complète son baccalauréat en génie mécanique ce printemps. «Du jour au lendemain, je suis passée d’une athlète qui fait du sport à quelqu’un dans le coma qui a failli mourir. C’est donc un prix très émotif à recevoir. Je suis vraiment honorée d’avoir cette bourse. Ça complète bien mon parcours. Je n’aurais pas pu demander mieux.»